L'absence de Dieu... une autre forme de présence

Publié le par G&S

Difficile de discerner les traces de Dieu dans un monde de violences et de souffrances.
L’absence de Dieu deviendrait-elle une évidence ?
Gaston Pietri nous invite à dépasser les premières impressions :
Dieu n’est pas absent, il manifeste sa présence autrement
.

« Où est-il, ton Dieu ? » Par deux fois l’auteur du psaume 42 place cette question dans la bouche de ses adversaires, c'est-à-dire de ceux qui le malmènent et qui du même coup s'en prennent à la cause de Dieu. C'est dans sa foi que le psalmiste est touché. Comme le sont tant d'hommes et de femmes croyants que désarçonne l'insolence du Mal dans le cours de l'histoire. Le livre de Job montre un homme qui ne peut que résister aux fausses explications. Cet homme est encore parmi nous aujourd'hui. Il est des moments où le constat, le seul qui s’impose, est celui de l’absence : « Si je vais à l’Orient il n’y est pas. À l’Occident, je ne l’aperçois pas. Est-il occupé au Nord, je ne sais pas. Et il demeure invisible, si je me tourne vers le Midi. » (Job 23,8-9). Plus que jamais au début de ce 21e siècle, c'est la question du mal qui vient se mêler d’instinct à la question de Dieu pour conclure trop souvent à son silence ou à son absence. Lorsque nous tentons de lire dans la foi les événements de l'histoire, nous oscillons entre deux attitudes. La première est, dans le recul que permet la prière, l'exclamation de Jacob sortant de son sommeil : « En vérité, Dieu est là et je ne le savais pas » (Genèse 28,17). La deuxième attitude est, à tout le moins, celle de l'extrême réserve que recommande Jésus : « La venue du Royaume de Dieu ne se laisse pas observer, et l'on ne dira pas : voici il est ici ! ou bien : il est là... » (Luc 17,30-31). L'intervention de Dieu n'est pas repérable à la manière des causes naturelles accessibles au regard ou à l'analyse quelque peu approfondie.

En retrait pour nous confier l'histoire

Dieu n'est pas dans la série des causes, ni en début ni en fin de file. S’il est source de tout ce qui est et agit en ce monde, il l’est de l'intérieur. Vu de notre côté, il est en retrait. Il est « comme cet homme partant en voyage » (Matthieu 25,14) qui remet des talents à ses serviteurs pour qu'ils les fassent fructifier. Autrement dit, il nous confie l’histoire pour que nous en soyons les artisans. Il n’attend rien d’autre que de nous voir déployer notre liberté inventive. Nous ne sommes pas appelés à reproduire quelque modèle préfabriqué. « Dieu nous invente avec nous », écrivait Emmanuel Mounier.

Intervenant en notre histoire, Dieu par son Fils s'est fait l'un d'entre nous. Jésus de Nazareth a été un segment minuscule de notre histoire, contemporain d’hommes et de femmes qui ont croisé son regard, entendu sa voix, vu ses gestes. Au terme de ce parcours, une fois passé par la mort, certains l’ont reconnu : Marie de Magdala au son de sa voix après l'avoir pris pour le jardinier, deux disciples au geste de la « fraction du pain » après avoir fait un bout de chemin avec celui qui n'était pour eux qu’un voyageur anonyme. À peine l'avaient-ils reconnu qu'il « avait disparu de devant eux » (Luc 24, 31).

Voilà donc qu’il lui faut s’absenter pour que désormais sa présence ne soit plus celle d'un individu reconnaissable en un lieu et pour un moment, et seulement en ce lieu et pour ce moment. Les disciples l’avaient entendu la veille de sa mort : « c'est votre intérêt que je parte. Car si je ne pars pas, le Paraclet ne viendra pas vers vous. Mais si je pars, je vous l’enverrai. » (Jean 16,7). Telle est la condition de la présence du Ressuscité par son Esprit.

L’Église dans la société, une présence paradoxale

C’est de cette présence universelle qu’en tout lieu et à tout moment nous avons à vivre. Voici donc que l'absence est en réalité un autre mode de présence à l'histoire qui va son cours, avec ses réussites et ses drames. Le Ressuscité en a donné l’assurance aux disciples : « Et moi, je suis avec vous tous les jours jusqu'à la fin du monde » (Matthieu 28,20). Peut-être nous arrive-t-il de regretter de n’avoir pas été contemporains de Jésus aux jours de sa vie historique en Galilée et en Judée. C'est Lui qui désormais est notre contemporain. Silencieusement il parcourt l’histoire avec nous. Silencieusement parce que son intervention ne peut être que discrète. Elle se laisse percevoir à travers quelques signes. Mais ces signes ne sont lisibles que dans la foi. À la communauté des croyants en Christ, qui est l’Église, d'interrompre en quelque sorte le silence. Cette Église n’a d’autre raison d’être que de signifier efficacement la présence du Christ à l'histoire en train de se faire, et donc à ce moment précis de l’aventure humaine que l'on pourrait croire déserté par un Dieu si peu reconnu : « Où est-il, ton Dieu ? » Il est dans les paroles et dans les gestes qui révèlent l’Amour dont les hommes sont encore et toujours aimés. L’Église n’est pas faite pour être invisible et cachée. Elle est une part d'humanité. Mais il ne lui suffit pas d'être visible et de l’être à n’importe quel prix. Le regard qui se pose sur elle devrait être immédiatement renvoyé au Christ. L’Église n’a pas sa fin en elle-même. Sa présence dans la société est paradoxale. Elle est un index pointé en direction de l’invisible. Son rôle dans l'histoire est d’orienter les esprits et les cœurs vers une sorte de place vide, celle d'une absence. Ce Christ absent fait du corps ecclésial la mystérieuse réalité d'une Présence.

Très probablement certaines manifestations intempestives ne seraient-elles d'aucune manière au diapason de la discrétion du Ressuscité. C’est leur qualité d’humanité et d'actualité qui seule aura des chances de faire pressentir aux hommes de ce temps que Quelqu’un, comme avec les deux disciples le soir de Pâques, « fait route avec eux » (Luc 24,15).

Gaston Pietri

Publié dans Réflexions en chemin

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Jérôme 02/06/2011 23:03



Chère Fanfan la Tulipe (et oui je vous imagine bien en tulipe! Je plaisante!)


Rassurez-vous, je ne vous refuse pas le droit de vous poser des questions (loin de moi une telle idée), mais accordez-moi le droit de réagir...


Fraternellement dans le Christ!



Nicole 02/06/2011 21:38



Toutes ces réponses à l'invitation de l'évêque au coeur d'un ville est une autre approche qui peut dérouter, mais les
prophètes dans la bible interpellent et déroute le peuple.


Alors peut être que ces manifestations peuvent toucher et mettre en route certaines personnes.



fanfan 02/06/2011 17:26



Cher Jérôme,


Pourquoi diantre prenez-vous pour vous une remarque faites en passant?


Vous êtes libre évidemment de faire partager au plus grand nombre les connaissances et les certitudes qui vous animent, et qui vous donnent raison d'être.


Mais j'ai aussi le droit de m'interroger sur le pourquoi de la chose..simplement


et en passant, excusez-moi je me répète...


Fanfan qui n'est pas de tulipe ce serait le bouquet alors!lol...


 


 



Jérôme 02/06/2011 08:44



Cher Fanfan la Tulipe!


Avant de me suspecter de pédanterie en ce que je me complairais à étaler mes connaissances pour ma vaine gloire personnelle, je vous suggère de vérifier la teneur et la portée des références
bibliographiques que j'ai pu citer. Vous constaterez alors qu'elles sont suffisamment sérieuses pour être connues.


Faire part de ces références bibliographiques, c'est un acte de partage. Je crois voir dans votre réflexion une sorte de mépris pour la culture, et j'espère qu'il n'en est rien!


Oh, et puis zut! Voilà que j'écris à nouveau et tant pis si je ne parviens pas à vous faire douter de certains stéréotypes qui courent sur l'histoire de l'Eglise! En tout cas c'est bien dommage!


Fraternellement dans le Christ!


Et dire que je m'étais promis de ne plus intervenir!



fanfan 01/06/2011 18:12



Dieu est-il vraiment présents dans nos écrits?Et Dieu a-t-il besoin de nous pour se révéler au Monde?Lorque nous écrivons sur Dieu , est-ce seulement pour nous faire plaisir( montrer nos connaissances en la matière par exemple, ou exposer nos idées sur la question...) ou pour sa plus grande Gloire?


fanfan



Jérôme 01/06/2011 17:25



Bonjour,


Rassurez-vous je ne serai pas long et ce sera mon dernier message.


Tout d'abord je n'ai jamais dit que l'Eglise institutionnelle équivalait le corps mystique mais que celle-là était comme la charpente ou l'ossature de l'Eglise qui traverse les siècles. Par
ailleurs tout baptisé devient membre du corps du Christ. je crois qu'un certain saint Paul en a déjà dit assez sur ce chapitre.


Je perçois dans les propos de certains l'expression d'une suspicion à l'égard de l'église institutionnelle. Ce n'est pas nouveau et Dieu merci, l'institution résiste et transmet l'héritage
spirituel, la fameuse parole de Dieu. Pour expliquer cette suspicion, sans doute faudrait-il reparcourir l'histoire de l'Eglise, et le protestantisme est sans doute l'expression la plus flagrante
de cette défiance à l'égard de l'Eglise catholique, en quoi le protestantisme n'est peut-être pas étranger à l'émergence du volontarisme moderne, comme le pensait Jacques Maritain.


Je remarque que les ennemis de l'Eglise ne sont pas forcément extérieurs à celle-ci, mais que l'Ennemi peut aussi se manifester avec le masque de la modernité pleine de bonnes intentions
progressistes.


Je remarque aussi que si il y a beaucoup de réflexions d'inspiration chrétienne qui manifestent une quête vivace de sens et de vérité, et d'une intelligence plus ample de la foi, il y a aussi un
recul de la culture chrétienne (les rites et les dogmes deviennent quasiment accessoires et on sera vite tenté de prôner une religion universelle sans contenu ni référence explicite à une
tradition. Après tout ne sommes-nous pas à l'ère du relativisme?A quoi bon avoir une formation catéchétique et théologique? A quoi bon se référer explicitement au Christ si on peut prêcher une
religion séculière de l'Humanité? Je me demande si le Christ a accepté de monter sur la Croix pour qu'on finisse par le mettre au même plan qu'un Bouddha, un Mahomet, ou je ne sais quelle autre
figure spirituelle. Je me demdande si le dogmatisme est le privilège de l'Eglise, n'y aurait-il pas par exemple du dogmatisme dans le scepticisme, qui se résume par cette phrase lapidaire: il n'y
a pas de vérité! Tout se vaut! Rien ne vaut!


En ce qui concerne les ouvrages que j'ai pu signaler, ce n'était que pour indiquer à celles et ceux qui fréquentent ce blog, qu'il y a une autre histoire de l'Eglise que celle qui nous est servi
depuis longtemps. Je voulais ainsi dénoncer cette tentation toute chrétienne de sombrer dans la culpabilité en s'y complaisant. Halte à ce masochisme morbide, halte à cette repentance excessive
et infondée, halte à ce complexe d'obscurantisme dont on cherche à affliger les catholiques. Quand on sait par exemple que l'académie qui compte le plus de prix Nobel est l'académie pontificale
des sciences...ça laisse songeur et quand on regarde comment l'Eglise a sauvé la raison en luttant contre la pensée magique et superstitieuse...et quand on voit vers quelles dérives entraînent
l'athéisme ou la paganisme, on reste songeur et sidéré...


Ce qui est extraordinaire c'est de voir à quel point des chrétiens aiment à s'autoflageller pour des crimes et des fautes qui n'existent pas...On dirait que l'économie du salut est comme
corrompue et retournée contre elle-même...Le fidèle étant comme paralysé...Belle manoeuvre du Malin, mais à quoi évoquer cet être dont la plus grande ruse est de faire croire qu'il n'existe pas,
comme le disait Baudelaire...Et ainsi tant de chrétiens croient au progrès comme à la venue du royaume de Dieu...quelle farce!


Enfin  quand je vois avec quel courage des chrétiens témoignent de leur foi dans des conditions autrement plus périlleuses que les nôtres, je ne suis pas loin de partager l'idée de Pierre
Boutang pour qui l'Occident n'a pas été à la hauteur du message évangélique...Et cependant, quand je vois avec quel courage des missionnaires sont partis aux quatre coins du monde pour
évongéliser au risque de leur vie (et surtout en ce soi-disant rassurant 19ème siècle!), et quand je vois à quel silence sont réduits les chrétiens qui doivent se rednre comme invisibles. C'est
que parler de Dieu est devenu inconvenant à notre époque alors que parler de futilité e=ou mieux de grossièretés, ça c'est dans le vent!


Mais je crains de m'étendre trop!


Fraternellement dans le Christ!



Marie Eve 01/06/2011 00:10


Apres de multiples commentaires de mêmes internautes, j'ose trés fraternellement demander sil ne faut pas être trés vigilant à ne pas confondre cet espace de parole pour une tribune personnelle
aboutissant en faisant peut être courir le risque que l'on n'ose plus mettre 3 petites lignes de commentaire de peur que 50 lignes les commentant leur succèdent. Je partage tout dimplemt et
fraternellement mes interrogations.


G&S 01/06/2011 10:44



Effectivement, il est souhaitable que soient préservées les deux richesses de la "vie sur un blog" :
- permettre à chacun de s'exprimer en toute liberté
- échanger sur les points de vue personnels de chacun des participants


Pour cela il faut que chaque commentateur veille à ne transformer les commentaires ni en thèses (ou copies de thèse) de doctorat, ni en revue de presse, ni en récitation de
catéchisme, ni en bibliographie des auteurs qu'on aime, ni en "revue de liens" vers des sites Internet traitant plus ou moins du sujet.
Merci à chacun de veiller à apporter dans la discussion un point de vie personnel. Ce dernier provient pratiquement toujours de nos lectures et de nos réflexions personnelles,
bien sûr, mais il ne doit pas être un "fourre-tout" où on profite de n'importe quel sujet pour défendre des causes - respectables le plus souvent - mais qui peuvent n'avoir qu'un lointain rapport
avec le sujet précis de l'article qu'on commente.


Merci à tous de veiller à cela !
Le Blogmestre de G&S



Pierre Locher 31/05/2011 18:27



A propos du silence de Dieu , la parole d'un poète :


Si l'on chante un Dieu,


Ce Dieu vous rend son silence.


Nul de nous ne s'avance


Que vers un Dieu silencieux.


Rainer Maria Rilke (Vergers)



Francine Bouichou-Orsini 31/05/2011 16:44



Sans abuser de l’attention de tous les  lecteurs de G&S, quelques lignes cependant, Jérôme, pour réagir,  rapidement et définitivement, à votre
dernière  missive. Je l’ai  lue en entier. Vous y répétez avec flamme vos écrits antérieurs et les mêmes contresens, (détectés aussi par d’autres commentateurs
(ex : l'Eglise institutionnelle = le Corps mystique du Christ). Je respecte profondément votre point de vue,  lié à une vive sensibilité ; lesquels auraient pu
s’insérer plus opportunément dans une époque antérieure, telle la chrétienté du XIXème siècle, société  jugée plus « rassurante » par certains. Mais on ne choisit pas
son temps…


Permettez-moi de vous apprendre que, de mon côté, ce que j’exprime résulte d’une longue expérience (j’ai 83 ans), marquée et blessée profondément après  la fuite de
l’Institution-Eglise,  par de nombreux jeunes et par ce qu’on appelle des « élites »,  suite aux espoirs déçus, soulevés par Vatican II. Cependant,
autour de moi, dans mes différents lieux de travail, à Paris et à Aix en Provence (CNRS, Université) :   les relations avec les représentants de
l’autorité (professionnelle, sociale, ou autres) avaient pris acte désormais que les individus pouvaient se comporter en être majeurs, capables d’affronter la nouveauté.


Mais, quelle que soient les sensibilités personnelles, il convient d’honorer la confiance que Dieu nous a offerte,  et d’accueillir l’Esprit promis, sans le
subordonner fondamentalement à des rites, des dogmes, moyens utiles certes  (je le répète), mais susceptibles de changer pour devenir plus
transparents,  pour adapter leur formulation en fonction des époques et des cultures. Je vous rappelle que l’ordre des Jésuites, célèbre par son vœu
d’obéissance, et au prix de nombreuses épreuves, a défendu et défend encore cette intelligence d’une foi lucide,
 laquelle n’est pas réductible à la certitude d’un  dogme immuable, mais encourt le risque de s’engager sur un chemin étroit et caillouteux, et
parfois dangereux…  Notre confiance humble en Jésus-Christ, c’est cela le moteur.


Fraternellement.


Francine Bouichou-Orsini



Jérôme 31/05/2011 15:20



Erratum et complément!


Le darwinisme envers d'une théorie (éd. F.-X. de Guibert), de Jean-François Moreel (et non pas Revel) ,
docteur en biologie.


Pour ce qui est du rôle de l'Eglise catholique dans l'histoire, j'avais évoqué l'ouvrage de Jean Dumont, intitulé L'Eglise au risque de
l'histoire (éd. Criterion) qui n'est plus édité jusqu'à nouvel ordre, mais dont il est possible d'avoir une présentation par le lien suivant:


http://www.biblisem.net/historia/dumeglis.htm


Pour en finir avec le masochisme chrétien et particulièrement catholique, et au nom de la vérité historique!


La foi se cultive ou dégénère et se meurt!!!


Fraternellement dans le Christ!



Jérôme 31/05/2011 10:50




Chère Francine,


J'ai lu très attentivement votre message et je voudrais vous faire part des réflexions qu'il m'a inspiré.


Vous commencez par exprimer le souhait qu'aucun contre-sens ou malentendu n'ait lieu à propos de l'article de Gaston Piétri. C'est un désir fort louable et que je partage: il faut être
exigeant en matière d'interprétation et d'analyse.


Vous rappelez : "1 - « L ’Eglise n’a pas sa fin en elle-même, elle est un index pointé vers l’invisible  (…)  le regard qui se pose sur elle devrait être immédiatement renvoyé au Christ »,  (citation  de G.Piétri, rappelée
par J-B. du Désert et par d’autres (Nathalie, Jacqueline, Jacqueline Viltard, J-P, …)." En effet, l'Eglise n'est pas une fin en soi, car c'est le Christ l'alpha et l'oméga de l'Histoire. C'est
le Christ, la fin de l'Histoire! Mais en attendant, c'est à l'Eglise d'incarner l'Evangile, de le porter en elle comme la Sainte Vierge a porté en elle le Fils de Dieu, le Verbe de Dieu, et les
douleurs de l'Histoire sont comme les douleurs de l'accouchement...


Puis vous poursuivez: "  Ainsi, Anne précise que visibilité ne signifie pas lisibilité. En effet, la visibilité souhaitée implique la
transparence, donc la discrétion de l’intermédiaire, afin que l’interlocuteur regarde et cherche dans la direction signalée par l’index
 et ne s’arrête pas à contempler l’index lui-même…Trop souvent, la rigidité institutionnelle crée de l’opacité." Peut-être, mais est-ce l'église
institutionnelle qui engendre par elle-même cette opacité, ou est-ce un regard très moderne sur toute forme d'autorité qui jette la suspicion? En matière de rigidité, ira-t-on jusqu'à reprocher
aux squelette sa rigidité, cette même rigidité qui maintient droites les parties molles de l'organisme?


"Le Christ", dites-vous," demande à ses disciple (clercs comme  laïcs)  d’être le sel de la terre,  une tâche certes
obscure, mais plus  féconde que l’élaboration de rites ou de dogmes, certes utiles mais non essentiels, sauf à vouloir se réduire à une
religion, parmi d’autres religions organisées ;  ce qui est refusé par d’éminents  théologiens en poste de haute responsabilité au sein de
l’Eglise. Aujourd’hui, il faut s’attacher à discerner, dans le présent,  l’Esprit promis par Jésus-Christ, afin d’être capable d’interpeller de façon pertinente nos frères humains, à travers un langage adapté à la réalité ordinaire actuelle (P. Locher) ." Or, je crains
de devoir vous dire que les dogmes et les rites sont plus essentiels que vous ne le pensez, car par les rites la foi s'incarnent dans une liturgie où le fidèle vit sa relation à Dieu avec les
autres, en communion. Les dogmes sont les axiomes de la foi, comme il y a des principes au fondement de n'importe quelle théorie scientifique. Le dogme nourrit l'intelligence de la  foi
car il permet d'approcher de la réalité divine et de l'entrapercevoir... Perdre de vue les dogmes, c'est risquer le déracinement de la foi qui s'épuisera dans une pensée abstraite et
déconnectée de la réalité du mystère divin.


"2 - Entre autres, je relève aussi le contresens  suivant : réduire l’actualité du monde et son évolution aux dérives -toujours possibles hélas- liées aux pouvoirs technique fortement
accrus. Le chrétien sait reconnaître le rôle et l’importance de la dignité humaine, préalable à notre conversion divine
 en enfants de Dieu  (cf de nombreux théologiens, jésuites notamment). Oui, cette humanité n’a pas été  programmée à
l’avance, comme pour tous les autres vivants et son monde environnant pas davantage préfabriqué définitivement. Il faut donc encourager les laïcs impliqués, au sein
de  tâches complexes (d’ordre social, politique  ou scientifique, notamment chercheurs responsables) ; les encourager à continuer d’avancer avec
lucidité et prudence sur ce chemin étroit. Il ne faut  plus se permettre de juger  de loin, à partir des bureaux du Vatican (cf Galilée, Teilhard de Chardin,
etc…)" Les dérives graves qui menacent l'homme et qui manifestent une crise anthropologique inédite, du fait de certaines prouesses techniques, doivent attirer notre attention et notre
vigilance. Certes nous ne sommes pas soumis à un déterminisme absolu, et ces dérives montrent à quel point nous pouvons être tenté de transgresser les limites de notre condition humaine. Mais
il ne faut pas oublier qu'il y a une loi naturelle et des commandements divins qui situent l'homme entre Ciel et Terre.


En ce qui concerne, l'affaire Galilée, je vous suggère la lecture de La vérité sur l'affaire Galilée (éd. François-Xavier
Guibert) de Aimé Richardt, lauréat de l'Académie française, , qui montre que l'affaire ne s'est pas déroulée comme on le croit avec une eglise obscurantiste...


En ce qui concerne, le cas de Teilhard de Chardin, on ne saurait douter de la bonne foi et de la sincérité de jésuite paléontologue, mais la théorie synthétique de l'évolution fait
l'objet d'interrogations voire de réfutations qui ne sont pas le fait d'un obscurantisme religieux (d'ailleurs l'obscurantisme comme la violence sont-ils un privilèges de l'esprit religieux?).
Je vous suggère la lecture de Evolution, une théorie en crise (éd. Champ Flammarion), de Michael Denton, chercheur en génétique. Puis Le darwinisme envers d'une théorie (éd. F.-X. de Guibert), de Jean-François Revel,docteur en biologie. Je pourrais enfin vous
suggérer la lecture de La société pure, de Darwin à Hitler (éd. Champ Flammarion), de André Pichot, chercheur au CNRS. Enfin, je vous invite à considérer
comment on peut concilier une théorie évolutionniste matérialiste et athée avec la foi en Dieu, le créateur de la Terre et du Ciel, du monde visible et invisible. Qui donc a intérêt à réduire
l'homme à sa dimension purement biologique, en le ramenant au statut d'hominidé évolué ou de singe savant? Et donc à nier sa dimension spirituelle? Comment peut-on être chrétien sans être
créationniste? Que d'acrobaties pour concilier ces deux visions de l'homme, que de mystifications! Beaucoup de chrétiens semblent souffrir du complexe d'obscurantisme, ce complexe né de ce
matraquage idéologique et historiographique qui a toujours cherché à noircir le portrait de l'eglise et son rôle dans l'histoire.


Enfin, en matière de théologie, la lecture de Vous serez comme des dieux, (éd. Parole et Silence) du Cardinal George-Marie Cottier, ancien
théologien de Jean-Paul II, montre l'iportance des dogmes entre autres par l'analyse de l'émergence de l'athéisme en Occident.


Fraternellement dans le Christ!




Francine Bouichou-Orsini 31/05/2011 08:02



Je me réjouis de constater que de nombreux commentaires (rappelés ci-après) ont reçu le message de Gaston Piétri et je regretterais que la discussion s’oriente vers des contresens, ou des voies
secondaires.


1 - « L ’Eglise n’a pas sa fin en elle-même, elle est un index pointé vers l’invisible  (…)  le regard qui se pose sur elle devrait être immédiatement renvoyé au Christ »,  (citation  de G.Piétri, rappelée par
J-B. du Désert et par d’autres (Nathalie, Jacqueline, Jacqueline Viltard, J-P, …).  Ainsi, Anne précise que visibilité ne signifie pas lisibilité. En effet, la
visibilité souhaitée implique latransparence, donc la discrétion de l’intermédiaire, afin que l’interlocuteur regarde et cherche dans la direction
signalée par l’index  et ne s’arrête pas à contempler l’index lui-même…Trop souvent, la rigidité institutionnelle crée de l’opacité.  Le
Christ demande à ses disciple (clercs comme  laïcs)  d’être le sel de la terre,  une tâche certes obscure, mais plus 
féconde que l’élaboration de rites ou de dogmes, certes utiles mais non essentiels, sauf à vouloir se réduire à une religion, parmi d’autres religions
organisées ;  ce qui est refusé par d’éminents  théologiens en poste de haute responsabilité au sein de l’Eglise. Aujourd’hui, il faut s’attacher
à discerner, dans le présent,  l’Esprit promis par Jésus-Christ, afin d’être capable d’interpeller de façon pertinente nos frères humains, à travers un langage adapté à la réalité ordinaire actuelle (P. Locher) .


2 - Entre autres, je relève aussi le contresens  suivant : réduire l’actualité du monde et son évolution aux dérives -toujours possibles hélas- liées aux pouvoirs technique fortement accrus.
Le chrétien sait reconnaître le rôle et l’importance de la dignité humaine, préalable à notre conversion divine
 en enfants de Dieu  (cf de nombreux théologiens, jésuites notamment). Oui, cette humanité n’a pas été  programmée à
l’avance, comme pour tous les autres vivants et son monde environnant pas davantage préfabriqué définitivement. Il faut donc encourager les laïcs impliqués, au sein de 
tâches complexes (d’ordre social, politique  ou scientifique, notamment chercheurs responsables) ; les encourager à continuer d’avancer avec lucidité et prudence sur ce
chemin étroit. Il ne faut  plus se permettre de juger  de loin, à partir des bureaux du Vatican (cf Galilée, Teilhard de Chardin, etc…).


Francien Bouichou-Orsini



Guillaume 30/05/2011 21:57



j'ai particpé comme animateur de jeunes à la journée qui se voulait festive et préparatoire aux JMJ. Les jeunes dont j'ai eu le retour étaient ravis des flashmobs dans les rues (tout le monde en
fait en ce moment, gratuitement ou pour donner un message ; les jeunes ont aimé les faire tout simplement) ; le soir la veillée était vraiment bonne enfant avec des artistes talentueux et dans la
foule pas mal de gens tout simples, des sdf en particulier qui dansaient avec les soeurs brésiliennes!!! puis la louange et l'adoration sur la place du st sacrement : un très beau temps
d'intériorité à l'extérieur ; étonnant je trouve



JP 30/05/2011 21:55



Dans sa diversité l'Eglise me donne de voir sa visibilité , à moi dans ma liberté de choisir le lieu où je rencontre le Christ vivant qui vient me nourrir, renforcer ma foi, et partir pour être
Eglise visible dans le quotidien de ma vie chretienne



jacqueline Viltard 30/05/2011 15:19






Bonjour,


 


Merci pour le texte envoyé.


J’ai retenu deux phrases, particulièrement :


 


Autrement dit, il nous confie l’histoire pour que nous en soyons les artisans. Il n’attend rien d’autre que de nous voir déployer notre
liberté inventive ».


 Et puis : « L’Église n’a pas sa fin en elle-même. Sa présence
dans la société est paradoxale. Elle est un index pointé en direction de l’invisible. Son rôle dans l'histoire est d’orienter les esprits et les cœurs vers une sorte de place vide, celle d'une
absence. Ce Christ absent fait du corps ecclésial la mystérieuse réalité d'une Présence ».


Mon commentaire serait le vœu que davantage de personnes veuillent s’ouvrir à l’invisible de la foi.


 



Jérôme 29/05/2011 20:45



Bonjour,


Pour être lisible il est nécessaire d'être visible et accessible, mais pour être lu, encore faut-il un regard attentif...


L'Eglise transparaît autant dans l'extraordinaire par la messe où les fidèles communient dans l'Eucharistie ou par des fêtes qui rassemblent par exemple, mais elle s'inscrit aussi dans la vie
ordinaire et quotidienne, en chaque geste, même un coup de ballet à une dimension de foi...


De même la réalité divine se manifeste par la vie quotidienne et ordinaire qui est la création continue, ou encore dans des miracles et des témoignages de sainteté, où l'ordre sunaturel se
manifeste!


Fraterenellement dans le Christ!



Pierre Locher 28/05/2011 13:08



 


Le texte de Gaston PIETRI soulève de grandes questions, en particulier celle du mal et du silence divin devant ce mal. Plutôt que de parler d'absence de Dieu, je
préfère parler du silence de Dieu. Si l'on ne doit pas confondre visibilité et lisibilité, il ne faudrait pas non plus confondre silence et absence.


 


Le prophète Élie (il y a pas mal d'années...cf. 1R 19) l’avait magnifiquement compris : Dieu n'était pas dans le manifestations naturelles terrifiantes que
sont les orages, les tremblement de terre ou autres grands feux, non, Dieu était dans cette voix de fin silence entendue sur l'Horeb.


 


La foi chrétienne n'est pas totalement dépourvue devant ce silence, elle qui confesse un Christ verbe de Dieu devenu chair ( St-Jean). Si Dieu ne parle pas
directement aux hommes, c'est qu'il a parlé par l'un d'entre eux, son Fils, appelé à être le premier d'une multitude de frères (Saint-Paul). Qu'est-ce à dire sinon que Jésus nous révèle, entre
autres, que Dieu parle – et agit, car en Lui, pas le moindre écart entre le parler et le faire - par l’intermédiaire des hommes, de certains en particulier, des mystiques, des prophètes, mais
aussi des hommes « ordinaires », des « braves gens » comme on dit, mais des « écoutants » du silence divin.


 


Le risque est grand, quand Dieu se tait, de le ventriloquer, comme dit ironiquement Robert SCHOLTUS, c'est-à-dire de parler à sa place, et on ne s'en prive
pas...mais la liberté humaine est à ce prix, affronter le silence de Dieu.


 


Sylvie GERMAIN le dit avec sa langue poétique : « Les éternels chuchotements de l'invisible bruissent depuis
l'origine de l'humanité […] . De générations en générations, il est donné à quelques-uns de percevoir ces infimes chuchotements , de les percevoir, puis de les écouter avec une
patience, une attention continues, toujours plus aiguisées […] . Ils ont toujours été rares, ces grands écoutants doués d'une « oreille
absolue », et aucune époque , aucune religion n'en détient le monopole. Les hommes d’après la Shoah n'ont pas davantage affiné leur ouïe que ceux d'avant, les sourds et les malentendants
sont toujours aussi nombreux et pire, les hallucinés auditifs qui prennent leurs bourdonnements de bile ou leur bouillonnements de sang pour des « appels » venus d'en haut, sont
toujours aussi répandus et virulents ».


 


Pierre Locher



jaqueline 27/05/2011 22:44



la visibilité de l'Eglise n'est pas dans l'extraordinaire mais dans l'ordinaire



Anne 27/05/2011 22:41



Je crois qu'on confond visibilité et lisibilité. cela n'a rien à voir.


 PAr exemple : voir une soutane, soit mais qu'est ce que cela dit du Christ Ressuscité?


Etre visible, c'est facile, une question de forme. Etre
lisible, c'et plus compliqué, une histoire de fond, qui en est capable?       



nathalie GADEA 27/05/2011 22:36



Une amie par mail m'envoyait le commentaire suivant:
j'ai lu dernièrement dans la Croix un interwiew du Cardinal Angelo Scola et un propos m'a retenue " Le
devoir de l'Eglise est de laisser transparaître Jésus-Christ sur son visage. Rien d’autre." 


 



Jérôme 27/05/2011 21:51



Un lien qui informe sur le dernier avatar de l'évolutionnisme ambiant, la théorie du gender! Pincez-moi! Dites-moi que je rêve! Ils sont devenus tous fous!


http://www.france-catholique.fr/Gender-a-l-Ecole.html#forum5954


Jusqu'où vont-ils aller? Je me le demande!


Prions et oeuvrons! Ora et Labora!



Jérôme 27/05/2011 21:40



Bonjour Francine,


Permettez-moi de m'adresser à vous en ces termes. La dernière phrase de votre commentaire m'a interpelé: "Dans cette perspective, le chrétien laïc se sent interpellé, lui qui est
en prise directe avec la complexité de notre monde évolutif, mis en demeure d’inventer des réponses adéquates et difficiles…"Mais avant de'en discuter le contenu, je dois dire
que je ne connais guère les travaux de Moingt, et pourtant si il a écrit les citations que vous en rapportez, je crains alors que cet auteur dévalorise le rite et la liturgie au profit d'une foi
toujours plus sécularisée et qui risque de perdre de vue les fondamentaux...et de s'éloigner de Dieu. Les rites, la tradition sont éminemment nécessaires à la culture de la foi, à sa vitalité et
à sa fécondité car c'est par elles que les fidèles reçoivent la Parole de Dieu et le mystère divin. Mais revenons à votre phrase où l'expression "monde évolutif" condense toute la mentalité
moderne. Or, je suis convaincu que notre civilisation et le monde avec elle souffre de cet évolutionnisme qui a été la matrice de toutes les idéologies qui ont prmois l'homme nouveau au pris de
millions de vies humaines. Par ailleurs, les clercs ne sont pas moins en prise avec le monde réel que les laïcs. Il y a des laïcs qui sont mêmes plus éloignés de la réalité que les chartreux dans
leur cellule qui sont de vraies arènes où ces moines luttent contre un mal que beaucoup aujourd'hui ignorent ou nient ou fuient par des divertissements.


Il y a plus de réalité dans une hostie que dans ce monde évolutif qui est un monde d'illusions dont les hommes sont les dupes plus ou moins complices...


Fraternellement dans le Christ!



Jérôme 27/05/2011 21:24



Bonjour,


Affirmer la sainteté de l'Eglise  d'une part, et la nature pécheresse de ses membres ne signifie pas accorder un blanc-seing à quiconque pècherait! C'est affirmer que l'Eglise est l'épouse
du Christ, et que sa sainteté réside dans sa soumission au Christ, Celui-ci l'ayant aimé jusqu'à la croix, c'est-à-dire en lui donnant sa vie! Je ferai remarquer que si au cours de l'histoire de
l'Eglise des péchés plus ou moins graves ont pu être commis et le sont encore par certains de ses membres (ce qui n'est pas si étonnant car la nature humaine est faillible), il n'empêche que
l'Eglise est restée fidèle à la Parole du Christ en luttant contre les hérésies. Même les papes dont le pontificat a pu être entaché par des moeurs dissolues n'ont jamais prêché d'hérésie.


L'Eglise porte en elle la sainteté comme un organisme vivant porte en lui les ressources nécessaires à la lutte contre le mal qui peut l'atteindre et le tenter, ici, en l'occurrence l'Esprit
Saint!


De la même façon qu'un saint peut connaître la tentation et trouver en lui la force de lui résister avec la grâce divine. Je pense à Padre Pio, et il y en a tant d'autres!


Je ferai aussi remarquer que par le sacrement de réconciliation ou de pénitence, l'Eglise invite ses membres à se repentir de leurs fautes. Il en va de l'économie du salut: la culpabilité est la
mauvaise conscience (signe de santé spirituelle car que devient une âme qui ne se repent pas de ses fautes?) qui, consciente de sa précarité morale et spirituelleappelle, prie Dieu de la
pardonner. Se repentir, n'est-ce pas remonter la pente après avoir dégringolé?


En ce qui concerne le fait que l'Eglise aurait sacralisé à outrance ses attributs, je pense qu'Elle était et qu'Elle demeure là dans sa mission. D'ailleurs Elle est la seule à défendre le
caractère sacré de la vie humaine, et cela contre l'esprit d'un temps qui désacralise à qui mieux mieux...Je trouve autrement plus dommageables les autosacralisations du politique dans
l'Histoire! La violence des totalitarismes séculiers est proportionnelle à l'orgueil qui les a animés.


Fraternellement dans le Christ!



Jean-Baptiste DÉSERT 27/05/2011 10:41



Gaston Piétri ouvre, en quelques phrases essentielles, un large champ de discussion sur notre relation à l’Église et celle qu’elle-même
entretient avec le “monde”. Il rappelle utilement qu’elle n’a pas sa fin en elle-même, ce qu’elle a parfois oublié à travers l’histoire en se
“sacralisant” outre mesure. Elle est un transmetteur du message de Dieu, et c’est déjà beaucoup, non un “médiateur”, car, rappelle saint Paul, «  il y a un seul médiateur entre Dieu et les
hommes, Jésus-Christ » (1 Tim. 2,5) . Lui seul est “le chemin, la vérité, la vie” .
Comme dit le texte : « L’Église n’a d’autre raison d’être que de signifier efficacement la présence du Christ à l'histoire en train de se faire [Elle ] n’est pas faite  pour être invisible
et cachée. Elle est une part d'humanité. Mais il ne lui suffit pas d'être visible et de l’être à n’importe quel prix. Le regard qui se pose sur elle devrait être
immédiatement renvoyé au Christ ». C’est ce qui rend si graves les méfaits dont peuvent se rendre coupables des chrétiens, en particulier quand ils ont fait de choix d’être “clercs”, car
ils compromettent alors, volens nolens, l’institution. 


A ce propos que signifie une phrase, lue dans les commentaires, comme «L’Église est sainte malgré le fait que ses membres soient pécheurs » ? C’est de
l’apologétique molle et équivoque. S’agit-il de la sainteté virtuelle d’une “entité” dont les constituants réels ne sont pas sain(t)s ? Aristote en frémirait. Et cela permet tous les relativismes
moraux : nous sommes des salauds, certes, c’est “normal” puisque nous sommes pécheurs, mais la somme de ces salauds peut-elle instituer un corps auto-proclamé "saint" ? 


Puisqu’elle est visible, l’Église doit manifester — le plus possible et dans l’humilité de sa propre insuffisance humaine— la sainteté de Dieu. Ce que voit le
“monde”, lorsque des chrétiens sont individuellement ou collectivement critiquables, ce n’est pas le “corps mystique”,  qui par définition est caché, mais des membres indignes d’une société,
qui en défigurent la représentation et risquent de discréditer l’”évangélisation” souhaitée par nos pontifes. Car on ne peut pas demander aux non-chrétiens plus d’indulgence à notre égard que
nous n’en avons pour eux. Ne nous “exposons” donc qu’à bon escient, dans l’exercice d’une authentique charité par exemple  : « A ceci tous vous reconnaîtront pour mes disciples : à l'amour que vous aurez les uns pour les autres » (Jn 13, 35).


Jean-Baptiste Désert



1 Entretenir(d’après Littré) 1. Au sens propre, qui est d'ailleurs peu usité, tenir
entre, fixer, assujettir les diverses parties d'un tout …. 2.… Tenir en bon état. 3. … Rendre durable…


2 Qu’on ne s’y trompe pas, je crois profondément que nous sommes
“structurellement” pécheurs, mais c’est un autre débat.



Francine Bouichou-Orsini 26/05/2011 16:44



Gaston Pietri laisse entendre sa réponse à la question du silence de Dieu dans le monde. Pour l’Auteur, il n’appartient pas à l’Eglise de remplir cette vacuité par des missions
affichées, tel ce qui est proposé aujourd’hui avec  des initiatives claironnantes, comme « la nouvelle évangélisation pour les Nuls ».  Mais il
écrit : « L’Eglise n’a pas sa fin en elle-même (…) elle est un index pointé en direction de l’invisible ».  Cette action discrète est confiée à chaque chrétien,
à la mesure de sa « qualité d’humanité et d’actualité. ».


Joseph Moingt abonde dans ce sens, à l’heure où la société est sécularisée. Il rappelle : notre humanité n’est pas donnée,  mais à construire,  dans
la liberté offerte gratuitement par Dieu. « L’Evangile se définit largement par sa visée éthique : primat de l’amour du prochain et de la réconciliation
(…), défense des valeurs de l’humanité » (Croire quand même,  2011, p. 122). Et, plus loin : « Ce sera peut-être s’écarter du visage
longtemps traditionnel du catholicisme, dominé par son ritualisme hiérarchique, ce sera forcément apprendre à penser sa foi autrement (123)
 et au profit de « sa visée de l’universel » (123).


Dans cette perspective, le chrétien laïc se sent interpellé, lui qui est en prise directe avec la complexité de notre monde évolutif, mis en demeure d’inventer
des réponses adéquates et difficiles…


Francine Bouichou-Orsini



Jérôme 25/05/2011 17:16



Cher Robert Kaufmann,


Votre vision du rappport entre la liberté humaine et la liberté divine semble déséquilibrée. C'est tout ou rien: ou Dieu nous laisse agir sans intervenir, ou Il nous manipulerait comme des
pantins? Votre approche de la divine Providence manque de miséricorde et le mystère qu'en faites-vous?


Quand je parlais des signes que Dieu nous adresse, je parlais déjà de la Nature qui est sa Création (Quel spectacle!), je parlais de toutes ces rencontres qui nous interpellent, je parlais du
sourire d'un enfant, je parlais du mystère de la vie qui frappe à nos coeurs à l'annonce d'un enfant qui vient, je parlais de la Bible qui témoigne de ce que le Dieu d'Abraham, d'Isaac et de
Jacob est le Dieu avec nous, au point de s'être fait homme pour partager notre condition humaine en ce qu'elle a de plus pauvre! Contrairement au dieu des déistes ou des musulmans...



L'obéissance à Dieu ne consiste pas dans une soumission de l'intelligence mais dans une soumission intelligente...Dieu n'est ni un père tyran, ni un père laxiste, car tôt ou tard nous serons
rétribués avec justice...et pour notre Bien. Dieu en appelle à notre intelligence sans quoi Il ne se serait jamais adressé à nous en paroles ou paraboles...


Fraternellement dans le Christ!


 


 




Jérôme 24/05/2011 21:36



Bonjour,


Dieu est présent partout et de tout temps. Son silence et son invisibilité sont une invitation à lire les signes qu'Il nous envoie, et à méditer sa Parole, et à le prier...Son silence et son
invisibilité creusent en nous le désir de Lui, Lui qui sait mieux que quiconque ce qu'est l'amour...Dieu aime se faire désirer, Il aime se sentir désirer de nous, parce qu'en se faisant désirer
Il nous apprend à aimer comme Il nous aime...C'est par amour qu'Il se fait désirer, car c'est à un amour divin qu'il nous invite...un amour infiniment beau et supérieur...


L'Eglise est l'Epouse du Christ, elle est sainte malgré le fait que ses membres soient pécheurs.


L'Eglise est médiatrice, comme une mère entre son enfant et son père, dont elle reprend les commandements. Elle rappelle la loi morale avec bienveillance et exigence, avec douceur et fermeté...


Dieu continue d'intervenir dans l'histoire! C'est nous qui sommes sourds et aveugles parce que nous nous détournons de Lui, parce que nous préférons écouter le serpent séducteur qui prend la
forme de l'idéologue...


Les apparitions de la Vierge sont des signes mystiques.


C'est nous qui rejetons Dieu en embrassant ce monde dont le prince est Satan.


L'idéologie du progrès technique et matériel comme moyen d'autoconstruction de l'homme est l'expression d'un orgueil prométhéen invraisemblable...La tentation eugéniste se fait de plus en plus
pressante...Nous tuons 220 000 enfants chaque année dans notre beau pays civilisé...Ces enfants avortés sont jugés indésirables parce qu'ils ne cadrent pas avec notre fou désir de maîtriser la
vie et la mort, désir où nous manifestons notre volonté de puissance et notre prétention aussi vaine qu'autodestructrice de devenir comme des dieux par nous-mêmes, sans Dieu!!!


Dieu nous attend, Il nous a envoyé son Fils Jésus-Christ. Il nous envoie des signes. Les Saints, à travers les siècles, témoignent de son amour et de sa présence, de sa réalité vivante. Eux sont
à l'écoute de Dieu et ils témoignent jusqu'au bout!


Dieu nous laisse libres comme un Père qui a donné la Loi et qui a manifesté son amour en s'incarnant parmi les plus humbles, parmi les humiliés, et Il a accepté d'endosser nos péchés...Quel
sacrifice! Voilà de quoi rebuter notre orgueilleuse morgue!


Mais Il nous attend tous et le rôle de l'Eglise catholique est de ramener ses enfants égarés dans la demeure du Père... Quitte à paraître pas dans le vent, rétrograde, intransigeante,
conservatrice, à contre-courant de l'esprit du temps...


Il nous appelle et Il nous fait des signes: répondrons-nous à son amour?


Fraternellement dans le Christ!



gadea nathalie 24/05/2011 21:31



L'article de Gaston Pietri en particulier la 2ème partie soulève la question fort
intéressante de la visibilté  de l’Eglise dans le  monde sécularisé occidental où les chrétiens ne sont plus majoritaires .


 Affirmer sa foi est certes fondamental, ne pas avoir honte d’être chrétien l’est aussi ; mais quelle
visibilité recherchons-nous ? pour dire quoi ? et  témoigner de Qui ?


Nous venons de vivre dans notre diocèse une semaine missionnaire avec de multiples
propositions pour vivre la mission au sein des  paroisses mais aussi au coeur de la ville . C’est sans doute rassurant  de se mobiliser et de se montrer dans la capacité de faire  procession dans les rues, chanter et danser sur les places
publiques, faire chaine humaine sur plusieurs kilomètres. On a parfois besoin de se réconforter  par la présence chaleureuse des uns et des autres qui partagent la même foi que soi. C’est
aussi ce qui est bon dans le pèlerinage. On ne pèlerine pas tout seul.


 Mais la question que je me pose est la suivante :quel message avons-nous transmis à ceux qui nous ont vu nous "manifester" dans les centres
commerciaux, la gare, sur les places .  Ad intra, cela peut faire du
bien, et même cela est sans doute  bon (pas toujours facile d’être minoritaire) mais ad extra : quel message ? quel témoignage ? En quoi et comment l’Eglise  accomplit-elle sa mission lorsqu'elle donne à voir ce visage
de la mission? 


LA question ne se veut nullement polémique mais ensemble par les commentaires nous pouvons
nous enrichir. On n'est jamais chrétien tout seul.  


 


 



Robert Kaufmann 24/05/2011 19:24



A mon tour d'être surpris de voir certains tourner leurs regards vers les divers horizons pour trouver des traces de Dieu dans les événements qui secouent le monde.Comme s'Il jouait avec les
éléments et les hommes comme un enfant qui joue au jeu de construction et aux soldats de plomb.


Si Dieu créateur il y a,rendons lui grâce de nous avoir fait cadeau de la vie et de la liberté de la mener comme bon nous semble.N'est-ce pas là le "challenge"? la joie d'avoir construit quelque
chose par nous même et non des poupées de guignol dont on tire les fils.Pour les Judéos-Chrétiens,Dieu nous a tout dit par la Torah et les Evangiles.Nous savons ce qu'il nous demande et ce qu'il
attend de nous.A nous de jouer serais-je tenté de dire!


Et puis ,plutot que nous demander à quoi sert ce Dieu absent,essayons plutot de nous immaginer à quoi ressemblerait ce monde si Dieu n'avait jamais parlé et donc si les millions d'hommes à
travers le monde qui croient l'avoir entendu et oeuvrent au jour le jour pour rendre la vie plus acceptable et,pourquoi pas?distribuer un peu de tendresse....d'amour...?


Robert Kaufmann