L’adoption est la « bonne nouvelle » de l’Évangile

Publié le par G&S

Le philosophe Michel Serres se souvient de Vatican II

« Ce que l’Église peut apporter au monde aujourd’hui, c’est le modèle de la Sainte Famille ».

Ce modèle se trouve dans l’Évangile de Saint Luc. On y lit que le père n’est pas le père – puisqu’il est le père adoptif, il n’est pas le père naturel – le fils n’est pas le fils – il n’est pas le fils naturel. Quant à la mère, forcément, on ne peut pas faire qu’elle ne soit pas la mère naturelle, mais on y ajoute quelque chose qui est décisif, c’est qu’elle est vierge. Par conséquent, la Sainte Famille est une famille qui rompt avec toutes les généalogies antiques, en ce qu’elle est fondée sur l’adoption, c'est-à-dire sur le choix par amour.

Ce modèle est extraordinairement moderne. Il invente de nouvelles structures élémentaires de la parenté, basées sur la parole du Christ : « Aimez-vous les uns les autres ». Depuis lors, il est normal que dans la société civile et religieuse je puisse appeler « ma mère » une religieuse qui a l’âge d’être ma fille. Ce modèle de l’adoption traverse l’Évangile. Sur la croix, Jésus n’a pas hésité à dire à Marie, en parlant de Jean : « Mère, voici ton fils ». Il a de nouveau fabriqué une famille qui n’était pas naturelle.

Je n’ai pas la prétention de dicter quoi que ce soit de sa conduite à l’Église, mais puisque vous me demandez ce qu’elle peut apporter aujourd’hui, je crois que là se trouve une parole pour notre temps, où se posent tant de questions autour des modèles de la parenté, du mariage homosexuel, etc. Le modèle de la Sainte Famille permet de comprendre les évolutions modernes autour de la famille et de les bénir. Aujourd’hui, on dit souvent qu’un fossé se creuse entre l’Église et la société autour des questions familiales. Pour ma part, je constate que ce fossé est déjà comblé depuis deux millénaires. Je ne l’ai pas découvert, c’est déjà écrit dans l’Évangile de Luc.

Aujourd’hui, il s’agit de faire valoir cet « Aimez-vous les uns les autres » comme régulateur de ces nouvelles relations familiales. Adoption vient du latin optare, qui veut dire choix. La religion chrétienne est une religion de l’adoption. L’Évangile nous dit que l’on ne devient père ou mère que si on adopte nos enfants. On ne devient père ou mère, même si l’on est un père ou une mère naturel (le), que le jour ou on dit à son fils : « Je te choisis par amour ». Tel est le modèle de la Sainte Famille. La loi naturelle n’existe plus, c’est la loi d’amour qui compte en premier.

Je crois que l’adoption est la « bonne nouvelle » de l’Évangile. Avant l’Évangile, il y avait la généalogie, les lois tribales, c’est-à-dire les lois par héritage. Aujourd’hui encore, ce qui rend impossible l’arrivée de la démocratie ce sont des luttes entre familles, entre tribus, les clans, comme autrefois dans le Moyen-Orient antique.

La nouveauté extraordinaire du point de vue politique, anthropologique et moral du christianisme c’est d’avoir supprimé cet héritage naturel et d’y avoir substitué l’adoption, le choix délibéré et libre par amour.

Michel Serres, philosophe
Journal
La Croix

Publié dans Signes des temps

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Pierre Locher 31/03/2013 12:06


 


Je reviens sur la thèse de Michel SERRES (La Saine Famille ou l'adoption bonne nouvelle de l'Évangile)pour informer les
lecteurs encore intéressés par le sujet qu'une réponse lui a été faite par Fabrice HADJADJ dans un numéro récent de la revue Études.


En résumé, l'auteur trouve que Michel SERRES cède au dualisme en opposant la liberté chrétienne à une
nature"pré-chrétienne", en
opposant la chair à l'esprit, en opposant les liens du sang à un amour idéalisé : "La loi naturelle
n’existe plus, c’est la loi d’amour qui compte en premier". Ce faisant il passe à coté de
l'essentiel  de la foi chrétienne : l'événement d'un Dieu fait homme chez qui nature et liberté (ou grâce) ne s'opposent pas.


"La grâce ne détruit pas la nature, mais l'achève". Ce mot de Thomas d'Aquin vient infirmer la position de Michel SERRES
qui oublie que Jésus de Nazareth n'est pas venu abolir, mais accomplir. La parenté adoptive ne vient pas remplacer la parenté naturelle - même dans la révélation chrétienne - , puisqu'elle la
présuppose. A trop considérer le message évangélique comme révolutionnaire, on en oublie qu'il s'enracine dans la tradition juive : rupture et continuité ne sont antinomiques qu'en
apparence.


Le propos de Fabrice HADJADJ est assez vif, mais le sujet ne mérite-t-il pas un affrontement "en vérité" ?


Pierre Locher

fanfan 07/02/2013 11:50


Bonjour Pierre Locher,


Merci de ce bon commentaire bien développé et fort argumenté...je reconnais là la concision des Pierre.


Mais tout doux , Pierre Locher, tout doux;)


fanfan

Pierre Locher 06/02/2013 18:20


 


 


A l'attention de Fanfan :


 


Tout d'abord, G&S nous propose un texte de Michel Serres, je réponds à ses arguments comme tous ceux qui ont fait un
commentaire sur ce texte, mais je ne m’adresse pas directement à lui comme la personne qui a écrit : "Ah monsieur Michel Serres , merci pour ouvrir tout grand nos yeux , nos oreilles et
surtout notre cœur..."


 


Deuxième point, lorsque Michel Serres écrit : "Sur la croix, Jésus n’a pas hésité à dire à Marie, en parlant de Jean : « Mère, voici ton fils ».
Il a de nouveau fabriqué une famille qui n’était pas naturelle", c'est bien l’Évangile de Jean (Jn 19, 25-27) qu'il cite.Je réponds sur le même passage - et non sur la scène que vous évoquez dans Lc 2, 48 - en proposant une autre interprétation.


 


Dernier point : l’interprétation donnée à ce passage n'est pas sortie de mon imagination débridée. Pour tenter de
vous en convaincre, voici deux notes prises l'une dans la Bible de Jérusalem, l'autre dans la TOB.


 


BJ : "Le contexte scripturaire et le caractère singulier de
l’appellation "Femme" semble indiquer que l'évangéliste voit ici un acte qui dépasse la simple piété filiale : la proclamation de la maternité
spirituelle de Marie, nouvelle Ève, à l'égard des croyants représentés par le disciple bien-aimé."


 


TOB : "Jésus fait de Marie
la mère des croyants ; les traditions catholique et orthodoxe parlent de la maternité spirituelle à
l'égard des croyants représentés ici par le disciple bien-aimé." Suivent deux autres
interprétations.


 


Michel Serres peut très bien faire le commentaire
qu'il souhaite de ce passage de Jean 19, 25-27, je voulais juste rappeler qu'il y a d'autres interprétations, entre autres celles qui y voient plus une maternité spirituelle que la "fabrication
d'un nouveau type de famille".


 


Pierre Locher

Flora 01/02/2013 23:01


De qui de quoi parle-t-on ?


Une question de société, de psychologie, de psychanalyse, de philosophie, de théologie,
d’éthique, de religion, d’exégèse, d’anthropologie…Je lis beaucoup de raideur, de peur et d’homophobie déguisée. 


Si les positions sont extrêmes parmi les personnalités, l’approche de la vérité doit se
trouver à mi-chemin et non dans un seul groupe de pensée ou de réflexion.


Je me demande si la société civile ou religieuse est prête à la recherche de solutions. Le
recul nécessaire n’est pas au rendez-vous.


L’homosexualité n’est plus un délit ( donc
punissable par la loi) en France depuis 1982 (Badinter) et retirée de la liste des maladies mentales de l’OMS en 1991.  C’était hier…


Elle est passible de la peine de mort aujourd’hui, dans 8 pays.


Pour faire écho à S. Agacinski ( de gauche)…ce n'est pas une
tare...


 


Tout enfant a besoin d’une niche affective pour ne pas mourir, mais cette enveloppe est structurée de manière différente selon la culture et les
accidents de la vie.


 


Pour tous les enfants à venir, le poids de la filiation allégée et l’effacement des
contraintes des rôles sexuels va libérer les femmes et les homos, bien plus que les hétéros.


Boris Cyrulnik ( neuropsychiatre, éthologue, professeur à l’université du Sud-Toulon-Var…
)


 



Flora

fanfan 01/02/2013 19:02


Bonsoir Albert Olivier, bonsoir Robert Kaufmann


Quant à Pierre Locher étant donné qu'il s'adresse directement à Michel Serres , je le laisse en tête à tête avec ce grand penseur!


Messieurs je n'ai qu'un mot à vous dire : bravo .
Votre sérieux et vos développement réfléchis méritent le respect....Mais ...veuillez me pardonner , je préfère rester sur le terrain que j'ai choisi à ma première intervention.
Peut-être est-ce un genre poétique, peut-être est-ce plein d'une utopie évangélique quand même...N'empêche que je partage l'analyse de Michel Serres dans ce domaine comme dans d'autres du
reste.
Je ne me situe pas du tout dans le domaine de La Loi qui fait du mariage entre un homme et une femme (chez nous encore pour l'instant et ailleurs ausssi)


un acte légal figurant dans un registre approprié...Non je me situe dans le sens de la filiation de Jésus et de Joseph... Quand Marie dit à son fils, au moment ou ils le retrouvent au
Temple  " «Mon enfant, pourquoi as-tu agi ainsi avec nous? Ton père et moi, nous te cherchions avec angoisse.»(Luc 2,48) "...ce n'est pas à l'Humanité entière qu'elle s'adresse...que je
sache ,dans cette question,  elle définit encore  la place de Joseph, père et époux ,de leur fils Jésus et elle, Marie mère et épouse .Et pas encore la "mère de l'humanité
[nouvelle]"(comme le note Pierre Locher)...et pourquoi nouvelle???Cela est aussi une interprétation.


En fin pour terminer soyez assurés, tous les deux, que je ne vous considère pas du tout comme des  homophobes..Vous montrez au contraire votre grand respect des autres  quels/quelles
soient, dans chacune de vos interventions.


Pour le reste, je respecte vos arguments bien développés et clairs, mais je ne les partage pas.


Au plaisir de vous lire .
fanfan


ps: pour Robert Kaufmann: mai 68 et ses barricades..non pas pour moi...J'étais plutôt, ces années là une jeune "oie blanche"qui attendait son prince charmant, pour passer devant monsieur le maire
et devant monsieur le curé en grandes pompes!!!et convoler en justes noces.....

Pierre Locher 01/02/2013 15:15


 


 


Michel SERRES est un homme intelligent, plein d'humour et qui a parfois un goût prononcé pour une certaine forme de provocation. Tout cela en fait quelqu'un
d'éminemment sympathique et à la pensée stimulante. Mais, pour le coup, son humour et sa provocation sont allés peut-être un peu trop loin.


 


Dieu soit loué, il n'a pas – comme certains – avancé l'idée que la gestation pour autrui était une invention biblique (Sarah stérile demandant à sa servante Agar de
porter un enfant pour Abraham ...on sait comment l'histoire s'est terminée !), mais sa théorisation de l'adoption par l'évocation de la Sainte Famille ne me semble pas très convaincante. Il ne
parle d'ailleurs à aucun moment de PMA, de GPA, ni même de mariage entre personnes de même sexe, mais uniquement d'adoption, n'en déplaise aux inconditionnels du projet de loi
gouvernemental.


 


Puisque Michel Serre se place sur le terrain religieux ou théologique, restons y. Je relève au moins deux approximations dans son propos, sur la notion de fils et
sur celle de loi naturelle.


 


Quant Jésus agonisant sur la croix désigne Jean comme fils pour Marie, il utilise ce mot dans un sens qu'il n'a pas dans notre société occidentale. De même que
lorsqu’on parle des "frères " de Jésus, ce ne sont pas obligatoirement des frères au sens biologique. Le mot fils dans la tradition vécue par Jésus ne se limite pas à la parenté
immédiate. Même l'AT parle de "fils d’Israël" , de "fils d'homme" sans qu'il n'y ait la moindre idée de filiation biologique. Par ailleurs, le sens profond de cette désignation, c’est de
faire de Marie la mère de l'humanité nouvelle, la mère des croyants, signification sûrement plus importante et plus intéressante que le fait de "fabriquer" un nouveau modèle familial, comme le
suggère Miche Serres.


 


"La loi naturelle n'existe plus, c'est la loi d'amour qui compte en premier", écrit-il un peu plus loin. Il faudrait déjà
définir ce qu'il entend par loi naturelle, car ce mot recouvre des acceptations très diverses, voire opposées (Si G&S pouvait un jour faire
le point sur ce qu'on appelle philosophie naturelle, théologie naturelle, çà ferait peut-être avancer le schmilblick, pour parler communément). Ensuite, cela me parait assez contradictoire avec l'attitude permanente de Jésus disant qu'il n'est pas venu abolir, mais
accomplir.


"N'allez pas croire que je sois venu abolir la Loi ou les Prophètes : je ne suis pas venu abolir, mais accomplir" (Mt
5,17)


La loi d'amour (encore un terme ambigu, les 3 monothéismes se réfèrent à un Dieu d’amour : où est la spécificité de la
révélation chrétienne ?) n'abolit ni la loi judaïque, ni la loi naturelle. Comment, pour le dire autrement, la religion du Verbe incarné, pourrait-elle être celle qui renie la chair, refuse le
lien du sang ? Jésus est bien sorti du ventre d'une femme, qu'on le veuille ou non, et il n’avait pas de deuxième mère adoptive...à moins que certains ne voient l'ange Gabriel dans ce
rôle !


 


Il est vrai qu'en nous révélant Notre Père commun, Jésus fait de nous ses frères et donc potentiellement des fils de Dieu, mais
cette révélation ne se substitue pas et n'annule pas le premier acte créateur qui a fait de nous les enfants d'un homme et d'une femme.


 


L' "idéalisme" de Michel Serres m'étonne beaucoup.


 


Pierre Locher

Robert Kaufmann 01/02/2013 14:12


PS


Pour taquiner Fanfan et ne connaissant pas son âge, je ne sais si elle était sur les baricades en Mai 68 ? Mais si elle avait pu y être, elle aurait peut-être crié avec les autres que le mariage
est une foutaise inventée par les Judéo-Chrétiens et qu'il n'y a mieux que l'AMOUR LIBRE ?


Tout cela est d'une fraîcheur enfantine mais il nous faut revenir à des positions responsables et ne pas jeter à la poubelle sans réfléchir des usages et des coutumes que la société humaine a mis
des millénaires à construire à travers bien des tatonnements et des souffrances.


ET PUIS, SI ON S'OCCUPAIT DES ÉCHANGES INTERNATIONAUX ET DU CHÔMAGE PLUTÔT QUE DÉTOURNER L'ATTENTION SUR DES IDÉOLOGIES FUMEUSES ??


RK

Robert Kaufmann 01/02/2013 13:43


Je me dois de dire que je suis tout à fait en accord avec la mise au point d'Albert Olivier. Je sais que ça ne surprendra pas et ne troublera pas Fanfan !


Toutd'abord, je fais observer que notre argumentation essentielle ne s'appuie pas sur des éléments de caractère religieux mais bien davantage sur ce que nous considérons comme le Bien de
l'enfant, qui sera, ne l'oublions pas, l'adulte de demain, à son tour en charge de la Société.  Nous réagissons simplement ici sur le terrain sur lequel nous entraine Michel Serres. Faut-il
rappeler qu'il débute par

Albert Olivier 01/02/2013 11:27


Chère Fanfan, nous admirons tous votre enthousiasme évangélique  et votre sens  poétique, mais vous m'avez mal lu ou mal compris. Qu'est-ce qui est en jeu dans le grand
débat national sur le MPT ? Le vote d'une loi permettant le mariage entre personnes du même sexe (je ne suis pas opposé à une union civile, mais refuse l'emploi du mot "mariage"
dont on modifie totalement le sens), union suivie de l'adoption d'enfants extérieurs au couple (il est évident qu'il faut traiter le problème des enfants nés d'un parent devenu homosexuel). A ce
stade, vous ne pouvez pas ne pas penser, ils ne s'en cachent pas, que l'égalité revendiquée par les homosexuels nécessitera le recours à la PMA (ce qui déjà soulève quelques
questions éthiques, ne serait-ce que de filiation) et surtout à la GPA qui met en jeu d'autres protagonistes : les mères porteuses. Une femme qui va durant 9 mois porter un enfant ne pourra pas,
sauf exception en faveur d'une parente ou amie, ne pas être dédommagée (temps passé, peines de la grossesse, éventuellement douleurs…) et l'on tombera immanquablement dans la "marchandisation" du
corps de femmes. On peut prévoir, en outre, un problème social parce que, souvent, elles ne seront pas membres des classes privilégiées, mais de milieu défavorisé, essayant par ce moyen (ce
travail ?) de survivre. Je n'aborde même pas le drame, que pourravivre telle ou telle, de devoir " livrer " à terme un enfant auquel elle aurait pu s'attacher au fil des mois de grossesse.


Quant à l'amour, il n'est pas question de nier la capacité d'amour de personnes homosexuelles envers leur conjoint ou d'éventuels enfants. C'est, je le répète, que
l'amour n'est pas objet de loi. Or ce qui est revendiqué en l'occurrence, c'est une institution pour défendre des droits : certains sont indubitables, d'autres plus discutables.
Un vrai débat — avec un apport de scientifiques désintéressés — permettrait d'y voir plus clair. Trouvez-vous vraiment ce " raisonnement ", je dirais plutôt ces réserves " succinct(es) " ?


Albert Olivier

fanfan 01/02/2013 10:43


Permettez-moi de mettre mon "grain de sel" messieurs Robert Kaufmann et Albert Olivier.Je vous trouve d'une part fort sévères avec ce qu'a écrit Michel Serres et  vous semblez en plus bien
embarrassés pour décrypter ce qu'il a voulu nous faire comprendre...Du coup allant droit au but vous enfoncez allègrement la porte "de l'enfant élevé par un homme et une femme"Dieu l'a voulu de
toute éternité et sans contexte ,  la preuve son Fils(quintessence divine)..a été le prototype de ce choix... veuillez m'excuser mais .un peu enfantin comme démonstration !!!


 Et en plus c'est un peu succint comme raisonnement  à mon entendement.A l'Amour totaldont parle Michel Serres et qui transparaît dans l'acte d'adoption plénière que Joseph fait à
l'enfant né de Marie vous répondez LOIS...un peu comme les docteurs de la Loi du temps de Jésus!!!


Auriez-vous tenu cette façon ce raisonnement devant Jésus quand il disait: les hommes ne sont pas faits pour les lois ce sont les lois qui sont faites pour les hommes"!(confère Luc 6,1-5)
Avec ce viatique on peut aller beaucoup plus loin , c'est mon sentiment.


fanfan


 

Francine Bouichou-Orsini 01/02/2013 09:39


Oui, la remarque d’Albert Olivier  n’exprime qu’une sagesse élémentaire. Il est inutile de se référer à des traditions religieuses, propres à certains
seulement. Mais il s’impose de s’appuyer sur des considérations anthropologiques et scientifiques ( cf la mise en garde de  pédo-psychâtres reconnus,
des comités d’éthique, etc…).                 


Dans ce domaine, où les contrôles sont si difficiles, le  principe de précaution est dicté
par le respect de l’enfant, de son devenir, probablement compromis. Le recours à la PMA (procréation médicale assistée), ou à la GA
(gestation pour autrui) est, effectivement une supercherie qui prive l’enfant de repaires
essentiels, liés à la connaissance de ses propres racines (cf Sylviane Agacinski, philosophe de gauche).


Francine Bouichou-Orsini, psychologue de l’enfant

Albert Olivier 31/01/2013 23:12


J’ai la plus vive admiration pour Michel Serres, son intelligence, sa culture élargie, la subtilité de ses raisonnements… Je l’écoute chaque fois que j’en ai l’occasion, avec
profit.


Mais là, je pense qu’il se mêle les pinceaux. Certes sa démonstration est brillante, mais que veut-il démontrer ? que l’adoption par un couple homosexuel est dans le sens de
l’Histoire (sainte ?) ? Il a mal choisi le cas puisque finalement sa Sainte famille adoptive est une famille hétéro : une femme, Marie, et son époux, le père adoptif, Joseph. Alors quid
? Comodo ?


J'ai attendu plusieurs jours pour réagir à cet article lu par ailleurs. Puis, je l'ai relu de près. A moins d'être particulièrement naïf, on ne peut croire qu'un texte sur
l'adoption et sur l'amour comme base du couple (argument central des homosexuels pour justifier le MPT) est fortuit dans le contexte d'un ardent débat national sur cette question. D'ailleurs
Serres écrit lui-même : « … notre temps, où se posent tant de questions autour des modèles de la parenté, du mariage homosexuel… »


Dans ce débat, d'abord, je préfèrerais qu'on ne fasse pas intervenir les Écritures, dont on sait qu'elles ne sont pas "favorables" à l'homosexualité (Cf. Lévitique et Paul).
Quant à la justifier par l'amour (d'essence " évangélique ", comme chacun sait, à condition de ne pas le définir de façon trop précise), il faut rappeler que le fondement du mariage-institution
(c'est ce que réclament les homos) n'est pas l'amour, qui n'a pas besoin d'institution, mais la stabilité reconnue du couple et la défense de droits légitimes (transmission de biens, par exemple)
et, à l'origine, des enfants issus de ce couple. 


Le mariage de personnes de même sexe et l'adoption d'enfants par elles posent des questions juridiques et anthropologiques graves. On est actuellement dans un système de société
donné depuis quelques siècles et même plus. Il vaut ce qu'il vaut. Il peut être appelé à évoluer, à être amendé, voire modifié : mais on ne peut le faire à la sauvette, sans s'interroger,
simplement, parce que le " mouvement " est dans le vent (et non le sens) de l'histoire et paraît constituer un " progrès " (lequel ? et en quoi ?). Demander un vrai débat, ce n'est pas être
" conservateur ", c'est être prudent et ne pas vouloir accroître le joyeux bordel qui règne dans l'organisation (ou la désagrégation) de la société " occidentale ", qui a de gros défauts mais
existe encore.


Quant à l'adoption comme " Bonne nouvelle ", je sais que Serres a fait l'École navale, qu'il est agrégé de philo (rue d'Ulm), qu'il a enseigné l'histoire des sciences. Il semble
moins sûr en histoire ancienne, car l'adoption n'est pas une invention de l'évangile. Elle est largement pratiquée dans la Rome antique. On pourrait même dire que le père romain
 "naturel" adopte ses enfants "naturels" puisque ceux-ci ne sont "reconnus" comme tels (et viables, puisqu'il a droit de vie et de mort) que si le père les a "élevés", à
leur naissance, devant l'autel familial.


Albert Olivier

Thévenet 31/01/2013 14:47


Je partage entièrement le petit mot de Michel Serres. Beaucoup de catholiques n'ont pas converti leurs points de vueconverti au regard des Ecritures, malgré le retour à celles-ci opéré
par  Vacitan II et les enseignements de l'Eglise depuis, les divers groupes de méditation qui se développent en France, comme ailleurs. Ils en sont restés à leur religion de caste,
encouragés malheureusement par de nombreux clercs et non des moindres qui ne s'en tiennent qu'à leurs prédications, sans lien avec la réalité sociale. Par contre, l'offensive actuelle
des partisans du mariage ouvert aux couples homosexuels pour l'octoi de la PMA ou de la GPA, pour le moment, me pose problème aux regard des évangiles. Certes, il est sain de veiller à ne pas
tomber dans le traquenard tendu par le gouvernement, mais jusqu'à renier les enseignements du Christ, c'est un pas que le chrétien ne devrait pas franchir. Sans doute faut-il consacrer pour cela
du temps à la réflexion, ce qui n'est pas aisé dans un environnement médiatique "bien pensant" et autres, basés sur l'individualisme, l'immédiateté, la recherche du seul bonheur matériel
et  de confort, sur l'uniformité...Courage et liberté sont pourtant deux des caractéristiques de l'enseignement du Christ. 

Francine Bouichou-Orsini 31/01/2013 14:08


L'adoption, par un couple homosexuel,  pour un enfant qui a dépassé le premier âge... pourquoi pas. Mais pas pour un enfant nouveau-né, grâce à la PMA et GPA (procréation
marternelle assistée et gestation pour autrui).


IL faut rappeler à M. Serre, penseur que je respecte, qu'il ne s'agit pas, ici,  d'un problème philosophique... L'enfant à la naissance n'est pas pré-programmé, à la différence des autres
nouveaux-nés mamifères. A la naissance, le petit de l'homme est totalement démuni et dépendant de son entourage. C'est la condition du degré exceptionnellement évolué de son
riche développement, spécifiquement humain. Pour se construire,  il doit trouver, auprès de ses proches quotidiens, la référence homme et femme, pour se copnstgruire lui-même et construire
la relation d'altérité, relation fondamentale pour l'espèce humaine.


Francine Bouichou-Orsini Enseigante et chercheuse au CNRS-Paris, puis à l'un iversité d'Aix-Marseille, actuellement en retraite.

Robert Kaufmann 31/01/2013 11:43


Je ne sais pas précisément ce que veut nous démontrer ici le très estimé et aimé Michel Serres.


On accepte facilement la démonstration de l'Amour et de l'Adoption. Mais il n'y a là rien de nouveau. Combien d'entre nous ont "adopté" les enfants d'une compagne veuve ou divorcée ??


Par contre, je constate que Dieu a voulu que son fils soit élevé par un homme et une femme, comme le souhaitent nombre de psychiatres, de psychanalistes, d'éducateurs aujourd'hui...


Aussi, dans le contexte actuel, le propos de l'auteur peut troubler le jugement de certains, comme il en a été débattu dans l'article précédant.


RK

fanfan 31/01/2013 10:19


Ah monsieur Michel Serres , merci pour ouvrir tout grand nos yeux , nos oreilles et surtout notre coeur...tout comme l'a fait Joseph , ce descendant du Roi David..
Lui qui devait être, je présume, un juif "pratiquant", respectueux des lois de son peuple de son pays, va ,parce qu'il est un honnête homme dans le sens fort du terme, va donc bouleverser les
"conventions " du moment!


Il reconnaît l'enfant que Marie(sa "promise") porte en elle et qui n'est pas de lui "biologiquement" parlant, lui qui l'a respectée durant ce temps de "fiançailles classiques "Il donne SON nom au
Fils de Dieu, il le fait entrer dans sa filiation terrestre...Il les sauve tous les deux , car si jamais ON avait  appris que cette jeune fille promise était enceinte des oeuvres de... qui
au fait??? c'était une condamnation à mort qu'elle encourait avec l'enfant qu'elle portait en elle!!!


Joseph, époux de Marie  est Le Père Terrestre  de Jésus .Il va l'aimer ce Fils de tout son coeur d'homme, partant à sa recherche avec Marie  après "sa fugue" à Jérusalem. Et Marie
quand Jésus est retrouvé lui dit :


: «Mon enfant, pourquoi as-tu agi ainsi avec nous? Ton père et moi, nous te cherchions avec angoisse.»


Ces quelques mots sont fantastiques de sens , de force , d'amour tout simplement.J'ai toujours eu une grande admiration  pour Joseph, "l'homme de l'ombre et du silence"...lui  qui est
pourtant une(petite?) "pierre angulaire" dans la vie terrestre du Fils de Dieu...


Joseph nous ouvre à la dimension du mystère de l'Amour Total...sans bornes, ni barrières,l'Amour rédempteur qui sauve. Il préfigure celui de Dieu le Père qui nous fait  toutes et tous frères
et soeurs voulu(e)s de toute éternité par Amour!


fanfan