Dieu se rencontre en marchant

Publié le par G&S

Le pape François a donné un entretien aux revues intellectuelles jésuites européennes et américaines. Ce texte traduit la volonté du pape de se présenter d’abord comme un chercheur de Dieu au milieu de ses contemporains et non comme un distributeur de certitudes.

« Dieu, écrit-il, se rencontre dans l’aujourd’hui. (…) Bien sûr, dans ce chercher et trouver Dieu en toutes choses il reste toujours une zone d’incertitude. Elle doit exister. Si quelqu’un dit qu'il a rencontré Dieu avec une totale certitude et qu’il n’y a aucune marge d’incertitude, c’est que quelque chose ne va pas. C’est pour moi une clé importante. Si quelqu’un a la réponse à toutes les questions, c’est la preuve que Dieu n’est pas avec lui, que c’est un faux prophète qui utilise la religion à son profit. (…) Notre vie ne nous est pas donnée comme un livret d’opéra où tout est écrit ; elle consiste à marcher, cheminer, agir, chercher, voir. (…) Dieu se rencontre sur la route, en marchant. (…) Dieu est toujours une surprise. On ne sait jamais où ni comment on Le trouve, on ne peut pas fixer les temps ou les lieux où on Le rencontrera ».

Ce responsable d’une Église catholique qui n’a pas toujours su résister au cours des siècles à la grandiloquence dogmatique, aux pompes et au carriérisme de ses dirigeants affirme que sa vision de l’Église est celle « d’un hôpital de campagne ». « Je vois avec clarté, écrit-il, que la chose dont a le plus besoin l’Église aujourd’hui, c’est la capacité de soigner les blessures et de réchauffer le cœur des fidèles, la proximité, la convivialité. Je vois l’Église comme un hôpital de campagne après une bataille. Il est inutile de demander à un blessé grave s’il a du cholestérol ! Nous devons soigner ses blessures (…) L’Église s’est parfois laissé enfermer dans les petites choses, les petits préceptes. Le plus important est la première annonce : Jésus-Christ t’a sauvé ». Et il poursuit : « Si le Chrétien est légaliste ou cherche la restauration, s’il veut que tout soit clair et sûr, alors, il ne trouvera rien ». 1

Nos sociétés sont en deuil des certitudes que les grands prêtres des totalitarismes, communistes ou ultralibéraux, ont distillées tout au long du XXe siècle. Dans cette crise surgissent des appels au « religieux » ou au « spirituel » comme valeurs « refuges ». Or, ce n’est pas de refuges que l’homme a besoin, mais de cette seconde naissance dont ne cessent de parler les grands mystiques de toutes les religions. Il ne s’agit pas de vendre à un monde orphelin de certitudes de nouveaux dogmes ou de nouvelles institutions qui le dispenseraient de cette renaissance à laquelle chaque être humain est appelé.

Et peut-être est-ce le poète René Char qui définit avec le plus de justesse le sens profond de toute communauté spirituelle : « L’aventure personnelle, l’aventure prodiguée, communauté de nos aurores » 2.

Bernard Ginisty

1 – Pape François : Extraits de l’entretien accordé aux revues intellectuelles jésuites européennes et américaines publiés dans le journal La Croix du 20 septembre 2013, pages 2 à 5.
2 – René Char : Les Matinaux in Œuvres complètes, bibliothèque de la Pléiade, Éditions Gallimard, 1983, page 332.

Publié dans Signes des temps

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Francine Bouichou-Orsini 15/10/2013 12:34


Comment ne pas admirer la simplicité et la profondeur des propos tenus par François, au cours de son entretien avec les jésuites européens et américains :
« Dieu se rencontre dans  l’aujourd’hui (…) est toujours une surprise (…). Il ne s’agit pas de vendre à un monde orphelin des certitudes, des nouveaux dogmes ou de nouvelles institutions qui
le dispenseraient de cette renaissance à laquelle chaque être humain est appelé ».
Installé dans la chaire papale, en dépit de la lourdeur d’une telle charge institutionnelle, il  conserve ces traits de personnalité, renforcés encore par ce don de discernement
particulièrement  cultivé chez les jésuites.

Albert Olivier 03/10/2013 15:19


Décidément, il me plait ce pape !


Si Buffon avait raison quand il a dit son fameux : « Le style, c'est l'homme même », cette nouveauté d'une parole simple, sans rhétorique, d'un parler vrai, d'une proximité du cœur dans
l'expression, peuvent nous laisser espérer et penser qu'au délà, une action bénéfique pour la diffusion de l'Évangile est en train de se construire, sans bruit, sans "panache" peut-être, mais
dans une vérité profonde et une adéquation à son objet auxquelles l'institution ne nous avait pas habitués.