Hadewijch

Publié le par G&S

de Bruno Dumont

Une jeune fille, Céline, est novice dans un couvent. Elle a pris le prénom religieux d’Hadewijch, grande mystique du 13e siècle à Anvers. On apprendra qu’elle est en réaction contre son milieu familial, installé dans un appartement luxueux de l’île Saint Louis. C’est une grande sœur de la petite péronnelle de 13 ans dans « L’élégance du hérisson » : même rêve d’absolu, même rejet radical ; elle se dit « amoureuse de Dieu », elle vit dans l’excès. Avec sagesse, la Mère Supérieure la renvoie dans le monde, pour qu’elle se confronte au réel.

HADEWIJCH.jpgBruno Dumont est un cinéaste étonnant. Il a été professeur de philosophie, il se déclare athée. Mais il revient toujours à une thématique religieuse : son premier film s’appelait « La vie de Jésus » (1997), le second, sans fausse modestie, « L’Humanité » (1999), où un homme prenait sur lui les fautes des autres.

Ici, la vie au couvent est très correctement montrée, avec la lecture au réfectoire d’un beau texte d’Hadewijch d’Anvers. Mais ensuite, que nous dit l’auteur à travers l’itinéraire compliqué de son héroïne ? Si Dieu n’existe pas, où trouver l’Absolu ? Dans la musique ? Un concert pop rock endiablé, ou, mieux encore, la « Passion selon Saint Matthieu » jouée dans une église ? Dans la révolte face aux lois, symbolisée par le jeune Maghrébin Yassine, qui vole un scooter et brûle allègrement les feux rouges ? Dans la lutte contre l’injustice, pour laquelle le frère de Yassine, qui enseigne le Coran, va entraîner Céline jusqu’en Palestine ?

Au plan formel, Bruno Dumont est un très grand cinéaste, dans la lignée d’un Bresson. Il sait filmer en gros plan les visages, laisser entrevoir l’âme derrière les apparences. Ses paysages sont magnifiques : les bois, l’église du couvent sur sa colline, la campagne française, une des plus belles scènes, un balcon dominant une ville de Palestine, là où Céline remet avec exaltation sa foi entre les mains des chefs terroristes. Mais le simplisme des idées est en contraste violent avec la force parfois foudroyante du talent esthétique. Simplisme au plan social : pour l’auteur, originaire d’une petite ville du Nord, la grande bourgeoise parisienne ne peut être constituée que de zombies. Simplisme au plan métaphysique : l’aspiration religieuse n’a aucun contenu réel, elle fabrique ce que Hegel appelait « de belles âmes », susceptible de basculer vers des pratiques destructrices, mépris du corps, terrorisme religieux, suicide. L’ouvrier, que le film suit tout au long en contrepoint, est, lui, solide, réaliste, capable de sauver une vie.

On peut donc voir le film, soit pour la beauté de ses images, soit pour entrevoir une problématique qui est bien dans l’air du temps.

Jacques Lefur
10 décembre 2009 

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