Des eaux du déluge à l’eau vive de l’Esprit

Publié le par G&S

Genèse 1,1 : « … un vent de Dieu tournoyait sur les eaux… »

Jean baptise les foules

Au début de l’Évangile de Marc, tout le pays de Judée et les habitants de Jérusalem viennent se faire baptiser par Jean-Baptiste dans l’eau du Jourdain en confessant leurs péchés. Ces foules, dans l’ensemble, se reconnaissent donc en état de péché et viennent avouer leurs fautes.

Matthieunous dit que parmi la foule il y a beaucoup de Pharisiens et de Sadducéens et Jean-Baptiste les traite d’engeance de vipères. Il n’y a donc pas chez eux le fait de se reconnaître pécheurs. Ils sont là avec leurs certitudes, campant sur leurs positions un peu par curiosité, un peu par superstition. Il n’y a pas chez eux de recherche, ni de purification ni de repentir.

Luc ne fait aucune sélection parmi la foule. Tous sont traités d’engeance de vipères. Mais ils demandent : « Que devons-nous faire ? ». Il y a donc parmi eux des personnes sincères dans leur démarche de repentir puisque Jean-Baptiste va répondre à cette demande.

Jean baptise Jésus

Bapteme-de-Jesus.jpgJésus, lui, arrive de Galilée, un pays d’où « il ne sort rien de bon ». En accomplissant la démarche des foules, il vient se reconnaître solidaire de leur repentir et de leur désir de purification.

Mais Luc ajoute (3,21) :« Jésus était en prière »et donc Jésus a ce même désir et ce même élan mais lui seul les dirige vers le Père. Les foules sont au niveau de la Loi et se sentent fautives vis-à-vis d’elle ; Jésus, lui, est au niveau de l’Amour. Aussi reçoit-il le baptême de l’Esprit-Saint immédiatement à la suite de celui de l’eau. Matthieu 3,6 : « les cieux s’ouvrirent il vit l’Esprit de Dieu descendre comme une colombe et venir sur lui ». Son Père le reconnaît comme son fils bien-aimé. C’est la reconnaissance proclamée au peuple par le Père de son amour pour son Fils, reconnaissance qui sera renouvelée devant les disciples lors de la Transfiguration, d’un amour qui est de toute éternité.

Noé avait envoyé une colombe pour vérifier si les eaux du déluge avaient baissé. Au deuxième envoi la colombe revint vers lui avec un rameau d’olivier. Au troisième envoi elle ne revint pas. Cela signifiait que les eaux avaient séché sur la terre. La terre avait donc été purifiée et un départ vers une nouvelle vie était possible, une humanité nouvelle pouvait être engendrée.

Mais cette première étape de conversion de la terre comportait l’erreur d’avoir détruit l’homme en voulant détruire le mal qui était en lui.

La deuxième étape, celle de la conversion du cœur, se fera avec la mission de Jésus et cette nouvelle alliance aura pour but de détruire seulement le mal en l’homme. La colombe de Noé revient donc dans les Évangiles synoptiques sous une forme immatérielle, celle de l’Esprit. Elle annonce elle aussi une nouvelle humanité mais cette fois promise à la Vie Éternelle dans le Royaume de Dieu.

Dieu avait déjà choisi la purification par l’eau avec le déluge, mais ce n’était pas le bon moyen. Pour ne plus avoir à détruire l’humanité, Dieu va emprunter le chemin de l’eau pour nouer plus de proximité avec l’homme, ce chemin de l’eau qui est aussi chemin d’autant de signes de son existence et premier palier vers la foi.

Le parcours de l’eau

Ce parcours de l’eau va passer par les sources et les puits des rencontres et des alliances.

Avec Abraham, par trois fois, il sera question de puits. (Genèse 16,7.11) : « L’ange de YHWH rencontre Agar près d’une certaine source sur le chemin de Sur Il lui dit : Tu enfanteras un fils et tu lui donneras le nom d’Ismaël ». De ses descendants naîtront l’Islam et la religion Musulmane. Un monde interreligieux est déjà en train de se former. C’est le premier projet de Dieu et l’eau le premier symbole créé et choisi par Dieu. Genèse 21,25-34 : à Bersabée, où Abraham a creusé un puits, un litige se produit avec Abimélek à la suite duquel tous deux scellent un serment en forme d’alliance. Or Abimélek n’est pas hébreu mais Philistin ; le serment, par l’intermédiaire du puits, est donc conclu avec un étranger. Le puits devient témoin de fraternité entre tous les hommes.

En allant chercher une femme pour Isaac, le serviteur d’Abraham se dirige près d’un puits à l’heure où les femmes sortent pour puiser. Rébecca descend à la source emplir sa cruche. Et en suite de cette rencontre son mariage va se conclure avec Isaac. Le puits devient signe de source d’alliance.

Moïse, qui recevra les Tables de la Loi, conclut un mariage avec Cippora rencontrée près d’un puits et dont il aura un fils. De plus l’union se fait avec une famille païenne et non hébraïque ; c’est une ouverture de plus vers d’autres formes de croyances. Le puits devient symbole d’alliances partagées.

Encore, en Exode 17,6 : « Tu frapperas le rocher, l’eau en sortira et le peuple boira ». L’eau du rocher permettra à tout le peuple de survivre. L’eau déjà devient symbole de vie.

Ainsi, de source en source et de puits en puits, s’écrit l’histoire du peuple hébreu jusqu’au puits de Jacob de la rencontre de Jésus avec la Samaritaine. C’est auprès de ce puits que Jésus lui dira (Jean 4,23) : « l’heure vient et c’est maintenant que les véritables adorateurs adoreront le Père en Esprit et en Vérité ».

L’eau devient symbole de la vraie Vie et témoin de la venue de l’Esprit-Saint. C’est comme si le puits devenait le cordon ombilical de l’alliance de Dieu avec la terre et les hommes. Le puits symbolise aussi la permanence de l’eau, sa quantité ininterrompue sans débordement, sans causer de dégâts. Au contraire l’eau est là pour étancher la soif car l’eau n’existe, ne coule et ne donne la vie que par rapport au désert. C’est le désert qui fait prendre tout son sens à l’eau, tout son sens au puits….

Mais, par un juste retour des choses, c’est dans le désert qu’on peut rencontrer Dieu. Jésus fera l’expérience du désert avec ses tentations, quarante jours de désert répondant aux quarante jours de pluie du déluge. Jésus est tenté par Satan pour exercer sa puissance mais n’y succombera pas.

Si l’eau peut devenir destructrice par ses crues démesurées, avec le puits elle devient symbole de l’Esprit et de la Parole inépuisables.

Jésus seul reçoit le baptême de l’Esprit. Ce baptême ne peut se recevoir que dans une rencontre à la façon dont Jésus rencontre le Père : dans une démarche, même inconsciente, de prière.

Les nouveaux convertis sont seuls aussi avec la rencontre qu’ils viennent de faire. Ils font la même expérience que fait Jésus en rencontrant le Père et dans laquelle personne ne peut intervenir dans ce qui soudain les habite.

Cette rencontre peut se faire dans le temps, petit-à-petit, comme pour une partie de ces foules qui demandaient le chemin à suivre pour parvenir à vivre en conformité avec le message qu’allait leur apporter la Parole de Jésus.

Cette rencontre peut se faire aussi brusquement, sans que la personne s’y attende et y soit préparée, au cours d’une recherche de connaissance terrestre ou spirituelle par exemple, ou avec le sentiment soudain d’avoir fait fausse route jusque là et d’aboutir au néant, ou encore dans d’autres circonstances. L’élément eau prend alors sa dimension symbolique de purification, car avec la rencontre, simultanément, il y a conversion. L’existence n’est plus regardée de la même façon. Elle se découvre dans l’éclairage et la vie de l’Esprit.

La conversion de Dieu

Relisant ce que j’ai écrit, je me demande si Dieu n’a pas fait lui-même un chemin de conversion depuis que son vent planait sur les eaux sans savoir où se poser. Dieu assume et répare ainsi la faute du déluge. Et c’est le jour béni où Dieu se révèle Père : « Tu es mon Fils », cela prononcé devant les foules, devant le monde, ce « Tu es » prenant soudain les dimensions de « Vous êtes mes fils ».

Avec ce parcours de l’eau, depuis le déluge, Dieu semble s’être converti à l’homme. Se convertir à l’homme, à l’humain, c’est aussi le chemin de Jésus. L’eau va être utilisée à maintes reprises dans les Evangiles, de façon symbolique, surtout dans celui de Jean, comme un prolongement et un perfectionnement de ce parcours.

C’est l’eau des baptêmes au Jourdain où Dieu devient Père.

C’est l’eau du service avec le lavement des pieds.

C’est l’eau des jarres digne d’être élevée au rang du vin.

C’est l’eau de l’humilité demandée par Jésus à la Samaritaine.

C’est l’eau de l’ultime blessure du cœur de Jésus.

Sous le signe de l’eau ce parcours va contribuer à révéler au monde la Parole et le sens du message jusqu’à la venue de l’Esprit.

Christiane Guès

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