Écoutons ce que nous dit l’« in-fans »

Publié le par G&S

Un petit événement – je le dis bien, un tout petit événement – a été dernièrement vécu dans ma paroisse. Rien de bien grave en soi, seulement un mal-entendu quant à l’organisation d’une crèche vivante avec des enfants de diverses origines. Pas de quoi en faire toute une affaire.

Cependant, comme un petit caillou dans la chaussure qui gène à chaque pas, cet événement somme toute mineur met des grincements dans les rouages de la fraternité, parce que chacun se tait et rumine dans son cœur.

Jesu-Infans.JPGPourtant l’in-fans de la crèche, celui qui ne parle pas, nous invite à la parole fraternelle, échangée, partagée entre nous.

Comme une évidence rappelée dernièrement, la véritable fraternité se révèle lorsqu’aux nombreuses disputes succèdent d’aussi nombreuses réconciliations.

Regardons nos vies de couple : est-on toujours en accord sur tout ?

Regardons nos existences : nos liens fraternels d’aujourd’hui sont bien issus de toutes ces réconciliations qui ont jalonnées la vie de notre enfance ; seule la réconciliation succédant au désaccord ouvre à la paix de la crèche.

En cette période qui jouxte Noël, nous avons tout autant besoin de nous réconcilier avec Dieu qu’avec nos frères, si ensemble nous voulons pouvoir prier les mots du Notre Père.  

Ce matin, avec l’aide de Dieu, je veux accueillir de tout mon être cette parole de sainte Thérèse : « Tout est grâce » et je suis invitée à porter mon regard sur ces personnages de la crèche.

Sans doute, comme chaque année, sans cet épisode, n’aurais-je jamais pris le temps de réaliser la place centrale qu’ils occupent dans l’annonce de la Bonne Nouvelle. Comme chaque année, je serais restée sur le pittoresque et pastoral de ces petites moutons et de leur pâtre dans nos crèches provençales.

Allons donc plus loin.

En cette période hivernale, il suffit de se promener dans les rues sonorisées de nos villes ou entre les gondoles des supermarchés, pour entendre l’hymne des cieux chanté par les anges de nos campagnes, le même qui retentira la nuit de Noël dans toutes les églises du monde entier.

« Gloria In excelsis Deo » ne  cesse d’être diffusé entre « Petit papa Noël » et « Vive le vent d'hiver ».  Le message angélique retentit, certes ; mais, reconnaissons-le, il est bien souvent couvert par les clochettes du traîneau du Père Noël

Dans de nombreuses maisons où la crèche est installée, l’ange déploie à loisir sa banderole au-dessus de la sainte famille pour chanter la gloire de Dieu et souffler dans sa trompette, annonçant ainsi la naissance de l'enfant Dieu. La plupart du temps, la mère de famille l’a niché tout en haut, au-dessus de la crèche.

Or dans l’évangile de la nuit de Noël l’ange du Seigneur, littéralement le « messager », ne visite pas l'enfant mais les bergers. On le voit bien apparaître, mais dans les champs, auprès des bergers qui veillent la nuit et qui seront les premiers avertis de cette fantastique nouvelle : dans cet enfant emmailloté dans ses langes dort le Seigneur qui viendra en gloire.

Les bergers sont les gens du petit peuple ; ils ne connaissent ni ne pratiquent la Loi. Ils ne sont pas très malins, justes bons à garder leurs bêtes.

En fait, ils ne sont guère habitués à être visités par des messagers prestigieux mais ils ont l’oreille fine, tant grande est  leur habitude de scruter les bruits nocturnes pouvant révéler un danger pour leur troupeau. Ce sont aussi des spécialistes de la veille, à force d’être près des jeunes mères qui mettent bas.

C’est sans doute pour cela qu’ils ont entendu le message de l’Ange leur annonçant le Sauveur ainsi que le signe de reconnaissance : un nouveau-né enveloppé de langes et couché dans une crèche. La crèche, ils connaissent, c’est la mangeoire de leurs animaux, là où repose la nourriture pour leurs troupeaux. C’est dans ce premier tabernacle qu’ils Le trouveront.

Dans nos églises, pendant la nuit de Noël, ne retentira que le message de l’Ange auquel une troupe nombreuse de l’armée céleste se joindra pour louer Dieu.

Il faudra attendre le jour de l’an pour entendre la suite du récit. Les anges s’étant retirés, ces gens simples, ni blasés, ni gavés, ensemble  se déplaceront vers la crèche. Tout ce que l'ange leur avait annoncé s'est réalisé… Ces hommes méprisés, impurs, indignes de confiance – le témoignage d’un berger n'était pas même valide dans un tribunal – sont devenus des « anges », c'est-à-dire des messagers et des célébrants. Comme l'ange du Seigneur, ils annoncent un message de bonheur, comme l'armée céleste, ils chantent les louanges de Dieu.

Ces bergers, ces hommes exclus et rejetés de tous, deviennent des témoins annonçant la Bonne Nouvelle, mais leur condition humaine est si simple que beaucoup ne leur prêtent pas attention. Ils restent même bien souvent aux portes de l’église, aux portes de la crèche tellement leur présence est susceptible de déranger.

Or, la merveilleuse nouvelle c’est que non seulement Jésus vient vers tous, mais que son message passe par tous, même les gens les plus simples et les plus ordinaires et ceux que l'on considère comme des perdants. Voilà le message de cette sainte nuit.

Qu’en faisons-nous ?

Le monde de justice et de paix auquel sourit l’enfant de Noël, c’est à nous de le construire jour après jour.

Certes nous sommes conscients de l’immensité de la tâche et de la faiblesse de nos moyens. Nous connaissons notre misère et notre difficulté à ouvrir personnellement et communautairement l’espace de notre crèche intérieure.

Nous avons tristement expérimenté que nous ne transformerons rien par un coup de baguette magique, mais si en ce jour de Noël nous pouvions rejoindre la longue lignée des témoins qui, depuis les bergers de Bethléem, se sont émerveillés du don de Dieu en Jésus-Christ ?

Alors dans la contemplation de l’incarnation nous pourrions puiser la force de ne pas désespérer de l’homme, de ne pas désespérer de nos communautés, de ne pas désespérer de nous-mêmes.

À notre tour, comme les bergers, glorifions et louons Dieu de tout notre être !

Que l’in-fans reçoive en cette nuit notre mémoire, notre intelligence, notre volonté !

Qu’Il nous donne la grâce de le servir humblement et que cette grâce nous suffise !

Joyeux Noël à tous !

Nathalie Gadéa
L'image de cet article s'appelle Jesu Infans et provient du beau site http://tallasverdeyazul.blogspot.com/

Publié dans Réflexions en chemin

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Jean-Claude Caillaux 29/12/2011 10:45


Cher Robert (que je ne connais pas, mais le site G&S suffit à lier notre fraternité !),


D'où vient qu'il faille absolument préciser que "les pauvres n'ont pas le monopole" de l'amour de Dieu ? Comme si nous avions peur que "les pauvres" nous retirent une place !


Aucune crainte à avoir. Leur priorité dans le coeur de Dieu est même la garantie que nous y avons la nôtre. A commencer par le plus petit,et tous les autres suivent.


Très belle année.


Jean-Claude

Robert Kaufmann 19/12/2011 14:24


Voilà une bien jolie réfléxion qui,une fois encore,peut nous faire réfléchir sur nos préjugés,nos idées toutes faites,nos raccourcis rapides...


Sans toutefois oublier que la grâce est distribuée sans distinction et donc pas un monopole des seuls petits,pauvres,humbles...


Merci pour ces bons voeux.Tous les nôtres accompagnent la rédactrice de ce texte.


Robert Kaufmann