Être payé pour apprendre...

Publié le par G&S

Une caractéristique qui a marqué l’arrivée au pouvoir de Nicolas Sarkozy est la mise en avant du rapport à l’argent comme signe majeur de la réussite sociale. Dès le début du quinquennat, il lui a paru urgent de faire voter une loi pour protéger les plus riches de nos concitoyens par un bouclier fiscal et, accessoirement, d’augmenter considérablement sa rémunération de Président. Dans leur ouvrage intitulé Sarkozy et l’Argent roi, les journalistes Renaud Dély et Didier Hassoux 1 notent que, contrairement à ses prédécesseurs, Nicolas Sarkozy aime parler d’argent et se vanter de ce qu’il possède. Selon les deux auteurs, la véritable rupture de la présidence Sarkozy ne réside pas dans une manière nouvelle de gouverner la France mais dans son rapport à l’argent. À présent, le riche ne doit pas avoir honte d’avoir de l’argent, il doit au contraire le montrer et adopter une attitude décomplexée.

Interrogé à l’occasion de la sortie de son dernier ouvrage dans Le Journal du Dimanche, Jean Daniel, directeur du Nouvel Observateur raconte l’anecdote suivante : "Sarkozy, je l'ai revu à un déjeuner, où il essayait de célébrer l'anniversaire de Camus (...) Il m'a interpellé : 'Je vais vous dire Jean Daniel, il n'y a pas grand-chose qui nous sépare. La seule chose qui nous sépare : vous n'aimez pas l'argent et moi oui !' Il parlait très fort, devant 20 personnes. C'était étrange, déplaisant."

Au-delà des tempéraments et des anecdotes, l’initiative gouvernementale de créer une prime à l’assiduité pour lutter contre l’absentéisme scolaire traduit, au-delà de ce qu’on pouvait imaginer, cette primauté accordée à l’argent sur toutes les autres valeurs. Comme le note le journaliste du Monde, Luc Cédelle : « Fait inédit ; les réactions indignées proviennent de la totalité du spectre politique, syndical et associatif de l’éducation. Des voix habituellement discordantes se rejoignent » 2 Jean-Paul Brighelli, auteur de l’ouvrage La Fabrique du crétin 3 voit dans cette expérimentation un « exemple déplorable, méprisable et inquiétant » tandis que Philippe Meirieu la perçoit comme « un renversement complet du sens de l’école ». Pour le SGEN-CFDT, cela revient à « monnayer la présence des élèves » tandis que le Syndicat National des Lycées et Collèges note que « les élèves ont besoin d’être instruits, pas d’être achetés ». Enfin, toutes les Fédérations de Parents d’Elèves ont manifesté, avec plus ou moins de force, leurs réserves.

Que telle ou telle institution scolaire prenne l’initiative d’expériences en matière de lutte contre l’absentéisme scolaire est évidemment souhaitable. Mais entendre Richard Descoing, Directeur de Sciences Po Paris, déclarer, pour justifier ce dispositif : « en quoi est-il immoral de donner de l’argent à un jeune pour qu’il fasse des études. Si c’est le cas, alors tout le système des bourses est immoral » est très inquiétant. Mettre sur le même plan une aide qui tient compte des difficultés sociales des jeunes et ce que l’association SOS-Éducation appelle « acheter la présence des élèves » témoigne d’une dangereuse confusion sur le rôle de l’argent dans l’éducation. 

Bernard Ginisty
Chronique  diffusée sur RCF Saône & Loire le 17.10.09

1 - Renaud DELY et Didier HASSOUX : Sarkozy et l’argent roi. Éditions Calmann-Lévy 2008

2 - Unanimité contre la prime à l’assiduité. La « cagnotte » censée lutter contre    l’absentéisme est perçue comme une remise en cause des valeurs de l’école. Le Monde Education. Supplément au journal Le Monde du 14 octobre 2009

3 - Jean-Paul BRIGHELLI : La Fabrique du crétin. La mort programmée de l’école. Éditions Jean-Claude Gawsewitch 2005

 

Publié dans Signes des temps

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