Courir sa vie : oui, mais vers où et comment ?

Publié le par G&S

 

Course-a-pied.jpgAprès l’enthousiasme et la joie de Pâque puis le souffle et le feu de la Pentecôte, l’Église nous ramène pendant le printemps et l'été dans le « temps ordinaire » : on est bien obligé de revenir à la banalité de la vie quotidienne….

Partons d’un constat : la vie “terrestre” n’est pas facile. Le Salve Regina parle du monde comme d’une “vallée de larmes ”. Et cela est malheureusement profondément vrai et douloureusement vécu pour beaucoup de peuples et, même dans des pays "privilégiés", pour bien des personnes : guerres, maladies, misère matérielle ou morale… Cette vie est aussi une plus ou moins longue course, durant laquelle nous avons, chacun à notre place, une part de responsabilité dans l’avenir du monde.

Pour évoquer les difficultés de notre parcours spirituel, saint Paul reprend souvent l’image sportive de la course. Or le problème n° 1 du coureur reste moins de gagner “à toutes forces” (celles-ci peuvent l’abandonner), mais de tenir jusqu’au bout. Si nous espérons y parvenir seuls, nous avons de grandes chances de nous essouffler, de souffrir de “claquage”, ou même de tomber. Le Christ, en bon “coach ”, non seulement nous promet de “gagner la couronne ”, comme le désirait Paul, mais il court avec nous, nous accompagne pour nous soutenir, comme certains entraîneurs courent avec leurs poulains malvoyants pour les guider.

Cependant, la course de notre vie, nous ne savons pas combien de temps elle va durer ; elle est une épreuve d’endurance. Si l’on poursuit la métaphore sportive, on pourrait dire que la vie du croyant ne saurait être le sprint d’un moment, mais bien une course de fond sur tout le parcours, sans pause et “sans assistance” humaine, parfois sans rémission. Pour ne pas perdre de vue le sens de la course, il peut être utile de faire le point au long du parcours, de se proposer un bilan des étapes parcourues, pour accroître le positif et, si possible, apurer le négatif. Les temps d’avent, de carême ou de retraite sont faits pour cela, mais on peut y procéder tout au long de l’année.

Il ne s’agit pas de pratiquer un volontarisme outrancier, ni d’afficher un optimisme béat, mais d’organiser notre effort, de le gérer afin qu’il reste tendu mais sans contracture, en privilégiant la confiance, plutôt que de multiplier les retours sur ce qui a été mal mené, nous a mis en retard sur la piste, qui risqueraient de peser trop lourd sur notre parcours. Il faut ne jamais cesser de fixer son regard sur l’arrivée, afin de ne pas oublier où l’on veut aller. Pour cela, laissons notre abandon à la miséricorde divine enterrer les illusions mortes “et les regrets aussi ”. Il ne s’agit pas de dessiner une meilleure image de nous-mêmes, mais de libérer la voie en reprenant courage et de retrouver la force de redémarrer.

Un problème, dans cette course au long cours : le stade de ce monde où elle se déroule n’est pas très bien vu par l’Église ; elle aurait tendance à condamner ou, à tout le moins, à mépriser cette “vallée de larmes ”, dont il ne faudrait attendre aucun bien. Or si le croyant n’est pas “du monde”, il est “dans ce monde” ; et s’il refuse de s’y situer, avec toutes les réserves et précautions que l’on voudra, il risque de n’être nulle part.

Si nous ne menons pas notre course sur le terrain même où elle doit se dérouler, nos performances ne pourront pas être homologuées.

Albert OLIVIER

Publié dans Réflexions en chemin

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Passant 07/07/2010 12:27



J'aime bien cette idée de courir sur les sentiers de la garrigue en plein mois de juillet .
On aurait pu aussi filer la métaphore du football, où par les temps qui courent (eux aussi !) il vaut mieux ne pas "multiplier les retours sur ce qui a été mal mené"... et ceux qui ont été
malmenés ! N'oublions pas que "pécher" c'est "rater le but"... Il y a beaucoup de pécheurs du côté de la Commanderie !
Tout le monde ne peut pas jouer dans des stades de 80.000 places ; pensons à ceux qui jouent leur vie dans les bidonvilles et les guerres...
Mais réjouissons-nous de la joie du vainqueur !


PS : pour ceux qui ne "savent pas", la Commanderie est le lieu d'entraînement des joueurs de l'équiipe de France de football.