Ce que vous faites pour moi sans moi vous le faites contre moi

Publié le par G&S

La crise mondiale que nous traversons n’en finit pas d’être invoquée par la plupart des décideurs, pour justifier leurs difficultés et, parfois, la pauvreté du bilan de leur action. Il faut dire que cette crise touche aux évidences sur lesquelles ont vécu nos sociétés et que la plupart des dimensions de l’existence personnelle et collective se trouvent mises en question.
 
Freres-des-hommes.jpgUne telle situation appelle bien plus que de nouveaux programmes ou d’ingénieuses trouvailles budgétaires. Elle nécessite un nouveau type d’acteurs pour qui le travail d’évolution personnelle ne se sépare pas de l’engagement dans la société. Pour reprendre l’expression de René Macaire 1, il ne suffit pas d’être des militants d’une cause, mais de prendre les chemins d’une authentique mutance. C’est pourquoi les témoignages de personnes qui se sont risquées sur le terrain dans des engagements pour un autre développement mondial revêtent une grande importance.
 
Le Mouvement Frères des Hommes, créé en 1965 par Armand Marquiset pour aider à la scolarisation d’écoliers des pays en voie de développement, va rapidement rassembler plus d’une centaine de bénévoles pour s’investir aux quatre coins du monde. Plus de 40 ans après la naissance de l’association, une trentaine d’anciens volontaires se sont réunis pour faire le bilan de leurs engagements. À partir de cette rencontre, tout un travail de mémoire et d’analyse a été réalisé. Il fait aujourd’hui l’objet d’une publication.
Ces acteurs ont accepté de répondre à un questionnaire qui porte à la fois sur leur histoire personnelle et leur engagement. Comme l’écrit François Brune, un des coordonnateurs de cet ouvrage, « on ne sort pas indemne d’une pareille immersion dans l’incroyable diversité des hommes, où l’invincible espérance se mêle au tragique quotidien ». 2
 
Ces acteurs aux compétences multiples : médecins, agronomes, enseignants, artisans, comptables, horticulteur, banquier, informaticiens, sage-femme… témoignent du cheminement auquel leur engagement les a conduits : « Je l’ai vécu, écrit l’un d’eux, comme une véritable initiation qui m’a lavé de mes préjugés. En plus, j’ai reçu une leçon d’humanité et de savoir-vivre qui m’a marqué d’une manière indélébile » 3.
De ces témoignages, je retiendrai l’importance d’oublier notre fameux « time is money » occidental pour retrouver le rythme humain de toute évolution : « Ne pas se précipiter, s’assurer que le message est bien passé, rassurer, faire ses preuves. Être en vigilance permanente afin de rester humble et tenace. En un mot, RESPECTER » 4.
 
D’autre part, l’histoire mouvementée de l’association Frères des Hommes nous est racontée avec ses crises, ses tentatives de récupération politique, ses clivages. Bien loin d’être un long fleuve tranquille, la vie d’une ONG profondément engagée sur le terrain est traversée de passions, de conflits, d’analyses contradictoires. Mais elle a su maintenir le projet d’une action engagée au quotidien avec les populations.
 
Je ne saurais trop recommander la lecture de cet ouvrage à tous ceux qui veulent, fut-ce très modestement, être acteur de fraternité et d’évolution dans nos sociétés. Ils y apprendront la vérité profonde de cette phrase de Gandhi : « Tout ce que vous faites pour moi, sans moi, vous le faites contre moi » 5, car, comme l’écrit François Brune, pour être « frère des hommes », « il ne faut pas se prendre pour le “grand frère” des hommes » ! 6

Bernard Ginisty

1 – René Macaire : La Mutance, clef pour un avenir humain. Ed. L’Harmattan, Paris 1989
2 – Le Mouvement Frères des Hommes : Les acteurs témoignent. Ouvrage coordonné par Ginette STIVET, Michel PEYRAT, Bruno HONGRE, Ed. Parangon/Vs, 2011
3 – Id. page 66
4 – Id. page 89
5 – Id. page 151
6 – Id. page 10

Publié dans Signes des temps

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Pierre Locher 13/01/2012 15:41


Bonjour à tous et merci à Bernard Ginisty de nous inviter à la lecture de cet ouvrage et surtout de nous rappeler cette phrase de Ghandi sur laquelle je voudrais revenir en y ajoutant quelques
lignes qui se veulent un peu théologiques (après tout, on est sur un site chrétien).



"Tout ce que vous faites pour moi, sans moi, vous le faites contre moi."



Effectivement, en ayant ce précepte en tête, certaines ONG ou associations caritatives ne seraient pas tombées dans cette caricature de charité que l'on a vu à son apothéose avec l'affaire
inadmissible de « l'Arche de Noé ».

La phrase de Gandhi pourrait être la version indienne du dicton français : « l'enfer est pavé de bonnes intentions » et puisqu'on parle d'enfer, allons jusqu'au bout. Vouloir
« faire le bonheur » de quelqu'un sans lui, cela s'appelle l'enfer, c'est prendre le chemin exactement opposé à celui du Royaume.

Le Dieu que Jésus de Nazareth me révèle est celui qui agit pour moi, mais jamais sans moi, parce qu'il me respecte profondément dans ma liberté, qu'il veut à l'image de la sienne. Si les ONG ou
associations caritatives qui se disent d'inspiration chrétienne n'en sont pas convaincues et ne le montrent pas au quotidien, autant qu'elles ne fassent pas référence au Dieu de Jésus.

Pierre Locher