Devoir de vacances (6) : Jésus, maître de vie

Publié le par G&S

"Jésus", dernier mot exhalé par Jeanne d'Arc au bûcher, à un moment où l'on ne peut tricher avec ce qui a été l'essentiel de sa vie. Un nom invoquant une vie donnée par amour, reconnu et fait sien par une femme qui s'est laissée habiter par Dieu (ce qui semble une bonne définition de la sainteté).

C'est de don total qu'il s'agit chez Jésus et chez les plus exacts, sinon les plus parfaits, de ses disciples.

Et pour nous ? Et pour moi ?

Ce don à Dieu et à ses frères, ce qui est tout un (Matthieu 22,36-39), est-il un simple idéal ? Ou devient-il une exigence absolue, jusqu'au sacrifice suprême, si l'on se prétend chrétien ?

On a souvent noté dans les vies de saints un désir de martyre, soit en allant chez les infidèles, comme Thérèse d'Avila, soit en acceptant des souffrances dues à la maladie, comme la petite Thérèse de Lisieux. Le vœu de chasteté a même été considéré par de bons auteurs comme l'adhésion à une forme de martyre. Mais cela exige une décision ferme et le courage d'un instant. Qu'en est-il du don quotidien dans la longue durée ?

Comment être fidèle, en ce domaine, au long de la pesanteur des jours, ou dans l'amertume des échecs, bref, dans la faiblesse évidente de notre humanité ?

Au delà de l'adoration d'une personne divine, unie au Père, par l'Esprit, Jésus me sert sans cesse de référence – de « maître-étalon » – pour jauger mes paroles et mes actes, ou ceux de mes interlocuteurs.

Si déjà, j'arrivais à approcher l'homme qu'il l'a été : vrai fils et vrai frère, vrai homme ne retenant rien pour lui-même, toujours vivant pour les autres. C'est difficile et à l'homme seul impossible.

Mais il est là pour encourager nos élans, corriger nos balbutiements, nous relever de nos chutes.

Il est espérance.

Albert Olivier

Publié dans Réflexions en chemin

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Le Voyageur 14/08/2013 19:44


Pour accéder à mon blog, il suffit de cliquer sur mon nom "le voyageur" figurant à la fin du commentaire...


Mais si ça ne fonctionne pas, voici l'adresse


http://alainx5.blogspot.fr


 


Sur le fond du sujet abordé, je répondrai un peu plus tard...

Albert Olivier 12/08/2013 23:56


Cher Voyageur2


Il est décidément difficile de transmette correctement ce que l'on voudrait dire et j'ai été encore maladroit. C'est d'autant plus regrettable que je suis profondément d'accord
avec vos réserves à l'égard de la souffrance et sur la responsabilité historique d'une certaine pastorale. J'ai écrit aussi, ailleurs : « Si tu rencontres une souffrance inévitable,
"vis" la, mais ne la recherche jamais ». Ce serait cela le masochisme et je l'ai souvent rencontré dans les vies de saint(e)s.


 


Ma première excuse, c'est que je suis historien et j'ai souvent tendance à situer mes mises au point "dans le temps" (j'étais "dix-septiémiste"). Je ne crois pas — à titre
personnel — que les souffrances humaines soient " voulues par Dieu " et surtout pas pour racheter quoi que ce soit. Je dois constater que longtemps l'Église les lui a "dédiées", soit comme vous
le pensez pour maintenir son"hégémonie", soit peut-être aussi (les deux ne sont pas absolument contradictoires) par cette sorte de paternalisme de ceux qui, devant un malheur, voudraient bien
faire quelque chose mais ne savent pas quoi. En tout cas, j'ai présent à l'esprit aussi, cet archevêque de Paris (P. Veuillot ?) qui, ayant subi un cancer extrêmement douloureux, pria ses prêtres
de ne plus parler de la souffrance comme ils le faisaient et lui- même s'en abstenait.


Je ne crois pas que Jésus « ait fait le choix d'être supplicié », comme vous dites. Je crois que compte-tenu de ses provocations vis à vis du Temple qui altérait le message de
Dieu, son sort était scellé ; il le savait, mais seul le maintien jusqu'au bout (c'est à dire la mort qu'on lui destinait) de son témoignage pouvait authentifier ce témoignage. Un résistant
savait qu'il risquait torture et déportation. Beaucoup ont été jusque là, sans avoir un goût masochiste de la souffrance.


Quand j'ai parlé de l'aide que cela a pu apporter à des handicapés, je n'en ferai pas un principe, je pensais à un exemple précis qui m'avait fortement interrogé pendant mon
enfance. Un ami de ma famille, profondément croyant, avait été paralysé assez jeune par le mal de Pott ; il a passé 14 ans couché dans un plâtre, répétant, malgré ses souffrances : «  Tant
qu'il y a de la vie, il y a de l'espoir ». Au bout de 14 ans (après maints soins et pèlerinages à Lourdes), il s'est levé, a pu retravailler, se marier, avoir des enfants. C'est un cas
heureux.


Je consulterais volontiers votre blog, mais je n'ai pas réussi à le trouver sur le net : pouvez-vous m'en donner les références.?   Avec amitié      
  Albert

Le Voyageur 12/08/2013 19:14


Cher Albert Olivier,


 


je vous remercie pour votre réponse.


Vous dites, à propos de la souffrance voulue par dieu (admettons "dédiée"… encore que… il faut alors avoir une bonne dose de masochisme….) : "Ça a pu aider de grands malades ou handicapés à supporter leurs douleurs en leur donnant sens ".


Peut-être certains… dans le contexte d'une religion hégémonique d'il y a 50 ans et plus… Pour ma part, étant directement concerné (grand handicapé depuis l'âge de 12 ans = fin des années 50), ce
fut TOTALEMENT contreproductif  :  A ce sujet voici ce que j'écrivais dans mon livre autobiographique, à propos de l'épreuve subie et de la souffrance intense vécue alors : 


"Plus tard j’apprendrai par un prêtre que c’est normal. Je  suis un innocent enfant qui souffre pour expier les péchés des autres, pour le rachat du Monde. Une sorte de martyr à l’insu
de mon plein gré… Merci Seigneur de tant de sollicitude. Si j’ai tout raté ici-bas, avec un tel CV je vais pouvoir faire carrière au Paradis et occuper un poste envié, genre Préfet de Division,
comme à l’école. Un poste de direction chez le Grand Saint Pierre, celui qui bosse à deux pas des appartements privés de Jésus-Christ ! J’ironise uniquement pour ne pas pleurer, ou mourir sur
place. C'est encore un peu tôt peut-être."


'"Le passage se crée")


 


Si "plus" vous intéresse, mon blog relate ces épisodes (billet N° 11 et suivants)


 


Que Jésus ait fait le choix d'être supplicié pour "sauver les hommes"… (choix incontournable semble-t-il), ne nécessite pas de devoir l'être soi-même pour être sauvé à son tour…


Et puis, "la vie" donne largement l'occasion de souffrir, sans rechercher à en rajouter.


Une religion "joyeuse" ne semble pas d'actualité (et ne le fut jamais)… si j'en crois ce que le clergé, les prélats et autres dignitaires donnent à voir…


Ça met l'espérance d'un monde meilleur à rude épreuve. Comme si elle ne devait pas être de mise pour le croyant chrétien… (que je ne suis pas.. je veux dire "chrétien") ayant rompu avec toute
religion.


comme si l'Homme n'était pas "réellement" sauvé….


 

Albert Olivier 09/08/2013 17:03


Cher Voyageur,


Je me suis sans doute mal exprimé, avec peut-être des exemples inadéquats… ou vous m'avez mal compris.


1ère remarque (historique) : le martyre chez les premiers chrétiens n'a rien avoir avec celui actuellement revendiqué par les islamistes. Dans le
premiers cas, il s'agit d'un supplice imposé à des gens qui ne croyaient pas en Dieu à la manière des empereurs romains, et en particulier qui refusaient de diviniser  ceux-ci en un culte
considéré par eux comme idolâtre, alors qu'il était incriminé par l'État comme politique. Dans l'autre, il s'agit d'un choix volontaire et délibéré, qui se présente aussi comme un " don ", mais
dont on fait payer le prix à d'autres.


L'Église a eu, effectivement, au Moyen-Âge et au XIXe siècle surtout, une période d'exaltation de la souffrance "
voulue par Dieu ", comme vous dites, ou plutôt " dédiée " à Dieu. Ça a pu aider de grands malades ou handicapés à supporter leurs douleurs en leur donnant sens ; ça a pu exprimer chez d'autres
des troubles psychiques (j'ai étudié pendant un tiers de siècle des cas de " mystiques ", qui vivaient de cette façon l'étrangeté de leur statut). J'ai lu, pendant le même temps, quantité de
manuels de confession et de direction spirituelle. La très grande majorité des directeurs de conscience mettaient en garde leurs dirigé(e)s (le plus souvent des femmes), contre les excès de zèle
en ce domaine, alors même qu'il s'agissait parfois de personnes ayant vis-à-vis d'elles-mêmes les plus sévères rigueurs de vie.


Jacques Boileau (frère de Nicolas), docteur en Sorbonne a écrit, en 1701, une Historia flagellantium, où non seulement il dénonce les abus de la flagellation, mais il
signale — avec les connaissances de son temps et une intuition prè-freudienne —  son caractère potentiellement malsain, disons, en termes contemporains : un risque de comportement "
sado-maso ".


Évidemment que Jésus — venu libérer la liberté de l'homme, dont vous m'accorderez qu'abandonnée à elle-même, elle n'est pas toujours "productive " — n'a pas
demandé cela à ses disciples. Il n'a pas cherché à souffrir (Cf sa prière au Mont des Oliviers ) ; mais son supplice paraissait inévitable, et il le savait, compte tenu de son attitude à l'égard
des autorités religieuses et politiques, dérangées par sa vie et sa prédication. Avouez, en même temps, que la Croix reste — même si on aimerait aujourd'hui en faire une anecdote
secondaire — un passage obligé et central de sa biographie. Et c'est le plus souvent le désir d'une conformité aux " souffrances de la Croix " qui a entraîné beaucoup de chrétiens à des excès
dans la recherche de la souffrance.


 


Albert Olivier

Le Voyageur 09/08/2013 11:58



Le billet pourrait s'appeler : Jésus, maître de souffrances, de douleurs et de martyre…


Mais où est donc la vie ?


Le désir de martyre a toujours eu ses zones d'ombres suspectes. Ainsi, le martyre des premiers chrétiens, (d'ailleurs largement romancé…), correspondait-il souvent à une forme de « promotion
sociale » plus qu'un acte de foi raisonné et venant du coeur tout à la fois. Quant à sa fonction « d'exemplarité » pour les païens, elle est tout aussi inexistante que l'est actuellement la
parole des défenseurs d'Allah : (  "nous, Musulmans, témoignons de la grandeur du martyre qui est illustrée dans le soulèvement de la Palestine en général et d'Al-Aqsa en particulier. Ce
genre de position ranime l'ampleur et la vertus du martyre dans le cœur de la nation Musulmane…" - Discours de l'Imam El-Haramain, Oussama Khayyat - )


 


La théorie de l'acceptation de la souffrance parce que « voulue par Dieu », me semble obsolète, et largement contre-productive. Je ne vois pas en quoi la destinée de l'homme serait la souffrance
si possible extrême et jusqu'à la mort dans les pires conditions d'horreur…


 


C'est Jésus qui veut ça ?


Alors… Je me demande si nous connaissons la même personne…