Avènement d’un capitalisme populaire ? Le roi est mort…

Publié le par G&S

Récemment, le Journal Le Monde publiait, sous le titre 115 millions d’Européens menacés de pauvreté ou d’exclusion sociale des statistiques concernant la pauvreté et l’exclusion sociale en Europe 1. On y apprend que 16% des Européens vivent au dessous du seuil de pauvreté, que 10% ont utilisé moins de 20% de leur capacité de travail et que 8% sont en état de privation matérielle grave, c’est-à-dire dans l’impossibilité de payer un loyer ou de se chauffer correctement.

Dans un dossier sur les inégalités et la pauvreté en France 2, le journal La Croix écrit ceci : « Depuis le milieu des années 2000, tous les indicateurs statistiques de mesure de la pauvreté dessinent une courbe nettement ascendante. Dans les rues de nombreuses villes les associations caritatives, dont le Secours Catholique, enregistrent une montée de la misère ainsi qu’une multiplication des travailleurs pauvres. En revanche, de nombreux économistes relèvent depuis peu la croissance spectaculaire du nombre d’hyper-riches ainsi que l’envolée de leurs revenus. Ce grand écart des inégalités représente pour certains une menace sur notre pacte républicain ».

Ainsi donc, ce que les responsables politiques ne cessent d’invoquer pour justifier leurs difficultés, à savoir « la crise », apparaît finalement comme l’inexorable montée d’une fracture sociale de plus en plus indécente que Louis Maurin, directeur de l’Observatoire des inégalités commente ainsi : « Cela fait plusieurs années que l’Observatoire dénonce la hausse des inégalités monétaires, depuis sa création en 2003. Depuis les années 2000, cet écart se creuse de façon de plus en plus préoccupante. C’est un signe de retournement par rapport à une période, commencée dans les années 1970, de réduction des écarts ».

Depuis des décennies, beaucoup de chantres de la modernité nous assurent que le libéralisme serait le nouvel horizon indépassable de notre temps. L’univers radieux passerait par une dérégulation généralisée des forces du marché qui nous arracheraient aux brumes des idéologies au profit de la seule langue universelle qui aurait du sens : l’argent.

Un des acteurs de cette aventure libérale, Pierre Dauzier, PDG du groupe Havas de 1986 à 1998, décédé en 2007, analysait avec lucidité l’inanité de ce dogme : « Cette inanité, écrit-il, je l’ai partagée. Jour après jour, je me suis efforcé de me conformer à la banalisation des idées et à l’adaptation aux schémas financiers. Car tous les schémas finissent par devenir financiers ». Et de son expérience de manager de groupe international il conclut : « Le capitalisme financier n’est pas amendable. On a pu espérer l’avènement d’un capitalisme populaire plus égalitaire. C’était un leurre. Certains l’ont agité au moment des privatisations. J’étais bien placé pour observer la promotion de cette illusion. On faisait miroiter aux petits épargnants des perspectives de prospérité. Ils se sont vite aperçus qu’ils étaient floués : le capitalisme ne récompense plus que les spéculateurs et les financiers » 3.

Bernard Ginisty

1 – 115 millions d’Européens menacés de pauvreté  ou d’exclusion sociale. In Cahier Géo & Politique du journal Le Monde des 19 et 20 février 2012, page 3
2 – Le prix des inégalités, Journal La Croix du 20 janvier 2012, pages 12-13
3 – Pierre Dauzier : Le marketing de l’apocalypse, Éditions de la Table Ronde, 1998, pages 137 et 140

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Claude Schmitt 12/03/2012 03:10


Monsieur Bernard Ginisty affirme d'une manière péremptoire la vanité de l'espoir que suscite le Capitalisme Populaire. Le Capitalisme ne récompenserait que les spéculateurs de tous bords. Ce
n'est pas exact. Moi qui le pratique depuis 40 ans j'ai vu plus que doubler ma capacité financière à l'orée de ma retraite. Ma petite marmaille suit le même chemin et investit systématiquement
tous les mois dans des portefeuilles d'opcvm diversifiés, enfants, petits enfants et déjà arrières petits enfants, quinze portefeuilles qui vont, je l'espère être suivis pendant un nombre de mois
considérable. La véritable richesse des jeunes, ce n'est pas l'argent, c'est le nombre impressionnant de mois qui les séparent de leur indépendance financière ou de leur retraite. Si la Bourse
est constamment violée de nos jours par ceux qui la prennent pour un Casino, ce n'est pas une raison pour ne pas affirmer haut et fort que la Bourse est d'abord et surtout le guichet où l'on
prend des participations dans l'activité humaine. Croyez moi, Monsieur Ginisty, vous avez tort, notre pays aurait gros à gagner à voir le Capitalisme Populaire se développer. Avec mes 40 ans
d'expérience, je peux en témoigner sans hésiter et suis prêt à m'en expliquer plus avant.