François aux jeunes : « Un chrétien n’est jamais triste ! »

Publié le par G&S

Le Pape a célébré la messe dans le plus grand sanctuaire marial du monde,
qui fut aussi la source inspiratrice de son programme papal.

En pèlerin décidé et reposé, visage rayonnant, ravi d'être en Amérique latine, le pape François a choisi d'inaugurer sa visite pastorale au Brésil par le lieu phare du premier pays catholique du monde. Non pas la statue du Christ, le Corcovado, bras ouverts, qui domine la baie de Rio, mais le sanctuaire marial d'Aparecida, à 250 km de là. La tradition assure qu'en 1717 trois pêcheurs trouvèrent dans leurs filets la statue sans visage d'une Vierge noire. Ils relancèrent leurs filets, remontèrent la tête, et s'ensuivit une « pêche miraculeuse ». Très vite, la dévotion autour de cette statue, symbole de l'esclavage des Noirs et de ses ravages, gagna tout le Brésil. Ce lieu est aujourd'hui le plus grand sanctuaire marial du monde. Près de douze millions de pèlerins s'y recueillent chaque année.

Pape François à Aparecida 25.07.13En pleine forme, donc, mercredi matin, après une journée de repos, le Pape a descendu très tonique et d'un trait la passerelle du jet qui l'a conduit là. Les 10 petits degrés de température et la pluie glaciale de l'hiver brésilien n'ont en rien refroidi sa jovialité ni l'accueil extrêmement chaleureux des dizaines de milliers de fidèles encapuchonnés et sous parapluies. Au troisième jour de sa visite qui se terminera dimanche – avec le point d'orgue, samedi soir, de la grande veillée des JMJ – François a vraiment conquis l'Amérique du Sud ! Cela ne fait plus l'ombre d'un doute. Et avec lui, le peuple brésilien, qui se sent pourtant culturellement parfois méprisé par les Argentins.

« L'Église doit se libérer de toutes les structures caduques qui ne favorisent pas la transmission de la foi »

Des considérations totalement étrangères à la pensée de ce pape, très dévot à la Vierge Marie, qui a surtout voulu rendre grâce, en ce lieu qu'il connaît bien, d'un épisode clé de sa vie peu connu et qui fut décisif dans son élection. C'était en 2007, la conférence générale de l'épiscopat de l'Amérique latine et des Caraïbes – 22 pays représentés, qui pèsent 40 % du catholicisme mondial – se réunissait à Aparecida pour la première fois. Le cardinal Bergoglio, qui était chargé de rédiger le message final, mena une bonne partie des débats.

Sur le fond, il annonçait déjà là, sans imaginer qu'il deviendrait pape, le programme de son pontificat : « L'Église doit se libérer de toutes les structures caduques qui ne favorisent pas la transmission de la foi », insistait le texte. Ce document marquait surtout le déclic du renouveau d'une Église d'Amérique latine ayant touché le fond dans les années 2000 avec les effets désastreux de la Théologie de la libération, l'un des terreaux de la montée des évangéliques. Mais sur la forme, l'archevêque de Buenos Aires, malgré son caractère rugueux et une certaine radicalité, avait conquis une bonne partie de l'assemblée de ses confrères évêques, en sachant mener par son charisme des discussions délicates, prenant là une vraie dimension de reconnaissance internationale dans l'Église catholique. Les cardinaux, bien informés de ce succès, s'en souvinrent le 13 mars dernier dans la chapelle Sixtine.

Ce qui explique l'émotion de ce cardinal devenu pape, mercredi matin, dans le chœur de cette gigantesque basilique. Comme si le film de son histoire personnel se déroulait, en accéléré, sous ses yeux. Il a d'ailleurs évoqué dans son homélie « le grand moment d'Église » que fut cette réunion. Non parce qu'elle fut constituée de doctes évêques, a-t-il fait remarquer, mais parce qu'elle donna lieu à un « tressage entre les travaux des pasteurs et la foi simple des pèlerins ». Soit toute sa vision ecclésiale. Car pour ce pape la hiérarchie n'a d'existence que par le peuple qu'elle conduit : « Les évêques, a-t-il raconté, se sentaient encouragés, accompagnés et, dans un certain sens, inspirés par les milliers de pèlerins » qui priaient dans ce sanctuaire.

Le second message de cette étape matinale du Pape à Aparecida fut de redire, aux catholiques d'Amérique Latine, des mots déjà entendus à Rome : malgré « d'énormes difficultés », ils ne doivent « jamais » être « submergés » par le « découragement » ni « perdre jamais l'Espérance » parce que « Dieu marche à [leurs] côtés, il ne [les] abandonne en aucun moment ». Le Pape les a invités à ne pas être dupes des « idoles éphémères » qui « se substituent à Dieu » : « argent, succès, pouvoir, plaisir ». Il a surtout explicitement critiqué les chrétiens dont la « froideur », le « pessimisme » ou « les visages qui semblent en deuil permanent » viennent de « l'éloignement du Christ ». Il est au contraire « le vin de la joie et de l'Espérance », a-t-il martelé. « Par Lui nos difficultés, nos péchés se transforment en vin nouveau. » Il a donc demandé aux catholiques « de se laisser surprendre par Dieu » et « de vivre dans la joie », lançant ce cri : « Un chrétien n'est jamais triste ! » Mais aussi cet avertissement : « Le “dragon”, le mal, est présent dans notre histoire, mais il n'est pas le plus fort. Dieu est le plus fort ! ».

Jean-Marie Guénois
pour lefigaro.fr

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Robert Kaufmann 26/07/2013 17:30


Je trouve le commentaire du "Voyageur" particulièrement sévère et pessimiste. Les critiques sur les structures de l'Eglise  sont propres à beaucoup d'entre nous sur ce Blog. Mais les Clercs
et les laïcs en responsabilité se réfèrent malgré tout souvent aux Ecritures et à leur interprétation dans la vie de tous ls jours et sont souvent obligés de lutter contre l'ignorance, les
superstitions et les idées toutes faites du petit peuple catho, pas si clair que ça !


En outre, ce n'est pas parce que c'est difficile qu'il ne faut pas s'atteler à la tache de l"aggiornamento" n° 2 !  Il en est là comme en Politique, comme dans les relations
Patronat/Syndicats français et comme dans la plupart des structures humaines. Ce n'est pas en se croisant les bras et en attendant le déluge.....


Et enfin, l'Eglise a les avantages de ses défauts= elle comporte une hiéraechie pyramidale, contrairement aux Protestants, Juifs et Musulmans et le "Grand Chef", à Rome, peut commander à ses
troupes aux ordres. On a vu Jean XXIII avec les Prêtres Ouvriers et Jean Paul II avec les Jésuites... 


Robert Kaufmann

Albert Olivier 26/07/2013 17:26


Je ne peux qu'appuyer la réponse de Francine Bouichou-Orsini. J'ajouterai que, quelle que soit notre impatience de " réforme " dans l'Église romaine, il faut accepter de donner
du temps non pas au temps (on n'en a plus beaucoup), mais au pape François à peine arrivé au service de l'Église (au sens large : ceux qui se reconnaissent et se manifestent comme disciples de
Jésus-Christ).


Quand on voit la lenteur des réformes administratives dans notre pays, représentant à peine 1 % de la population mondiale, sous un régime vieux de 55 ans seulement, théoriquement
démocratique (bien qu'il n'y ait pas beaucoup de vrais débats entre les factions), on se doutera qu'il est plus difficile encore de modifier le fonctionnement d'une vieille institution de près de
2000 ans, engageant un milliard deux cents millions de fidèles, avec ses habitudes, sa routine, le poids de ses dogmes et de son culte, et qui n'a connu que des ajustements de détails depuis un
millénaire (la réforme grégorienne) .


J'ai toujours combattu le vieil argument qui favorisait l'attentisme : « l'Église a le temps pour elle, elle vogue vers l'éternité », parce que ce n'est plus vrai
qu'elle a le temps : le monde s'éloigne à grande vitesse, mais là, pour la première fois depuis… longtemps, on a l'impression que quelque chose peut se passer. Il faut garder un peu d'espérance
sachant que, si François échoue, l'avenir de l'Église romaine s'assombrira gravement.


 


Albert Olivier

Francine BOUICHOU-ORSINI 26/07/2013 16:52


En réponse au Voyageur: 


Oui, "L'Eglise doit se libérer de toutes les structures caduques qui ne favorisent pas la transmission de la foi", comme le demande le pape François.
Mais, cela ne signifie pas, pour autant, que l'Eglise se réduise à ces structures, selon l'interprétation du Voyageur...


Oui, les papes passent, mais l'Eglise de Jésus Christ demeure depuis plus de vingt siècles.... Cela, non grâce à ces structures mortifères, mais
à cause des saints qui demeurent en elle, et en dépit de la stabilité de ces mêmes structures...  


Là où s'exprime l'Eglise de Jésus Christ, c'est au travers de chrétiens profondément engagés, comme j'ai pu en rencontrer, ici ou là : dans des monastères,
dans des paroisses, dans des groupes de laïcs tels que reconnus par Josepht Moingt (théologien connu pour ses critiques lucides de l'appareil ecclésiastique).


Oui, les structures des institutions s'exercent très souvent d'une façon stérilisante, se considérant comme une fin, alors qu'elles ne représentent que des
moyens transitoires, au travers de leurs modalités temporelles. J'ai souvent lutté contre ce danger, présent dans mon université, alors que j'étais responsable syndicale; de même, j'ai souvent
adressé à Rome des lettre critiques sur telle ou telle initiative hiérarchique... 


Mais, j'imagine que si tous ces jeunes, présents aux JMJ, soutiennent le pape François, dans son souci de revitaliser l'Eglise, c'est bien pour  exprimer
la foi qui les anime, depuis les périphéries jusqu'au centre de l'institution. Il ne s'agit pas de voeu pieux mais d'une volonté combative, vigoureusement ancrée sur l'essentiel.


Francine Bouichou-Orsini

Le Voyageur 26/07/2013 09:34


"« L'Église doit se libérer de toutes les structures caduques qui ne favorisent pas la transmission
de la foi »"


Vaste programme, car la quasi totalité des structures du catholiscime ne transmettent rien
d'autre que des "pratiques et du culte", ce qui éloigne irrémédiablement de  la vraie foi....ainsi que n'a cessé de le rabacher Jésus...


Et on n'imagine guère l'eglise licenciant les 3/4 de son personnel éclésiastique, pour
fautes professionnelles réitérées et gout immodéré du pouvoir et des honneurs.


Encore un voeu.... pieux !


Décidément ce pape va décevoir plus encore que ses prédécesseurs, dans la mesure où il n'est pas en
mesure de faire changer quoi que ce soit aux pratiques installées depuis des siècles. 


Les papes passent... la Curie demeure.....


Mieux vaut se taire que tenir de vaines paroles...