« Je crois à la résurrection de la chair »

Publié le par G&S

La résurrection de la chair, la résurrection des corps... Nous nous exprimons ainsi dans le « Je crois en Dieu ».

La chair est appelée à ressusciter. Nous connaîtrons une existence glorieuse au-delà de la mort, en tout ce que nous sommes, corps, âme et esprit.

C'est l'expérience réelle, concrète, du Ressuscité qui en a convaincu les premiers disciples. C'était bien Lui qu'ils voyaient. Lui avec son côté ouvert et la marque des clous sur ses mains et sur ses pieds. Lui qui demandait à manger avec eux. Lui dont le corps ressuscité lui permettait de se manifester à nouveau à ses disciples.

Ce Jésus, vrai Dieu et vrai Homme, est entré en son humanité dans la vie en Dieu, en son corps et en son âme ! Inouï !

Oui, c'est bien un homme semblable à nous qui est passé de la mort à la vie, un être humain fait d'un corps de chair animé par une âme, par un esprit. Il n'est pas d'homme qui ne soit corps et esprit, à la fois ici-bas et pour l'éternité. Notre imagination doit rester sobre et se refuser d'aller au-delà de cette expérience et de cette conviction.

L’Église a reçu de la résurrection du Christ et de ses rencontres sous forme visible avec ses disciples la conviction de la grandeur de tout homme dans son corps et dans son esprit, dans cette unité constitutive qui le caractérise, le différenciant ainsi des purs esprits ou du reste des créatures.

Quand nous proclamons la dignité de l'homme, nous la proclamons de son corps et de son esprit. Ni le degré de beauté des corps, ni celui de la finesse des esprits ne le rendent plus ou moins homme. L'être humain indivisible est le sujet de cette dignité fondamentale.

C'est à cette lumière ou dans cette conviction que les chrétiens sont des chantres de la grandeur de tout homme, des défenseurs de sa dignité. C'est à partir de là que l'Église proclame la dignité de l'embryon humain, qui mérite les marques de respect dues à une personne humaine. À partir de là que la mise à mort de l'embryon ou son utilisation comme matériau de recherche lui semblent impensables et inacceptables. C'est encore à partir de là qu'on ne peut faire du corps de chair, comme dans le principe de la gestation pour autrui, une marchandise négociée ici et produite là-bas, au gré des désirs des uns et des besoins des autres. C’est aussi à partir de là que le respect de l'unité du corps et de l'esprit ne s’accommode ni de pratiques échangistes ni de la prostitution. C'est toujours à partir de là que la peine de mort est dénoncée comme un acte immoral et que la torture ne saurait être justifiée. C’est enfin à partir de là que l'acte d'euthanasie est considéré comme un homicide et l’acharnement thérapeutique comme un excès de pouvoir. Toucher au corps, c'est toucher à une personne. Respecter l'homme, c'est rendre à son corps, en toutes ces diverses circonstances, les marques de respect dues à une personne.

Notre foi en la résurrection de la chair est une lumière qui maintient humaine l'humanité. Elle l'invite au plus grand respect pour celui qui se présente comme un être à aimer, un frère en humanité aujourd’hui et pour toujours. Et « toujours » signifie jusque dans la gloire de Dieu avec ce corps glorieux habité d'une âme apaisée, guérie. L'homme sera enfin disponible sans réserve pour la vie en Dieu qui est une vie de communion dans l'amour.

Je crois en la résurrection de la chair.

C'est la bonne nouvelle de Pâques, une bonne nouvelle pour l'humanité et pour chacun d'entre nous !

+ Georges Pontier
Archevêque de Marseille

Publié dans Réflexions en chemin

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Caroline de Candia 11/04/2013 21:04



En partage et en résonance avec les divers commentaires ...Jean Yves Leloup dans son livre " Les profondeurs oubliées du christianisme  " Ed du Relié   ( p 159 ) exprime l'idée suivante
... 
>  
Oui , c'est la chambre
du cœur le véritable temple ....
Une invitation , une proposition à entrer doucement , se déposer , se reposer dans ce temple de chair et d'esprit et ce  cœur  ouvert , battant , pulsant de vie  que nous sommes
.... Cette
maison pour abriter le vent , la lumière ...Cette maison pour abriter le renouveau , le printemps ....Cette maison pour abriter la résurrection  toujours possible ....
Cette maison  pour abriter l'amour, pour abriter la conscience .... Pour accueillir la Source , la goûter , la savourer ...Cette maison pour inspirer , expirer  , respirer la Présence de celui qui Est ...

Caroline de Candia . Trois Épis ...

Francine Bouichou-Orsini 04/04/2013 15:51




Tout à fait en accord avec Marc Durand. Il est bon que le texte de Mgr Pontier demeure frustant et nous renvoie à la finitude de nos interrogations.




Ces dernières sont tout à fait compatibles avec le confiance que nous devons au Père; compatibles aussi  avec la recherche patiente des signes du temps à tenter de repérer sous la
conduite  l'Esprit, dans la poursuite de notre marche quotidienne, difficile certes et risquée, mais accompagnée par la présence de Jésus, sur le chemin ouvert par Lui vers : l'éternité, la
divinisation.




Francine Bouichou-Orsini

marc durand 04/04/2013 11:39


Ce texte de Mgr Pontier est très frustrant.


La Résurrection, qu'en savons-nous? Le texte est bien trop vague, les deux commentaires qui le suivent montrent bien des interrogations qui restent sans réponse. Il nous reste à croire que, par
sa mort et résurrection, le Christ permet à l'humanité, à la création, de traverser l'abîme de la mort (pas seulement la mort physique) pour être transfigurée. Et les conséquences sont alors que
tout ce que nous sommes, faisons, doit être transfiguré et a donc une valeur infinie. Nos amours terrestres doivent "traverser l'abîme" et sont illuminées par l'amour qui nous sauve. Notre
travail de libération de l'homme, libération intérieure tout autant que celle de la société, permet à Dieu d'agir à travers nous et d'attirer tout à lui.


Frustration donc, car les quelques phrases du texte sur la résurrection semblent là simplement pour justifier des positions morales sur des questions d'actualité (le texte nous a fait grâce du
"mariage pour tous", merci) qui sont édictées comme allant de soi puisque l'homme a une valeur infinie. C'est un peu court. L'embryon est-il un homme? quid de l'embryon qui n'est plus viable (sur
lequel les expérimentations seraient autorisées), de sa valeur humaine? Ceux qui pratiquent l'euthanasie le font par respect pour des hommes souffrants, suffit-il de parler de valeur infinie de
l'homme pour condamner cela? La construction de la morale est une chose difficile, délicate, qui demande une réflexion théorique et pratique (surtout pratique, la morale est incarnée ou sans
intérêt) autrement sérieuse que ces quelques lignes qui utilisent la résurrection pour la fonder.


Si le Christ est ressuscité et par là donne une valeur infinie à notre humanité appelée à le suivre, on peut attendre un combat sans merci des chrétiens contre toutes les exclusions,
discriminations, souffrances infligées à certaines populations - là il ne s'agit plus de propositions idéologiques prétendant avoir une vérité close. Je crois que là est la pierre d'achoppement
de notre foi incarnée.

Pierre Locher 03/04/2013 19:40


 


"Résurrection de la chair" : voilà le type d'expression devenu totalement incompréhensible aux hommes et aux femmes d'aujourd'hui et le texte de
Georges Pontier ne nous éclaire malheureusement pas. Nous sommes un peu désemparés devant l'événement pascal et dubitatifs sur la résurrection des corps. Christiane Guès nous propose un certain
retour à l'enfance, mais je crains que ce ne soit une fausse piste. L'âme qui quitte le corps pour rejoindre le ciel (où ? ) fait partie de l'héritage philosophique grec, l'espérance
chrétienne dit autre chose puisqu’elle implique de considérer la personne dans son intégralité (c'est l'un des sens du mot chair : Èveest chair de la chaird'Adam, Jésus prend chairde la Vierge Marie).


 


Une autre impasse doit être écartée, celle de nos "rêves puérils d'immortalité" comme l'écrit Robert Scholtus : "Croire en la Résurrection, ce n'est pas m'enfermer dans la certitude
illusoire que je serais plus fort que la mort."


 


Alors que nous reste-t-il ? Une piste nous est fournie dans l'Évangile lorsque la question est posée à Jésus par des Sadducéens, la réponse provoque le désarroi de ses interlocuteurs :
"le Dieu d'Abraham, le Dieu d'Isaac, le Dieu de Jacob : Il n'est pas le Dieu des morts, mais des vivants." Dit autrement : ce qui peut se passer après votre mort n'intéresse
pas Dieu, c'est le présent qui l'intéresse ; Dieu est présent à l'homme, aux hommes ici et maintenant, il est "Dieu avec nous", l'Emmanuel. A cette présence répond comme en miroir l'image de
la Résurrection : un tombeau vide, une formidable absence ("il n'est plus ici") qui fait peur aux femmes venues tôt le matin. La Résurrection de Jésus ? Un tombeau vide ! Une
absence ! Mais les disciples comprendront petit à petit que cette absence est nécessaire, car Jésus le Christ de Dieu sera désormais présent d'une autre façon, de la présence du Ressuscité,
de celui qui vit en Dieu.


 


N'est-ce pas plutôt dans cette direction qu'il faut rechercher ce que nous entendons par Résurrection ? Inutile d'échafauder des hypothèses sur l'après, sur le post-mortem, la foi au
Ressuscité (le grand absent du matin de Pâques) n'est pas destinée à percer les mystères de l'au-delà, mais à aider les croyants à vivre de façon différente, à se lever (le verbe grec
anistemi traduit par ressusciter signifie aussi se lever, s’éveiller).


 


Une autre question me vient : pourquoi accorde-t-on une telle importance à la Résurrection si ce n'est pour en faire un miracle ? Et même un miracle
opéré par Jésus lui-même ("il s'est ressuscité lui-même " disait un certain catéchisme...) qui prouverait sa divinité !!! Or sa filiation divine est déjà "éprouvée", si l'on peut dire, au
moment de la crucifixion : "cet homme était vraiment Fils de Dieu" dit le centurion au pied de la croix. Peut-on séparer la Résurrection de
la mort de Jésus ? "Nous, nous prêchons un Christ crucifié, scandale pour les juifs, folie pour les païens", écrit saint-Paul. Et le signe
distinctif des chrétiens n'est-il pas une croix ? ni tombeau vide, ni quelque autre symbole de Résurrection.


 


Pierre Locher

Christiane Guès 03/04/2013 08:04


« Je crois à la résurrection de la chair »
Ce n’est pas la « Résurrection » que Mgr Pontier décrit là mais quelqu’un (Jésus) qui  s’est « relevé d’entre les morts ».
Garder les marques de ce qui nous a été fait ou de ce que nous avons subi ne tente personne. On ne se voit pas ressusciter dans sa chair avec une jambe en moins par exemple. Jésus apparu à ses
disciples avec les marques des clous et le côté ouvert n’a pas encore pris son vrai corps de Ressuscité, un corps qui semble devenir petit à petit immatériel (au cours des deux  apparitions
aux apôtres, il passe déjà à-travers les murs). Il dit lui-même à Marie-Madeleine : « je ne suis pas encore remonté vers le Père », cela veut dire qu’il n’est pas encore « Ressuscité ». Ce sera à
l’Ascension qu’il prendra ce corps de Ressuscité dont il avait donné l’image lors de la Transfiguration.
De la Résurrection, il en parle très peu à ses apôtres. Ses seules paroles à ce sujet sont dans « Luc ch.20 V36 Ceux qui auront été jugés dignes d’avoir part à la Résurrection… ne peuvent plus
mourir car ils sont pareils aux anges et ils sont Fils de Dieu ».
Certains d’entre-nous font une expérience de mort imminente et effectivement « se relèvent d’entre les morts » mais ce sera pour mourir à nouveau définitivement et connaître alors la véritable
Résurrection. Ils seront semblables aux anges mais invisibles pour nous sur terre.
Si Jésus était parti avec son corps de chair, il y aurait eu des apparitions de lui et des apparitions palpables. Or ça n’a jamais été le cas. Même Paul n’a qu’une vision et entend une voix.
J’en reviens à ce que nos grands-parents nous ont toujours dit lorsque nous étions enfants : « Ton corps part dans la terre mais ton âme monte au ciel ».
Christiane Guès