Célébration de nos naissances

Publié le par G&S

La naissance du Christ, au hasard de la route d’un couple déplacé pour le recensement des sujets de l’empereur romain, ouvre une ère nouvelle. Non pas l’avènement d’un nouveau César éliminant celui qui est en place, mais, comme le note le Prologue de l’Évangile de Jean, les temps où tous ceux qui accueillent cette humble naissance « peuvent devenir enfants de Dieu ». Au moment où les textes évangéliques déploient la longue litanie de ceux qui, depuis Adam, ont précédé Joseph, père de Jésus, il nous est dit que cette naissance est le fruit du Oui donné par une Vierge au travail de l’Esprit en elle.

Célébrer Noël, c’est retrouver la donation première qui nous fonde et qui, par delà nos enracinements, ouvre à une fraternité universelle. Nos obsessions d’avoir et de pouvoir se voient bousculées par la procréation d’une Vierge qui chante, dans son Magnificat, un Seigneur « renversant les potentats de leurs trônes et élevant les humbles » 1. Comme l’écrivait le jésuite François Varillon : « L’Incarnation, si elle avait été éclatante et glorieuse aux yeux des hommes, n’aurait pas révélé l’Innocent. Le monde n’aurait pas manqué d’intégrer Dieu à son ordre de nuisance. Il travaille d’ailleurs sans relâche à ce que les Églises oublient de Qui elles sont le sacrement, et bien souvent, il y réussit. D’où l’actuelle méfiance à leur endroit » 2.

Il nous appartient de risquer notre propre création dans une société où l’ampleur médiatique de la production critique masque la fragilité des naissances et des commencements. Comme le note Maurice Bellet « il y a plus de courage, plus de hauteur, plus de forte pensée chez une femme qui, sachant ce qu’elle fait, ose aujourd’hui mettre un enfant au monde, que chez les grands contempteurs qui acceptent finalement d’exposer, éditer, vendre leur condamnation de l’existence ou de la société » 3.

Dans son dernier ouvrage, le potier Daniel de Montmollin  frère de Taizé, écrit : « L’homme a été créé créature créante. Cette affirmation lapidaire de Nicolas Berdiaev m’accompagne depuis longtemps. Elle donne du sens à ma vie en indiquant ce que je suis et pourquoi je suis » 4. Noël a la fraîcheur, mais aussi la radicalité de toute naissance et nous montre la voie pour notre progrès en humanité. En effet, celui-ci s’opère « selon la loi de toutes les grandes choses humaines, non en ajoutant et en ajoutant encore à l’acquis, mais par une reprise héroïque de la primitive ouverture, pour que cette naissance soit aujourd’hui dans toute sa force » 5.

Bernard Ginisty

1 – Évangile de Jean 1,52
2 – François Varillon : L’humilité de Dieu Editions du Centurion, 1974, page 99
3 – Maurice Bellet : L’Europe au-delà d’elle-même Desclée de Brouwer, 1996, page 33
4 – Daniel de Montmollin : Les Mains sur terre. Présence de la poterie. Editions HD Précursions, Auxerre 2013, page 8
5 – Maurice Bellet : L’Église morte ou vive Desclée de Brouwer, 1991 p.50

Publié dans Réflexions en chemin

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Francine Bouichou-Orsini 22/12/2013 15:27


Méditant le propos énoncé par un frère de Taizé, « L’homme a été créé créature créante », B. Ginisty évoque Noël qui présente « la fraicheur, mais aussi la radicalité de toute
naissance (…) reprise héroïque de la primitive ouverture pour que cette naissance soit aujourd’hui dans toute sa force ».
Oui, Noël 2013 projette sa divine lumière sur notre présent : pour vivre  en réalité il nous faut renaître, renaître en profondeur.
Car nous n’avons pas été créé finis, préprogrammés comme tous les autres  animaux existants. Nous avons été créé comme enfants de Dieu potentiels, libres d’adhérer ou pas au projet
divin : effectuer  la construction de notre personne propre, cheminant auprès de nos frères humains, sur la route ouverte et indiquée par Jésus.
Chacun de nos gestes doit revêtir ce sens. Il s’agit : soit de poursuivre une naissance inachevée, soit de renaître après une chute éventuelle opérée durant notre parcours terrestre, un
parcours  laborieux et difficile. Il nous appartient donc de garder les yeux ouverts, ne pas s’endormir dans des habitudes mortifères, mais renaître chaque jour pour accomplir en profondeur
cette transformation qui nous permettra de participer à l’humanité de Jésus, pour  ensuite accéder à l’universalité du Royaume éternel.
Francine Bouichou-Orsini