Écrire

Publié le par G&S

Texte extrait de Petit éloge du catholicisme
de Patrick Kechichian (journaliste au Monde)
Folio Gallimard 2009. 2 € (p. 33-34)

J’écris en mon nom, mais appuyé sur un autre Nom, divin celui-là, avec déférence et timidité. Cet appui, cette inspiration ne me confèrent aucune autorité ou autorisation, mais provoquent en moi, au contraire, un tremblement, une inquiétude, un doute quant à mes capacités et quant à la simple légitimité de mon propos...

J’écris, non parPetit-eloge-du-catholicisme.jpg goût de l’introspection ou pour me connaître moi-même à travers le moyen que seraient la religion et la foi, mais pour rendre, si Dieu le veut, une infime part de la lumière reçue. J’écris selon ma conscience – ce « premier vicaire du Christ », disait le cardinal Newman.

J’écris comme un premier venu à qui fut accordée une double grâce : celle de la conversion d’abord et de la certitude qui l’accompagne de devenir aussitôt membre du Christ – à part entière, à part absolument égale avec tout autre membre du même Corps, pape, charbonnier ou théologien ; celle de pouvoir user du langage, de l’écriture.

Étant entendu que la parole, comme la conversion, oblige, qu’elle n’est pas une propriété, un pouvoir, encore moins une arme ou une source de profit, mais un devoir, un mystérieux devoir : celui de se faire bien entendre.

Je ne peux ni ne veux, un seul instant, oublier le terrible avertissement de Jésus, qui devrait résonner comme une menace dans notre monde saturé de bavardages : « De toute parole sans fondement que les hommes auront proférée, ils rendront compte au jour du Jugement » (Matthieu 12,36).

Je ne mets pas en parallèle ces deux grâces, qui sont de nature évidemment différente. Même si les deux, séparées puis associées, ont tout simplement décidé du cours de ma vie.

Patrick Kechichian

Publié dans Fioretti

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