Intervention du rabbin Rivon Krygier à N-D de Paris

Publié le par G&S

21 mars 2010
Rabbin Krygier

Monseigneur l’Archevêque André Vingt-Trois, mesdames et messieurs, c’est avec une émotion à peine contenue que je prends la parole en ce haut lieu de la culture et de la foi chrétienne. Il me revient en premier de rendre grâce à son Éminence, ainsi qu’à tous ceux qui m’ont accordé leur confiance. Par delà le privilège qui m’honore, je prends toute la mesure de l’événement. Il n’allait sans doute pas de soi d’inviter un rabbin en cette cathédrale pour y tenir une conférence de Carême et pas plus – vous vous en doutez – pour un rabbin, de s’y aventurer. Si je ne m’abuse, c’est une première qui en dit long sur les rapports d’amitié et, plus encore, de fraternité, qui ont pu se tisser entre juifs et chrétiens depuis la déclaration de Nostra Ætate du Concile de Vatican II.

Nostra Ætate sera mon propos. Non en refaire l’historique ou le panégyrique mais me concentrer sur sa postérité. Nombreux sont ceux ici, j’en suis sûr, qui en mesurent les avancées décisives. À quoi il faut ajouter les actes symboliques posés par le pape Jean-Paul II envers le peuple juif et qui marqueront à jamais nos cœurs. Certes, il ne faudrait pas se reposer sur ses lauriers en ignorant les difficultés de « réception » que connaît encore le rapprochement judéo-chrétien, d’un côté comme de l’autre. Nous n’ignorons pas non plus que des décisions encore récentes de l’Église catholique ont réveillé des blessures profondes. Mais à vrai dire, je ne compte pas m’appesantir sur ces inquiétudes car je voudrais saisir l’invitation généreuse qui m’est faite pour porter notre réflexion sur une question théologique (mais aussi éthique) qui nous concerne les uns comme les autres. Car ces incidents de parcours appellent une question de fond : Jusqu’où peut aller notre reconnaissance de la spiritualité sœur ? Comment situer notre propre foi que nous tenons pour « vérité » face à celle de l’autre ? En somme – et c’est l’intitulé de notre conférence – de quelle marge de manœuvre disposent nos enracinements respectifs pour progresser dans l’ouverture, sans se dédire ?

Du côté chrétien, la question a surgi dans le sillage de Vatican II, précisément en raison du mouvement d’ouverture. Le Cardinal Ratzinger, futur Benoît XVI, a pu dire du Concile qu’il avait provoqué un « immense ébranlement qu’il reste encore à transmuer en réalité positive » 1 « Ébranlement » est un terme qui évoque d’abord le trouble. S’ouvrir à l’autre, c’est sortir de son autosuffisance et donc se fragiliser, encourir un risque. Mais ce danger n’est-il pas inhérent à l’exercice de la fraternité ? Il n’est pas d’amour sans tenir compte d’autrui, et donc sans accepter d’adapter son « agenda personnel » en fonction de lui, et plus encore, sans s’abandonner à une certaine confiance. C’est pourquoi l’amour n’est pas seulement ouverture, il est aussi courage.

L’irone veut que l’ouverture d’une tradition religieuse à une autre, « concurrente », soit perçu par certains comme un aveu de faiblesse, un désaveu de soi. Dialoguer fraternellement, c’est reconnaître de la dignité et de la valeur à l’autre. Cela induit à se placer humblement sinon sur un même plan, à tout le moins, sur une même échelle. 2 Or si la vérité ultime peut se trouver ailleurs que chez soi, fut-ce partiellement, pourquoi se confiner, pourquoi rester juif ou chrétien, pourquoi se déterminer dans une identité singulière ? Le spectre qui se profile, tel un petit démon taquin, est celui que le pape Grégoire XVI dès 1832 et par suite, abondamment en notre temps, Jean-Paul II et Benoît XVI, ont désigné sous le terme « d’indifférentisme », puis de « relativisme ». On entend par là la possibilité d’accomplir la volonté divine et d’acquérir le salut par une conduite droite et honnête, quelles que soient les conceptions ou convictions métaphysiques, en clair, en dehors d’une adhésion aux dogmes et normes de l’Église catholique 3.

Il est vrai que dans une société multiculturelle, désidéologisée et fortement sécularisée, un certain opportunisme consumériste veut que chacun fasse son marché de spirituel comme de spiritueux. On picore – j’allais dire : « on picole » – ici et là mais sans s’investir de manière conséquente dans l’une ou l’autre. On comprend l’inquiétude devant cette religiosité syncrétique des temps postmodernes, qui flirte et surfe mais ne s’engage pas. Mais l’ouverture vers la religion sœur pose une toute autre question. Nous partageons des valeurs fondamentales et avons en commun un canon d’Écritures. Pourtant, hier encore, juifs et chrétiens se regardaient en chiens de faïence. La fraternité viciée entre Jacob et Ésaü était de se savoir frères, tout en considérant que c’est l’autre, évidemment, qui endosse le rôle d’Ésaü, bourru et déchu… Pouvons-nous à présent nous regarder comme des voies de salut convergentes ? Admettons-nous que nous partageons quelque chose de la vérité révélée qui donnerait à chacune toute légitimité ? Telle est plus que jamais la grande question.

Le pape Benoît XVI est venu sceller à la synagogue de Rome « l’irrévocabilité » du dialogue judéo-chrétien. Il faut l’entendre non comme un acquis mais comme un défi. À mon sens, le plus grand espoir suscité par Vatican II est d’avoir enclenché un processus de sortie de cette logique infernale dominante dans la plupart des religions qui veut que hors de sa paroisse, point de véritable salut. S’il y a un « ébranlement qui mérite que l’on continue à transmuer en réalité positive », c’est celui-là ! Il ne faut y voir aucun déni de soi mais au contraire l’expression de ce que le christianisme recèle de plus intérieur et de plus admirable. Tendant résolument la main aux autres religions monothéistes, jusqu’à chambouler de vieilles et tenaces condamnations conciliaires, l’Église catholique plaçait les vertus théologales avant toute dogmatique. Vatican II a révélé quelque chose de capital pour toute religion digne de ce nom, dont nous mesurons encore à peine l’impact : que la remise en question de certaines certitudes passées peut s’avérer être l’aiguillon de la vérité, non son couperet ; que la vérité est une conquête permanente non un dépôt verrouillé ; que le corps de doctrine légué par nos traditions respectives n’est pas vain, loin s’en faut, mais certainement pas une fin en soi. C’est plutôt le socle sur lequel nous appuyer pour nous hisser toujours davantage vers la vérité, vers Dieu. Toute régression en la matière laisserait le goût amer d’un rêve prophétique avorté, d’un faux-messianisme…

Tentons donc d’établir le point précis où nous en sommes aujourd’hui. Dans la déclaration Nostra Ætate, on peut lire que « l’Église catholique ne rejette rien de ce qui est vrai et saint dans ces religions (juive et musulmane) et que celles-ci reflètent assez souvent un rayon de vérité qui illumine tous les hommes » 4. Et dans Lumen Gentium déjà, est-il dit que ceux d’entre ces pieux « qui n’ont pas encore reçu l’Évangile, sont néanmoins ordonnés en quelque manière au peuple de Dieu. » Et d’ajouter dans la foulée que « si cette ignorance n’est pas de leur faute », ils « peuvent eux aussi obtenir le salut éternel. » 5 Je note avec intérêt que par « ignorance de l’Évangile » on entend non pas l’ignorance de son contenu mais la non-adhésion de la conscience, ce que Pie IX déjà désignait comme « ignorance invincible » 6. Je note aussi, avec Gaudium et Spes (émanant également de Vatican II), que l’on considère que « la Grâce agit de manière invisible dans le cœur de tout homme de bonne volonté », tenant que « l’Esprit Saint offre à tous les hommes, d’une façon connue de Dieu, la possibilité d’association au mystère pascal. » 7[7] Toutes ces formulations traduisent à n’en point douter la volonté sincère de l’Église de reconnaître la valeur spirituelle et morale hors de son enceinte 8. Il semble toutefois qu’un dernier pas reste entravé. Qualifiées de « rayons » de vérité et d’« ordonnées » au peuple de Dieu, les autres religions sont reléguées dans les « limbes » de la seule vérité christique. On en reste à une démarche quasi-hégélienne où l’histoire de l’Esprit est une succession d’approximations qui tels des échafaudages finissent par plier pour mieux laisser éclater la vérité christique ultime. L’homme de bonne volonté est selon cette conception un proto-chrétien, un catéchumène qui s’ignore, ou un « chrétien anonyme » pour reprendre l’expression du théologien Karl Rahner. L’autre reconnu est, à l’ombre de soi, un satellite. S’agissant spécifiquement du judaïsme, j’ai pu lire dans l’un et l’autre texte récent du magistère que les juifs sont encore « sous la domination du péché », car méconnaissant la foi au Christ, « croyant plutôt à l’observance de la loi » 9 alors que celle-ci « n’a jamais suffi à justifier ceux qui lui étaient soumis, devenue elle-même instrument de convoitise » 10. Je lis sous la plume d’un théologien autorisé que « vouloir reconnaître à ces religions (judaïsme, islam) une médiation du salut indépendante de celle du Christ reviendrait à justifier leurs œuvres » ce qui serait contraire à « l’affirmation imprescriptible de la justification par la seule grâce de Dieu moyennant la foi. » 11 On en reste à la difficulté non dépassée que je pointais.

Pour être franc, on n’est guère plus avancé du côté juif. Certes le judaïsme rabbinique – qu’on taxe souvent d’ethnocentrique – part d’un point de vue plus universel puisqu’il a assez tôt et globalement admis qu’existaient des voies de salut efficaces hors conversion au judaïsme, notamment du fait de la notion talmudique de « justes parmi les nations » qui s’applique à tout homme de bonne volonté agissant avec droiture, notamment au sein du monde chrétien ou musulman 12. Mais vous savez que nous, juifs, n’avons pas ou plus de grand Sanhédrin (de magistère suprême), et qu’en bien des questions, un texte ou un maître peut en contredire un autre. Si bien que pour certaines obédiences radicales, il est bien difficile encore de reconnaître dans les autres grandes religions des voies de justice et de foi authentique, croyant qu’hors de la Tora, il n’est point de véritable salut ou alors seulement secondaire, périphérique ; bien du mal aussi pour certains à reconnaître au christianisme jusqu’à la qualité de religion monothéiste, en raison de la doctrine de la trinité et de l’incarnation divine ; du mal enfin à comprendre comment l’adoration de Jésus peut devenir grâce et salut, voire même un puissant mobile d’amour et de justice, alors qu’ils ne jurent, quant à eux, que par l’accomplissement des commandements de la Tora…

La vertu première du dialogue interreligieux est sans aucun doute de renvoyer dos à dos la vanité qui consiste à vouloir à tout prix avoir raison de l’autre. On est amené à sourire de l’inanité de ses propres clichés, à s’émanciper de certaines prémisses d’un raisonnement qui sans en être conscients, conduisaient à des jugements implacables. Et en même temps, on saisit mieux la spécificité de chacun, la richesse de sa propre tradition et son trésor irremplaçable. Mais que doit-on faire si on veut aller plus loin que le respect et la politesse ? Deux choses.

La première, c’est encore un décret de Vatican II qui nous l’indique avec son exigence « d’émulation fraternelle » 13. Ce qui correspond dans le judaïsme à la mahlokèt le-chèm chamaïm 14, la controverse « pour le seul renom de Dieu », désintéressée et bienveillante, et dont on loue la stupéfiante fécondité. Pour s’y prêter, il faut sortir de la logique binaire, du tiers exclu, comme l’indique le fameux dire talmudique : « Durant trois ans, les écoles de Chamaï et Hillel s’opposèrent, chacune prétendant détenir la halakha (la règle à suivre) jusqu’à ce que retentit une voix céleste qui proclama : « Les dires des uns et des autres sont les paroles du Dieu vivant » ! 15 Attention, cela ne signifie pas « tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil… » Le même propos talmudique poursuit en disant que c’est néanmoins la voie de Hillel qui est retenue car plus humble, plus humaine, plus à l’écoute de l’autre. Voie privilégiée, elle n’aura pas exclu pour autant celle de Chamaï. C’est d’ailleurs le débat avec Chamaï qui aura forgé la voie de Hillel. On ne sort pas « indemne » d’une vraie confrontation d’idées. Mais plus affûté et plus futé, plus près des hommes et de Dieu.

La seconde chose à faire pour avancer est de repenser l’idée de vérité révélée. Nos traditions respectives partagent une conviction fondamentale : en amont, Dieu Se fit « logos ». En suite de quoi, pour les chrétiens, ce logos s’est fait chair en Jésus et pour les Juifs, parole vivante de la Tora. Nous devons admettre que les traditions religieuses sont autant de déclinaisons de ce logos (de « l’Esprit Saint offert à tous les hommes ») mais que son sens ultime est encore en aval de toutes. Telle est la valeur de vérité de chacune, comme un vecteur sur une trajectoire distincte, tournée vers un même sommet. Non tant ce que les religions ont dit et établi hier ou aujourd’hui que ce cheminement qui les porte vers l’absolu. J’ai trouvé chez divers théologiens chrétiens contemporains des formulations très subtiles par lesquelles ils ont tenté d’opérer l’articulation entre les voies particulières et universelles des religions 16. Je ne puis hélas déployer ici leurs réflexions mais je suis d’avis que leur examen constitue un chantier prioritaire auquel il faudra nous atteler. On y trouve l’idée commune que l’universel s’est implanté dans le particulier, l’absolu dans le relatif, le divin dans l’esprit humain. C’est bien une « kénose » mais celle d’un bourgeon en gestation. « La vérité croîtra depuis la terre » dit le Psaume (85,12). L’Église est encore « pérégrinante », « en mal d’enfantement », confesse Lumen Gentium 17. L’œuvre spirituelle consiste désormais à faire éclore cet universel du sein du particulier. Et désormais, c’est le dialogue interreligieux qui seul le peut et le doit, urgemment. Et pourquoi ? Car on ne fait pas l’universel tout seul.

Permettez-moi de clore cette ébauche de réflexion par une figure mythique de ce qui vient d’être esquissé, en la dressant à partir de ma tradition (mais qui est aussi la vôtre). On se souvient que dans le récit de la tour de Babel, Dieu avait brisé la prétention dominatrice d’une humanité ivre d’elle-même, en confondant son langage, chacun ne comprenant désormais que la langue de son clan 18. Longtemps, nous en fûmes là, et y sommes encore, en bonne part, à vouloir imposer notre vocabulaire. Mais depuis 50 ans, un « kol demama daka, subtil filet de voix divine » s’est fait entendre, dirons-nous avec le livre des Rois 19, une « glossolalie » 20, dirons-nous avec les Actes des apôtres, soit un langage encore inarticulé mais qui renferme déjà toutes les langues de la terre. De la tour de Babel, il ne reste que des pierres éparpillées. Les bâtisseurs doivent reprendre langue 21. C’est à cette condition qu’ils pourront bâtir non plus une tour mais un Temple dont la clef de voûte jadis écartée sera posée au final par l’ensemble des nations et des religions, à l’unisson 22. « Maison de prière pour toutes les nations » 23, ce Temple ne sera dressé que parce que se sera réalisée la parole inouïe du prophète Sophonie : « Alors, Je transformerai le langage des peuples en une langue purifiée, pour qu’ils invoquent tous le nom de l’Éternel et Le servent d’un seul cœur. » 24

Rivon Krygier

 

1 - Joseph Ratzinger et Paolo Flores d’Arcais, Est-ce que Dieu existe, Dialogue sur la vérité, la foi et l’athéisme, Payot, p. 129.

2 - Hans Küng critique chez Karl Barth la prétention que « le christianisme n’aurait rien d’une religion parce que l’Évangile signe la fin de toute religion » (Une théologie pour le 3° millénaire, Seuil, 1987, p. 323). De tels propos visant à exonérer sa propre religion de toute catégorisation se retrouvent aussi bien en milieu juif et musulman.

3 - Encyclique de Grégoire XVI, 1832, Mirari Vos arbitrarum, Denzinger § 2730. Cf. analyse de Bernard Sesboüé, Hors de l’Église, pas de salut, Desclée de Brouwer, p. 158.

4 - § 4196, Denzinger, p. 900. Pour autant elle ne renonce pas à son devoir « d’annoncer que le Christ est la voie, la vérité, etc. »

5 - § 4140, Denzinger, p. 873.

6 - Encyclique Quanto conficiamur moerore (1863), Denzinger, § 2866. Cf. Sesboüé, op. cit., p. 161.

7 - § 4322, Denzinger, p. 921.

8 -Ce que certains spécialistes associent à la typologie de la « christologie inclusiviste (constitutive) ». Cf. la présentation et analyse de Geneviève Comeau, Grâce à l’autre, Paris, éd. de l’Atelier, 2004, p. 57.

9 - Commission pontificale, Le peuple juif et ses saintes écritures dans la Bible chrétienne, Paris, Cerf, 2001, pp. 196-197.

10 - Catéchisme de l’Église catholique, Mame/Plon, 1992, § 2542, p. 512.

11 - Bernard Sesboüé, op. cit., pp. 297-300.

12 - Sur toute cette question, voir mon article : « Hors de la synagogue, point de salut ? », dans Guerre et paix dans le judaïsme, Pardès n° 36, Paris, In Press, 1994, pp. 175-193.

13 - Unitatis Redintegratio, 1964, § 4192, Denzinger, p. 899.

14 - Michna, Avot (Maximes des Pères) 5:17[21].

15 - T.B. Erouvin 13b.

16 - Cf. Hans Küng, op. cit., pp. 343-350 ; Jérôme Rousse-Lacordaire, Ésotérisme et christianisme, Cerf, 2007, pp. 246-251.

17 - Ch. VII, § 4168, Denzinger, p. 890.

18 - Les peuplades issues de Noé avaient chacune leur idiome (lachon) bien avant le châtiment de la génération de Babel (cf. Gn 10,5). Au demeurant, l’humanité pouvait parler en une seule langue (safa ahat), jusqu’à ce que cette langue fut confondue (Gn 11,1 et 11,6-7).

19 - Théophanie au prophète Elie : « Et après le tremblement de terre, du feu : l’Éternel n’était pas dans le feu. Et après le feu, un filet de voix subtil » (I Rois 19,12).

20 - Cf. « Et ils furent tous remplis de l’Esprit Saint, et commencèrent à parler d’autres langues, selon que l’Esprit leur donnait de s’énoncer. Or il y avait des Juifs séjournant à Jérusalem, hommes pieux, de toute nation d’entre ceux qui sont sous le ciel. Et le bruit de ceci s’étant répandu, la multitude de toute nation d’entre ceux qui sont sous le ciel. Et le bruit de ceci s’étant répandu, la multitude s’assembla, et fut confondue de ce que chacun les entendait parler dans son propre langage » (Actes des Apôtres 2,4-6). Cf. I Co 1,13. Selon un enseignement talmudique, on retrouve la même propriété dans la révélation de la Tora : R. Yohanan enseigne : Que signifie : « L’Éternel a fait entendre Sa parole, des messages en grand nombre » (Ps 68,12) ? Que chaque parole sortie de la bouche du Tout-puissant se subdivisait en soixante-dix langues (langues des Nations). On enseigne à l’école de Rabbi Yichmaël : “Est-ce que Ma parole ne ressemble pas au feu, dit l’Éternel, et au marteau qui fait voler la roche en éclats” (Jérémie 23,29), de même, chaque parole sortie de la bouche du Tout-puissant se subdivisait en soixante-dix langues. [autre version : "de même, un seul texte biblique donne naissance à des interprétations multiples" (Sanhédrin 34a)] (Chabbat 88b).

21 - Cf. un verset des Psaumes évoque la captation de ce métalangage dans l’expérience de la révélation : « J’ai entendu une langue que Je ne connaissais pas » (Psaumes 81,6).

22 - Cf. « Et Jacob se leva de bon matin, et prit la pierre dont il avait fait son chevet [au verset 11, avant révélation, il était question des pierres, au pluriel, ayant fait son chevet], et la dressa en stèle… » (Genèse 28,18) ; « La pierre que les bâtisseurs avaient rejetée, est devenue la pierre angulaire » (Psaumes 118,22).

23 - Cf. « Je les acheminerai à Ma montagne sainte et les réjouirai dans Ma maison de prière, …car Ma maison sera appelée une maison de prière pour toutes les nations » (Isaïe 56,7).

24 - De la langue confondue (safa beloula, cf. Gn 11,9), il faut arriver à extraire la langue pure (safa beroura, cf. So 3,9).

Publié dans Signes des temps

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Passant 06/04/2010 10:06



@Jeanvin
Vous écrivez :"Contradictions osons-nous penser". Peut-être, mais n'est-il pas tout aussi contradictoire pour des catholiques d'empêcher un rabbin de parler dans une église alors que
plusieurs papes (sans parler des nombreux prêtres, archevêques, etc) ont été ACCUEILLIS, ECOUTES et toujours RESPECTES par les fidèles juifs dans des synagogues ?
Vous-même semblez penser, puisque vous l'écrivez, que le rabbin Krygier est "digne de respect" et vous vous félicitez pourtant qu'on ne lui ait pas accordé le respect dont il était digne à N-D de
Paris. Contradiction, oserai-je penser... A moins que la "conversion au Christ" (qui était juif et non chrétien, rappelons-le !) des juifs passe par là...
Ou la Vérité avec un grand V aurait-elle peur de la parole d'un rabbin ?
Avez-vous lu l'intervention du rabbin Krygier ? Ou avez-vous considéré que vous étiez très au-dessus de la parole de cet homme ? Si vous l'avez lue, qu'y trouvez-vous à redire ? Qu'y trouvez-vous
qui ne soit pas digne d'être entendu dans Notre-Dame de Paris ?
Pensez-vous que ce qui s'est passé aidera les juifs à ne plus "occulter le signe le plus fort du créateur, en s'opposant au dessein de Dieu" ?


Par ailleurs, j'ai quelque doute sur votre définition de l'oecuménisme. Je vous rappelle, à tout hasard, que l'oecuménisme est l'action tendant à faire l'unité des chrétiens. Il ne concerne pas les autres religions : Judaisme, Islam, Bouddhisme, etc. Quand vous écrivez "nous Chrétiens" englobez-vous toutes les Eglises Chrétiennes ?
Ce dialogue est-il "entré dans votre intellect" et y a-t-il "suscité une réflexion profonde" ?


J'essaie, tant bien que mal, de me convertir à Dieu, celui des juifs et des chrétiens, et ce n'est déjà pas gagné tous les jours. J'ai donc une admiration sans borne pour vous, cher Jeanvin
(trois, comme le cardinal de Paris ?), qui avez en permanence le regard fixé sur la Vérité, qui viviblement vous rend libre et plein de magnanimité pour vos frères les hommes.
Question subsidiaire : qu'entendez-vous par "la Vérité Universel (sic) qui doit croître depuis la Terre" ? Je ne comprends pas du tout ce concept.



Jeanvin 05/04/2010 20:19



Manifestement la place du rabbin n'était pas à Notre Dame, du moins pour un enseignement ... à des Chrétiens Catholiques, qui plus est en plein Carême. Entendant, enfin, le
cris des fidèles (du moins ici) et d'une partie de la Curie Parisienne, l'Archevêque a annulé la conférence aux Bernardins. Contradictions osons nous penser, puisque c'est pourtant bien le lieu
le mieux approprié à de telle rencontres, et non point le Choeur de la Cathédrale.


Oui à l'Oecuménisme, dialogue indispensable devant permettre de donner naissance, dans l'intellect des invités à une réflexion profonde ouvrant, avec le concours de l'esprit
Saint, à l'engagement d'une sincère conversion à la rencontre de la Vérité. Nous le savons nous Chrétiens la vie est une constante conversion au Christ chaque heure et chaque jour.


Comment est-il possible de penser un seul instant qu'un Rabbin, aussi brillant et digne de respect, soit-il puisse enseigner aux Chrétiens, nous avosn pour cela d'excellent prédicateurs ?
Et si l'Eglise est "Pérénigrante, en mal d'enfantement" (Lumen Gentium) qu'en est-il du Judaïsme qui n'a pas reconnu la Divinité de notre Seigneur ? Occultant ainsi le signe le plus fort du
créateur, en s'opposant au dessein de Dieu, pour nous les Hommes pourtant divinement tracé afin de permettre à l'humanité d'avancer vers la Vérité Universel qui doit croître depuis la
Terre. 


JV