Habiter la terre en poète

Publié le par G&S

Ce que nos sociétés appellent les fêtes de fin d’année consiste trop souvent à noyer dans la consommation aussi bien la célébration de la naissance de Jésus que le passage d’une année à l’autre qui finit parfois dans la gueule de bois !

Pour essayer de retrouver le goût des naissances que devraient nous donner ces « fêtes », un récent et très bel ouvrage intitulé Habiter la terre en poète réunissant les témoignages d’une trentaine de personnes, certaines très connues d’autres plus anonymes, nous conduit à réfléchir concrètement sur notre art de vivre°1.

Habiter la terre en poèteTous ces auteurs ont en commun de s’être rendus à la fête de la Terre 2 qui, depuis 2004, se déroule en septembre à Fontaine-Daniel, en Mayenne. Elle est animée par l’Association Les Cabanons ; philosophes et anthropologues y côtoient jardiniers, vignerons-paysans, économistes, artistes ou simplement marcheurs. Chaque intervenant est interrogé sur qui fait sens pour lui et sur sa manière d’habiter le monde.

Quelques textes de ces « mutants » me paraissent une invitation à nous engager dans une belle année. Jean-Marie Pelt, spécialiste en botanique, fondateur de l’Institut européen d’écologie de Metz déclare : « Je suis convaincu que la solidarité, la coopération, l’entraide, sont non seulement le cœur de l’aventure humaine, mais également de l’histoire et du cosmos. Je travaille depuis plusieurs années sur ce que je nomme le principe d’associativité. C’est par l’associativité que la nouveauté a émergé, que l’univers a progressé. C’est évidemment l’amour, l’amitié, la charité qui résultent de l’association entre les êtres humains » 3.

Dans une époque où, pour reprendre une expression de Karl Marx, le « fétichisme de la marchandise » a envahi l’espace économique et sociétal, Mohammed Taleb, philosophe algérien nous invite « non pas à donner une morale au capitalisme ou encore une âme à la mondialisation, mais bien, à l’inverse, à révéler l’âme de ce qui résiste à cette dernière. Il s’agit d’éveiller les potentialités culturelles, éthiques et spirituelles qui cheminent, parfois aux marges, parfois aux centres, des mouvements de résistance » 3. Nous sommes évidemment bien loin des discours qui saupoudrent « d’éthique » des processus politiques et économiques qui ne cessent de la bafouer !

Les analyses sur les graves dysfonctionnements de nos sociétés remplissent nos rayons de bibliothèque. Il ne suffit pas de déplorer les malheurs des temps ! Jean-Marc Arnould engagé dans une démarche artistique pour éduquer notre regard sur le monde en appelle à notre engagement : « Aujourd’hui, nous perdurons sur un insensé. Les modèles dominants sont soit usés, démodés, inadéquats, soit cyniques, parvenus, obscènes ; souvent tout cela à la fois. Il serait temps de s’affranchir de leurs manières et d’en inventer d’autres. Or, notre incapacité à changer le monde n’est pas un défaut de pensée – elle existe en tant qu’opinion critique – mais un défaut de résistance et de passage à l’acte » 4.

Bernard Ginisty

1 – Association Les Cabanons : Habiter la terre en poète. Coédition l’Association des Cabanons - Éditions du Palais 2013. Cet ouvrage n’est pas seulement un livre d’entretiens avec une trentaine de personnalités de tous horizons, mais aussi un beau livre dans un grand format avec  une qualité graphique exceptionnelle et de belles photographies. Préface de Michel Cazenave. L’ouvrage est en vente en librairie au prix de 28 euros.
2 – http://www.fetedelaterre.org
3 – Idem, page 40
4 – Idem, page 101
5 – Idem, page 282

Publié dans Réflexions en chemin

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