De nouveaux chemins proposés aux communautés chrétiennes

Publié le par G&S

Réunis durant une semaine en assemblée plénière à Lourdes, les évêques ont réfléchi à l’avenir de l’Église en prenant acte de la situation très dure que connaît l’Église en France

C’est une caricature de Piem, projetée devant l’assemblée des évêques de France : trente prêtres sont dessinés, puis, vue suivante, dix s’éteignent : « Voilà la situation dans deux ou trois ans ». En s’appuyant sur quelques images fortes pour présenter l’avenir des communautés chrétiennes dans son diocèse de Saint-Étienne, Mgr Dominique Lebrun a, de leur propre aveu, secoué ses collègues.

Le témoignage d’évêques – ce qui ne se faisait pas auparavant – et notamment d’une génération de jeunes évêques, qui n’ont pas les pudeurs de leurs aînés, a sans doute permis à un tabou de tomber. Ce que tous faisaient depuis de nombreuses années dans leur coin a été clairement explicité. Personne aujourd’hui ne conteste la nécessité d’une profonde transformation. « Nous sommes passés de la pastorale de la conservation à celle de l’évangélisation », affirme ainsi Mgr Marc Aillet, évêque de Bayonne.

Ce constat commun posé, le consensus s’arrête là. Comme le note le cardinal Jean-Pierre Ricard, archevêque de Bordeaux, « il n’y a pas de scénario ecclésial commun ». D’ailleurs, tous font preuve d’humilité : on sent bien que ce qui pouvait sembler « la » solution il y a quelques années, comme les communautés nouvelles, ou l’appel à des prêtres étrangers, n’est plus aujourd’hui qu’une voie parmi d’autres, car elles engendrent leurs propres problèmes : pour preuve, les difficultés que traverse une communauté comme celle des Béatitudes.

 

Le débat sur l’organisation ne peut rester isolé

Pourtant, quelques lignes de fond se dégagent. D’abord, note Mgr Albert Rouet, archevêque de Poitiers, l’utilisation par tous du terme de « communautés chrétiennes », qui rappelle les communautés de base d’Amérique latine ou d’Afrique. Ensuite, le sentiment qu’il ne faut surtout plus penser l’organisation par rapport au nombre de prêtres. Mgr Hubert Herbreteau, dont le diocèse d’Agen est passé en dix ans de 420 à 26 paroisses, admet que, dans cinq ans, « pour ces 26 paroisses, je n’aurai pas 26 prêtres ». Mais ce redécoupage a été fait en fonction des besoins des communautés.

Autre point commun, le rôle croissant des laïcs, au sein d’ensembles pastoraux, où ils ont de grandes responsabilités. De même, les formations, qui se sont multipliées dans tous les diocèses, sous des modules divers. Enfin, un consensus s’est dégagé autour de la notion « d’itinérance pastorale » : la possibilité d’envoyer des prêtres de manière temporaire, dans des territoires où l’Église ne peut plus assurer une présence. Le maillage de tout le territoire n’est plus possible.

Attention cependant, note Mgr Georges Pontier, archevêque de Marseille : « Ce qui va permettre de rendre les chrétiens plus baptisés est plus important que de savoir comment on va s’organiser. » Chacun convient que le débat sur l’organisation ne peut rester isolé d’une réflexion plus vaste sur la mission de l’Église.

 

La charité est un élément constitutif de l'identité catholique

Le thème de l’avenir des communautés chrétiennes s’emboîtait donc parfaitement avec celui de la visibilité de l’Église, porté par Mgr Claude Dagens [cliquez pour lire]. Là encore, cette assemblée a marqué une étape importante : on est passé d’un constat sociologique, comme pouvait le faire « Proposer la foi » en 1996, à une lecture plus spirituelle de la situation. Dans un monde où domine l’indifférence, la communauté chrétienne témoigne d’abord par ce qu’elle est et ce qu’elle vit, son identité.

« Ne pas dire ce que l’on va devenir, mais ce que l’on annonce », résume Mgr Philippe Ballot, archevêque de Chambéry. Six mois après les crises qui ont secoué l’Église, les évêques, évoquant la visibilité, ne se sont cependant pas penchés sur les problèmes de communication.

En revanche, ils ont affirmé avec force que l’attention aux plus pauvres, la charité, est un élément constitutif de cette identité. Comme si la crise économique et l’apparition de « nouvelles pauvretés » liées à la mondialisation obligeaient à remettre l’accent sur l’engagement social. D’où l’appel lancé aux communautés chrétiennes quelques semaines avant Noël. D’où, encore, la longue audition, samedi, de Jacques Barrot, commissaire européen, sur les problèmes des migrations en Europe.

 

« Le jour où l’on pourra ordonner des hommes mariés, ils seront prêts »

Ce passage d’une chrétienté sociologique à des communautés actives et confessantes risque cependant, observe Mgr Roland Minnerath, archevêque de Dijon, de laisser s’éloigner les « catholiques du troisième cercle », les pratiquants occasionnels. Comment peuvent-ils être intégrés dans ces communautés chrétiennes ? Question difficile, comme l’a bien montré le débat animé, autour de l’évangélisation des milieux populaires. Voilà un lieu où l’Église tend à s’effacer, ce qui préoccupe les évêques, sans qu’ils soient d’accord sur les solutions.

De même, d’autres regrettaient que ces réflexions sur l’avenir de l’Église se fassent à « périmètre constant », c’est-à-dire sans poser les questions de changement des règles, comme la possibilité d’ordonner des hommes mariés.

Le sujet reste tabou pour les évêques français, mais il a été abordé très directement par Mgr Edmond Djitanghar, évêque de Sarh (Tchad), venu rendre compte du Synode africain. En Afrique, a-t-il expliqué, des catéchistes bien formés, et avec une grande expérience, font des chefs de communautés à l’autorité importante et crédible, et « le jour où l’on pourra ordonner des hommes mariés, ils seront prêts ».

Isabelle de GAULMYN (à Lourdes)
Article du journal La Croix – 08.11.09

Publié dans Signes des temps

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