Je viens de voir le veilleur s’éveiller…

Publié le par G&S

 Nous sommes le 23 février 2012 et voilà que je viens de voir que le veilleur s’éveille !

Ses fleurs nouvelles s’ouvrent tant qu’elles peuvent aux rayons du soleil nouveau de cet hiver enfin radieux !

Quelle poésie tout à coup m’envahit le cœur et l’âme, moi, le dur tâcheron biblique au nez dans le dico, faute de guidon…

Oui, mais… comment ne pas penser tout de suite à ce fameux épisode du livre de Jérémie (1,11-12) : Dieu demande au prophète : « Que vois-tu, Jérémie ? », le prophète lui répond : « Je vois une branche de veilleur » et Dieu conclut : « Tu as bien vu, car je veille sur ma parole pour l'accomplir » ?

Ce veilleur-là est shaqed, mot issu du verbe shaqad, veiller

Veilleur-amandier.jpgOui, vous le savez certainement ! Ce veilleur là est l’amandier, appelé ainsi parce qu’il est le premier arbre qui ouvre ses fleurs qui se tournent vers le ciel au sortir de l’hiver…

La Bible a un autre mot pour en parler ; il s’agit de louz, mot qu’on trouve dans son sens d’amandier en Genèse 30,37 à propos de Jacob, mais qui est aussi le nom d’une ville citée peu avant, en Genèse 28,19, quand Jacob vient de s’éveiller après avoir vu dans un rêve la fameuse échelle qui porte son nom. Jacob a compris : « Dieu était là et je ne le savais pas ! » ; il dresse alors une stèle avec une pierre et nomme ce lieu Béyt-’el, c’est-à-dire Maison de Dieu ; le texte ajoute « auparavant la ville s’appelait Louz ».

Ce nom de Louz est issu d’un verbe homonyme qui signifie s’écarter, s’égarer, se pervertir… Cette amande là est amère, ce qui peut expliquer pourquoi Jacob a à cœur de la transformer en Maison de Dieu !

Mais revenons à notre shaqed du début et voyons s’il n’y aurait pas un rapport entre cette amande et louz-béthel.

Pour cela nous ferons appel à une notion que je pense ne pas avoir déjà évoquée ici, celle de plérôme, mot dont l’étymologie grecque – πλήρωμα – est évidente et qui désigne l’action de remplir, la somme, le total. Il s’agit de définir la valeur d’un mot par addition non pas des valeurs de lettres qui le composent mais des noms de ces lettres.

La valeur en guematria simple du mot shaqed est 44 qui est aussi la somme suivante : yod-hé-vav-hé = 20+6+12+6 = 44, somme des noms des lettres qui composent le Tétragramme sacré, nom de Dieu imprononçable : YHWH !

L’amandier porte deux noms : louz Maison de Dieu et shaqed Plérôme de Dieu, Dieu dans toute sa grandeur et sa beauté !

Quel arbre !

Chers amis Internautes qui ne voyez pas encore cette merveille, je vous offre en cadeau une photo prise sur ma terrasse en Provence, en vous demandant de ne pas oublier que même si l’amande peut être amère elle reste un mets délicieux.

Et quand vous aurez une amende parce que vous aurez été trop pressés en voiture, dites-vous bien que Dieu n’y est pour rien… Appelez-la donc plutôt une prune 1 et, de grâce, ne me mettez pas à l’amende pour approximation orthographique abusive !

 

René Guyon

 

– Le mot prune n’existe pas en hébreu biblique ; en hébreu moderne c’est shaziyph, mot qui a certainement un lien avec le verbe shazaph de l’hébreu biblique, qui signifie voir… ce qu'on fait forcément avec ses prunelles !

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Bernadette Avon 17/02/2019 16:25

Merci de nous redonner de la joie et de l’esperance avec le beau texte de René Guyon
Continuez !!!

Madar 28/01/2016 21:54

Monsieur

le calcul de 44 pour Chaqed et de 44 pour le tétragramme obeit à des règles donc je n'ai pas connaissance

Merci de vos précisions

René Guyon 29/01/2016 15:50

Merci pour votre commentaire !
La valeur est calculée en guematria par rang (aleph=1, beit=2, etc.) où chaqed vaut 21+19+4, soit 44.
Le calcul qui suit est le "plérôme" du nom de Dieu où les valeurs des lettres sont calculées non sur leur rang dans l'alphabet mais sur leur nom. Exemple : le nom "yod" vaut 10 pour le y + 6 pour le o (qui s'écrit avec le vav) + 4 pour le d, soit 20 et de même pour les autres lettres...

Leray Yvonne 03/03/2012 20:50


Je viens de découvrir votre site et je me réjouis des "randonnées "auxquelles il nous inviten et invite ceux qui errent dans notre monde.  Celui auquel je travaille avec Loic Collet poursuit
un projet un peu semblable? Bon chemin à vous

fanfan 26/02/2012 20:52


Bonsoir ami(e)s veilleur(euse)s éveillé(e)s,


Logique de donner son bonsoir à celles et ceux qui veillent ou qui s'éveillent!
Dans ce temps où il est temps que la nature se réveille sous nos latitudes"tempérées"...L'amandier en est un symbole..premières fleurs,premier réveil en Provence en tout premier, il me
semble?Mais était-ce du sommeil du juste que l'amandier dormait?Tout comme beaucoup d'habitant(e)s de notre planète qui dorment encore au lieu de veiller???"veillez, car vous ne savez ni le jour
ni l'heure..."Et après???Après un grand merci pour les  explications de nos deux éveilleurs:René Guyon et Robert Kaufman, je me suis enrichie en quelques paragraphes d'une connaissance
nouvelle qui m'a éveillée à aller encore plus loin sur le chemin de l'éveil.Mais j'ai aussi eu une pensée émue pour une amie qui étudiait la Bible dans mon groupe et qui s'est endormie comme
le "dormeur du Val"de notre regretté Arthur Rimbaud..J'ose espérer qu'à présent elle est arrivée au pays où on n'a plus besoin de  s'éveiller...car on ne dort plus.


fanfan


 


 

Robert Kaufmann 26/02/2012 11:00


Cher René,
Écrivant cela, je pensais aux 18 h de séminaire au Mistral avec JM Aveline et JM Glé l'année dernière sur "les philosophes juifs fin 19e, début 20e" et surtout sur la conférence de Marcel
Goldenberg à Aix sur "le Veilleur" dans la Bible. Cela m'avait permis de faire un topo à l'espace œcuménique Magnan à l'automne, portant sur la différence du regard chrétien et celui du Juif sur
le messianisme.
Le 1er l'identifie instantanément au MESSIE, le CHRIST. Ceci accompagné de la foi en un Dieu en 3 personnes, en la Résurrection, en la Vie Éternelle. Une foi ambitieuse, exigeante et parfois
fragile. J'ai toujours été un peu mal à l'aise avec l'affirmation de Paul : "Si Christ n'est pas ressuscité, ma foi est vaine..." D'où, au moindre doute sur l'un de ces éléments, notre foi risque
de vaciller.
Dans le judaïsme, me semble t-il, l'identification d'un Messie, la vie éternelle, bien que présentes dans la Torah, ne sont pas les aspects essentiels à leur foi. Leur messianisme tendu vers un
lendemain meilleur, c'est peut-être l'élément dominant qui leur a permis au long des millénaires de persécutions, de dispersions, de garder l'Espérance, de maintenir quasi intactes leur religion,
leur culture, leur langue...
Plus concrètement, pour répondre à la question posée :
Dans le 1er testament Isaïe XXI-12
Isaïe VII-9
Espoir, engagement, EMOUNA (qui signifie foi et confiance) sont liés pour bâtir l'espoir, pour bâtir le temps avec le grand philosophe juif Abraham Heschel.
3 couleurs fondamentales marquent le Veilleur, symbole de l'espoir juif= L'ATTENTE DU NOUVEAU, l'AVODA, le TRAVAIL d'ESPOIR et le MESSIANISME QUI DEPASSE LA NUIT ; 3 thèmes qui se rejoignent et
trouvent leur sens dans la vision du monde à venir.
Isaïe IX-1
Etc... LE MESSIANISME JUIF signifie concrètement que chacun doit agir comme s'il était le Messie. Le messianisme, ce n'est donc pas la venue d'un homme qui arrête l'Histoire. C'est mon pouvoir de
supporter la souffrance de Tous et ma responsabilité universelle.
Quant à Franz ROSENZWEIG, dans son œuvre monumentale L'ETOILE DE LA RÉDEMPTION : Pourrais-je revenir du terrible pays de minuit ?
"En dépassant le seuil de minuit, je laisse derrière moi le néant, j'avance à la rencontre de la réalité."
Le messianisme juif et les utopies émancipatrices tiennent une place importante sous la plume des philosophes juifs fin 19e-début 20e, qu'ils soient croyants ou athées : Martin Buber, Walter
Benjamin, Gustav Landauer, Manès Sperber et, surtout, Ernst Bloch, dans son énorme ouvrage de 1 600 pages rédigé durant 9 ans, LE PRINCIPE D'ESPERANCE.
Robert Kaufmann

René Guyon 24/02/2012 11:49


Merci Robert !
Effectivement, Isaïe 21,11 parle d'une question faite par Dieu à un shomer, qui est un gardien, un surveillant et aussi un veilleur (de nuit,
en l'occurence). Ce veilleur répond : " le matin vient puis encore la nuit ", phrase qui en hébreu a pour valeur 141, nombre dont la première occurrence dans la Bible
est en Genèse 1,5 : il y eut un soir, il y eut un matin ! Curieux, non ?
Pourrais-tu nous en dire plus sur le commentaire de Rosenzweig, que je ne connais pas ?

Robert Kaufmann 24/02/2012 00:18


Comme c'est joli ce VEILLEUR,porteur d'espérance !


Aprèsl'hiver=le printemps 


Après le solstice d'hiver=le soleil remonte sur l'horizon


On peut penser aussi au Veilleur d'Esaïe XXI-11(la "sentinelle"dans les bibles protestantes)=et le commentaire de Rosenzweig sur ce lendemain
d'espérance, qui est,me semble t-il,la forme juive du messianisme.


R.kaufmann