« Ami Judas »

Publié le par G&S

Baiser-de-Judas.jpgOn t’a donné, Judas, la plus basse des besognes à faire : livrer ton maître, ton ami, ton compagnon de route, celui qui t’avait choisi avec les autres. Et toi, tu t’es empressé de l’accomplir.

Dieu t’a livré à Satan pour te seconder et te conduire dans cette sale tâche, et ceci au cours d’un repas, de ce mémorial même de la Cène comme pour signifier que seul Jésus était l’enjeu de ce débat.

Toi, tu n’en savais rien. Tu n’as été qu’un rouage, qu’un exécutant. Tu n’étais qu’un homme, qu’un jouet dans les forces de l’invisible, cet invisible qui se jetait ton âme comme un vulgaire ballon de foot.

Toi, tu ne savais pas, ni le plan de Dieu sur Jésus, ni la soudaine complicité de Dieu avec Satan afin que « Les Écritures s’accomplissent ».

Toi, tu ne savais rien à part cette pulsion de mort, ce poison qu’on avait infiltré dans tes veines et qui t’a poussé à l’irrémédiable : livrer ton ami.

Tu ne pouvais pas savoir ce que tu faisais puisque d’autres tiraient les ficelles.

Jésus t’a encore appelé « Ami » avant de mourir.

« Ami », une parole d’homme, une parole d’homme à homme sur laquelle ni Dieu ni Satan n’avaient plus de prise. Tu l’avais déjà entendue cette parole de ton ami : « il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis ».

Il te l’a redite, rien que pour toi avant de mourir, à l’intérieur de ce seul mot d’Ami.

Mais il t’a dit aussi : « Fais ta besogne ». Jésus savait bien que c’était la plus vile des tâches à laquelle on t’avait astreint. Mais il savait aussi qu’il fallait que tu l’accomplisses jusqu’au bout avec l’impossibilité de t’y dérober. Il t’a dit cela sans marquer de mépris car Jésus n’a jamais méprisé personne. Il te l’a dit comme une fatalité, comme le sort inévitable de ta destinée liée à la sienne.

Judas, nous n’aurions dû retenir que ce mot d’«Ami ».

Nous n’aurions dû retenir que ces derniers mots prononcés sur la croix à l’adresse des bourreaux : «Père, pardonne-leur car ils ne savent pas ce qu’ils font », tout comme toi, Judas, tu ne savais pas ce que tu faisais.

Christiane Guès

Publié dans Réflexions en chemin

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Jean Joseph Perrier 02/04/2011 22:33



Je pense que Judas représente l'humanité qui se laisse piéger par les fausses idoles que sont le pouvoir , l'avoir, le savoir, ( Cf les tentationdu Christ) qui ne sont pas au service des autres,
de l'humanité, en particulier des petits, des pauvres etc...(cf parabole du jugement dernier )avec toutes les conséquences qu'on voit dans les choix de société qui rejoingnent ou pas l'Evangile.


cf Marc 9, 42-50 Si ta main....(avoir)   Si ton pied (pouvoir) Si ton oeil (savoir) entrainent  ta chute .....


Comme Judas on peut se tromper de chemin, ou de combat , et se laisser pièger par les forces du Mal . Mais le jugement de Dieu ne pous appartient pas, et on a raison de croire en son amour infini
et incontournable.



Karim DE BROUCKER 20/01/2011 19:50



Pierre et Christiane, grâce à vos réflexions, je recueille deux merveilles : cette citation de Robert Scholtus :

- «L'Écriture ne peut être reçue comme adresse de Dieu que dans la réponse que je lui adresse […] il n'est ni méthodes de lecture , ni techniques spirituelles pour transformer le texte de la
Bible en Parole de Dieu […]  Lire la Bible, c'est d'abord affronter le silence de Dieu »

...et cette formule de Christiane, que je trouve grandiose: "Judas que, en majorité dans l’Église, on croyait perdu pour l’Éternité, nous fait découvrir cette puissance infinie de l’Amour du
Père."

Merci, je repars avec dans ma besace deux perles du Royaume.



Le blogmestre de G&S 21/01/2011 10:19



En tant que blogmestre de G&S, je me permets d'intervenir pour vous faire part de ma joie !
Voilà le débat dont je rêvais depuis cinq ans : documenté, respectueux des autres tout en étant pugnace, avec des aller-retour entre les particcipants ; et nourrissant pour les lecteurs, comme ce
dernier commentaire en apporte la preuve...
On avait déjà eu des bonnes prémices avec le débat sur "Des hommes et des dieux".
Notre blog est sorti de l'adolescence !
Merci à vous qui le faites grandir.



Christiane Guès 20/01/2011 10:25



Je ne croyais pas déclencher autant de commentaires. Mais, c’est parfait, car ceux-ci sont autant de témoignages.
J’ai particulièrement aimé celui de Karim car il donne une explication des plus rationnelles qui soient, en rapport avec notre temps.
Une de ses phrases surtout m’interpelle : « En pareil cas, il n’y a parfois plus rien à faire, qu’à dire à celui qu’on voit partir qu’on l’aime ».
Et c’est le dernier mot de Jésus à Judas. Même dans cette parole : « C’est par un baiser que tu me trahis » Jésus éprouve une violente déception mais teintée
d’un amour infini. Il ne peut condamner Judas. Il l’a trop aimé comme disciple même s’il a laissé échapper des phrases dépassant sa pensée : « Malheur à celui par qui le fils
de l’Homme est livré etc.. »
A la suite de cette phrase, il m’est venu à l’esprit, la parabole du « fils appelé prodigue » : Luc ch. 15,11-32
Si ce fils cadet n’était pas revenu, son père aurait-il cessé de l’aimer ? Si ce même fils avait fait savoir à son père qu’il ne reviendrait jamais, qu’aurait répondu le
père ? : « Si c’est là ton désir, accomplis-le jusqu’au bout, je t’aime et ma porte te sera toujours ouverte ». Voilà quelle aurait été sa réponse.
Si ce même fils était mort d’une overdose de ses désirs, le père, dans son amour, ne l’aurait-il pas pleuré ? N’aurait-il pas gardé en lui, malgré lui, l’espérance d’aller le retrouver, un
jour, dans le Royaume de Dieu ?
Et c’est là où la condamnation éternelle devient impossible. Elle ne peut pas dépasser en durée l’intensité de l’Amour du Père.
Cette condamnation éternelle se condamne elle-même à disparaître par son caractère devenu absurde. Le Père ne va pas aimer et pleurer indéfiniment une « âme perdue en enfer ». Un peu
plus tôt, un peu plus tard, celle-ci est appelée à la rédemption, appelée à être sauvée. Il n’y a pas d’autre alternative.
Finalement, Judas que, en majorité dans l’Église, on croyait perdu pour l’Éternité, nous fait découvrir cette puissance infinie de l’Amour du Père. Car au-delà de tout mal et de ses forces les
plus destructrices, il reste cet Amour donné gratuitement et sans mesure et ceci éternellement.


Christiane Guès



Pierre Locher 19/01/2011 22:37



...suite du texte (Pierre Locher)


 


Pour en revenir à Judas, je propose à Christiane GUÈS quelques réflexions données par Jean-Claude ESLIN lors d'un colloque organisé par l'Amitié judéo-chrétienne de
France et intitulé « un homme nommé Judas » (je suis tombé dessus par hasard en rangeant une étagère encombrée ...).


 


Jean-Claude ESLIN passe en revue les textes du Nouveau Testament qui parlent – ou ne parlent pas – de Judas, et en premier – par ordre d'écriture – les lettres de
Paul, lequel ne cite jamais Judas. Il mentionne que « le Seigneur Jésus a été livré pour nos fautes » (Rm 4,24-25), mais n'éprouve pas le besoin de nommer ou désigner un traitre.
Deuxième constat : aucune mention de Judas non plus dans les actes des Apôtres.


 


Dans l'Évangile de Marc, on trouve trois mentions de Judas :




Marc 3,19 :  « et il en
établit douze pour être avec lui et pour les envoyer prêcher ...et Judas Iscarioth, celui-là même qui le livra. »




Marc 14,10-11 :  « Judas Iscarioth, l'un des Douze, s'en alla chez les grands prêtres pour leur livrer Jésus....




Marc 14,43-45 : « Au même instant, comme il parlait encore, survient Judas, l'un des Douze, avec une troupe armée d'épées et de bâtons, qui venait de la part des grands prêtres, des
scribes et des anciens …




A chaque fois, « Judas l'un des douze », soulignant la proximité de Judas avec Jésus (ami Judas), mais ni
explication , ni pièce d'argent, ni mention de sa destinée ultérieure. Mais quatre fois le mot « livrer » sans nommer qui va le livrer.


Marc 14,18-19 : «En vérité, je vous le déclare, l'un de vous va me livrer, un qui mange avec moi. » Pris de tristesse, ils se mirent à lui
dire l'un après l'autre : « Serait-ce moi ? » Jean-Claude ESLIN ajoute que ce
récit vise moins à désigner un coupable qu'à en appeler à la conscience du lecteur : « serait-ce moi ? »


 


Enfin, une véritable malédiction est prononcée : « malheureux l'homme par qui le Fils de l'homme est livré ! Il vaudrait mieux pour lui qu'il ne soit pas né, cet
homme-là ! »Mc 14,21.Jean-Claude ESLIN conclut ainsi sa
lecture de Marc : la figure de Judas ne peut être isolée d'autres figures, celles des douze qui tous abandonneront leur maitre, celle de Pierre, futur chef du groupe, qui reniera. Le fait
« Jésus a été livré par Judas » est présenté non comme une charge accusatrice, mais comme la présence du mal.


Dans l'évangile de Matthieu au chapitre 26,25 :


« Judas, qui le livrait, prit la parole et dit : « Serait-ce moi, rabbi ? » Il lui répond : « Tu
l'as dit ! »


Le récit ne vise plus à responsabiliser un disciple, mais à désigner un traitre. Mais surtout certains épisodes
changent l'atmosphère du récit :




l'initiative des grands prêtres de proposer le salaire de la trahison (26,15).




Matthieu introduit un épisode où Judas revient vers les grands prêtres, jette l'argent, et va se pendre. Le
parallèle avec Pierre s'impose : l'un pleure et reviendra, l'autre désespère et se pend.




L'Évangile de Matthieu est écrit pour des judéo-chrétiens en conflit ouvert avec le judaïsme rabbinique. Ces traditions
supplémentaires ne sont pas innocentes, elles sont anti-juives et s'inscrivent dans la l'accentuation polémique de cet évangile.


Le récit de Marc, éveillant la responsabilité personnelle, devient ici, récit à charge, suscitant émotion et
haine.


Dans l'Évangile de Luc, il est à noter l'introduction théologique de Satan comme
acteur : « Et Satan entra en Judas appelé Iscariote, qui était du nombre des
Douze... »


Jean fait lui aussi intervenir le diable : 
« « N'est-ce pas moi qui vous ai choisis, vous les Douze ? et cependant l'un de
vous est un diable ! » Jn 6,71.


Puis en 13,2 :  « Au cours d'un repas, alors que déjà le diable avait jeté au cœur de Judas Iscariote, fils de Simon, la pensée de le
livrer...


et 13,26-27 : « Sur ce, Jésus prit la bouchée qu'il avait trempée et il la donna à Judas Iscariote, fils de
Simon. C'est à ce moment, alors qu'il lui avait offert cette bouchée, que Satan entra en Judas...


Jean-Claude ESLIN conclut : « chacun des auteurs a une perspective, il choisit, infléchit, ajoute...Nous n'avons
pas à craindre de reconnaître ce qu'il y a d'humain, trop humain dans nos sources religieuses. »




Pierre Locher 19/01/2011 22:34



 


Je ne réponds pas directement à Christiane GUÈS (pardon pour l'accent aiguë de mon premier envoi) et à Albert OLIVIER, le texte de Karim de BROUKER me paraissant
assez complet et en accord avec ma vision, mais je voudrais soulever un point qui me parait important, le statut des Écritures, ensuite je lancerai un pont - car nos désaccords persistent - par
l'intermédiaire d'un article de Jean-Claude ESLIN, trouvé par hasard.






« il y a des choses dérangeantes dans les Écritures et il ne serait pas honnête de s’en débarrasser sous prétexte
qu’elles nous gênent. »


Qu'il y ait des choses dérangeantes dans les Saintes Écritures, c'est une évidence et on serait tenté de dire : heureusement. Mais chercher à tout prix à expliquer
la moindre phrase ne me paraît pas très raisonnable pour plusieurs raisons.


Tout d'abord, ces textes ont été écrits il y a environ 2000 ans pour les plus récents, dans une autre langue (avec parfois plusieurs traductions successives) , dans
une autre culture : que l'on ne comprenne pas tout semble assez normal, et l'utilisation de plusieurs traductions peut parfois aider.


La Bible nous introduit au mystère de Dieu et au mystère de l'homme : on n'aura jamais fini d'en faire le tour. Le christianisme n'est pas une religion du livre,
comme on l'entend souvent, mais une religion du mystère de l'Incarnation de Dieu (le Tout Autre se fait proche de l'homme). Et en cela, il est la religion du mystère de l'Alliance entre Dieu et
l'homme. Cette histoire (sainte) décrite dans la Bible ne cessera jamais de nous étonner , de nous déranger, et tant pis si certains passages nous restent obscurs...allons au chapitre suivant. Ce
n'est pas s'en débarrasser, c'est attendre un moment plus favorable pour y revenir.


Comme le suggère Francine BOUICHOU-ORSINI, la lecture exclusivement littéraire est un piège et j'ajouterai que la seule exégèse ne donne pas de piste permettant la
compréhension du texte biblique. C'est la tendance que je rencontre dans certains groupes de travail bibliques, la « seule écriture » selon la formule de Luther. Il n'y a, pour moi,
qu'une lecture théologique possible, sinon on peut faire dire n'importe quoi au texte et c'est ce que je reproche un peu aux analyses, mêmes si elles sont parfois intéressantes, de la
psychanalyste Marie BALMARY.


Enfin, dernière chose, et je vais peut-être paraître provocant, ne sacralisons pas les Écritures : on parle à juste titre de Saintes Écritures, pas de Sacrées
Écritures et, pour moi et je ne suis pas le seul, le texte biblique n'est pas la Parole de Dieu. La Bible est avant tout le témoignage écrit de la foi que des hommes et des femmes ont mis dans le
Dieu d'Israël d'abord, puis dans celui de Jésus, et ce témoignage est un trésor. Les prophètes ont témoigné de la Parole de Dieu, parce que dans un premier temps, ils y ont répondu : pas de
Parole de Dieu sans réponse de l'homme, encore une fois, il s'agit d'une Alliance.


 


«L'Écriture ne peut être reçue comme adresse de Dieu que dans la réponse que je lui adresse […] il n'est ni méthodes de lecture , ni techniques spirituelles pour
transformer le texte de la Bible en Parole de Dieu […]  Lire la Bible, c'est d'abord affronter le silence de Dieu » Robert SCHOLTUS , ancien
supérieur du séminaire universitaire des Carmes.


 


« La Parole de Dieu, ce n'est pas les Écritures dans leur textualité, mais ce fruit de lumière que les mots et les
images de la Bible, tombés dans l'humus d'une existence, produisent « . Marie-Christine BERNARD,
théologienne.


 


Pierre Locher (Puy-de-Dôme)


à suivre...



Karim de Broucker 18/01/2011 11:16



Suite du commentaire de Karim de Broucker


Sur un autre plan, il faut aussi se rappeler que ce n’est pas Jésus qui a écrit les Évangiles, mais qu’il s’agit de mémoriaux catéchétiques et iconographiques inspirés, traversés et
employés par l’Esprit certes, mais également passés au presse-purée d’esprits d’hommes modelés par toutes sortes de cultures, d’intentions et de catégories narratives et théologiques déterminées.
Jésus c’était quelque chose de très simple, de très pauvre. Comme nous tous il a été tenté ; et on comprend que son aura lui ait fait caresser des ambitions bien humaines, car il était aussi,
véritablement, homme.


Mais que le Diable se soit présenté à lui, l’ait conduit au sommet du Temple, etc., que des badauds (allons jusqu’au bout) aient pu s’exclamer : « Oh regardez, Jésus et Satan sont
sur le pinacle du Temple ! mais qu’est-ce qu’ils fabriquent ? », c’est évidemment absurde. Ces récits – l’exégèse le montre depuis deux siècles –, s’ils contiennent bien sûr nombre
de paroles et d’actes authentiques du Nazaréen, sont avant tout des reconstructions employant des matériaux littéraires mythiques, tout comme certains passages de la Bible beaucoup plus anciens
(la négociation secrète Dieu-Satan dans Job en est un exemple).


Les « il fallait que » sont des structures de relecture bien identifiées, formules forgées par des hommes pour saisir et démontrer à leurs auditoires le sens des prophéties dans
les événements de la vie du Christ. Nous-mêmes faisons cela en permanence lorsque nous mettons en relation l’Écriture avec nos vies. N’en faisons pas une lecture fondamentaliste qui fait de Dieu
un auteur littéraire : Dieu n’écrit pas nos vies avec l’Écriture, mais c’est nous qui écrivons l’Écriture à partir de nos vies et de ce que nous pensons y découvrir de Dieu. Cela n’enlève
rien au génie et à la puissance de ces récits : si ce ne sont pas des récits journalistiques ce sont des œuvres littéraires qui, comme tous les chefs d’œuvres, rendent témoignage à la
Vérité.


Ainsi l’histoire de la trahison me semble être la banale histoire d’un homme qui était des disciples sans toujours en être, un homme pris de doutes sur la messianité de son maître, et qui
comme mille autres, de tous temps, a cédé à l’attrait de l’or. Rien d’un quelconque plan divin ici, mais la faiblesse immémoriale des fils d’homme suivie d’un remords terrible dans la lucidité
des lendemains d’ivresse… Le vertige d’un homme happé par cette « joie de descendre » dont parlait Baudelaire. Pour moi son comportement ne fait donc guère de mystère si l’on ne craint
pas de regarder en face la liberté de cet homme dans tout son drame mais aussi, oui, même ici, dans toute sa grandeur. D’où vient cet attrait pour le mal est une autre question ; en tous cas
Dieu n’en est pas l’agent, qui nous appelle à la plénitude de la vie, et pas au vide de la mort !


Et pour revenir à l’acte de Judas, on sait bien qu’en pareil cas, il n’y a parfois plus rien à faire qu’à dire à celui qu’on voit partir qu’on l’aime. S’il est une chose contre laquelle
Dieu ne peut rien, c’est notre liberté.


En revanche, il faut aussitôt dire que si Dieu « n’est pas ami du mal », qu’il ne le prévoit ni ne le stimule, il a la puissance d’en tirer parti pour le « retourner en bien » :
c’est la résurrection.


Alors Judas est-il sauvé ? Je n’en doute pas, mais pour une autre raison : pour celle que je ne puis imaginer homme raisonnable se détourner de la Vraie Lumière une fois qu’il l’aura
vue. Et puis que serait le Banquet du Royaume si un seul y manquait ? Un Enfer.


 


Pourtant je crois aussi qu’en effet, mais dans un sens différent, Judas n’avait pas la « pleine responsabilité de ses actes ». Qui peut prétendre en jouir pleinement ? Influent sur nos
décisions tous les conditionnements dont nous avons pu être les victimes : ceux de notre enfance, de notre éducation, des courants de pensées de nos sociétés et de ceux de l’histoire. De ceux-ci,
pour le coup, le Fils de l’Homme vient nous délivrer : il nous apprend à devenir des hommes et des femmes debout, qui prennent le risque de penser, d’inventer et de créer. Et ici il a en
effet besoin de collaborateurs : nous-mêmes ; dans la construction du Royaume, celui de l’Humanité libérée du mal, Dieu a besoin de notre aide.


Karim DE BROUCKER



Karim de Broucker 18/01/2011 11:16



Avant tout, et cela a été souligné dans les commentaires, il faut recevoir le beau texte de Christiane comme ce qu’il est surtout je crois : une méditation poétique.


Mais sur le fond j’avoue être avant tout gêné par la présentation de Judas comme un rouage, un exécutant. Il me semble que c’est servir celui-ci d’un bien mauvais plaidoyer que de lui
dénier « la responsabilité de ses actes », car cela présente le risque de faire à Dieu un procès pire encore et, partant, ne pas respecter l’homme — donc aussi Judas — en ce qu’il a de plus
grand : sa liberté pleine et entière.


Ainsi, « si le Christ nous a libérés, c’est pour que nous soyons vraiment libres ». Mais si Dieu « intrigue » en coulisses avec les puissances de destruction et de
mensonge pour orienter nos actes, nous ne le sommes plus du tout : nous voici jetés dans un monde où l’on ne peut faire confiance et mettre sa foi en personne, surtout pas en Dieu ! mieux vaut
alors se fier aux hommes, et comme il faut comprendre les athées qui rejettent de toutes leurs forces un Dieu pareil ! il s’agit alors d’un dieu grec inconséquent manipulant sans conscience
hommes, éléments, batailles et amours. C’est le Dieu pervers de Maurice Bellet, un dieu « diabolique » au sens étymologique du terme, qui s’interpose entre l’homme et l’Homme. Le monde
perd toute consistance : tout doit être soupçonné. Quel malheur : car on n’est heureux que libre. Et puis quel vertige ! Jusqu’où doit-on aller sur ce chemin ?


Alors les génocides eux-mêmes, peut-être, pourraient être des « moindres maux » obscurément favorisés par Dieu en vue d’un plus grand bien ? Comme le disait Tolstoï, il
faudrait préférer l’Enfer à un Paradis de ce Dieu-là.


Répétons-le : Dieu n’est pour rien dans le malheur de l’homme, il n’est ni de près ni de loin complice des forces obscures : « Je suis venu pour que les hommes aient la
Vie ». Remémorons-nous l’attitude du Christ face au mal :


- Il le soulage, il guérit, il soigne, il apaise.
- Il pleure le malheur ou l’échec des hommes.
- Il avertit que tout « Royaume divisé s’écroule »
- Il demande à ses disciples de prier pour ne pas entrer en tentation.
- Il se cabre de tout son être devant la mort la souffrance à laquelle il s’attend (il ne priait pas Dieu de lui « envoyer des croix ! ») et prie par trois fois son Père de la lui
épargner.


À suivre…



René Guyon 17/01/2011 17:39



Puis-je faire un peu de publicité personnelle et vous inviter à lire un article que j'ai publié il y a quelque temps : Si Judas avait été Juda... ?



Albert Olivier 17/01/2011 16:28



A Pierre Locher


J’aime beaucoup le texte de Christiane Guès. Je trouve son analyse de texte intéressante et poétique, même si elle pose effectivement —indirectement— le
problème du Mal. Sur la compréhension de ce problème majeur de la création, l’homme s’excite depuis son origine, jusqu’à en faire parfois (dualisme) un “autre Dieu”, un Dieu “noir”, dont la lutte
avec le Dieu-amour ponctue l’histoire humaine.


Il n’est pas logique à la fois de désigner Dieu comme le “Tout autre”, ce qu’il est forcément par rapport à nous [le lien organique restant Jésus, si l’on
croit vraiment  qu’il est “vrai Dieu et vrai homme”], et vouloir enfermer ce même Dieu-tout-autre dans le cercle forcément restreint de «celui auquel j'ai envie de croire», et qui
peut être une idole. Comme dit Christiane dans son commentaire à votre commentaire, il y a des choses dérangeantes dans les Écritures et il ne serait pas honnête de s’en débarrasser sous prétexte
qu’elles nous gênent.


Qu’il puisse y avoir “complicité entre Dieu et Satan”, outre le témoignage de la tentation du Christ au désert qu’elle cite, il faut ajouter le livre de Job,
où —à notre étonnement— s’établit un “contrat” de fait entre Dieu et Satan, au moins le temps d’un pari.


La “vocation” de Judas était sans doute de faire que s’accomplissent les Écritures, c’est ce que suggèrent les évangiles. Là où sa liberté est en cause, c’est
avec son suicide. Son “amitié” pour Jésus n’allait pas jusqu’à espérer le pardon d’un acte dont il mesure la gravité au moment où l’irrémédiable semble se produire : arrestation, procès,
condamnation de Jésus. Son tort : ne pas avoir attendu le Résurrection qui l’aurait libéré de sa culpabilité, mais était-elle si prévisible que cela ? En sommes-nous profondément persuadés
nous-mêmes tous les jours ? Si saint Paul dit que, « sans elle, notre foi est vaine», c’est que parmi les premiers chrétiens, il devait y voir discussion et hésitations à ce
sujet.


Albert Olivier




Francine Bouichou-Orsini 17/01/2011 14:26



Je me permettrai d’ajouter un mot au commentaire de P. Locher avec lequel je suis d’accord.
La question que soulève Christiane Guès ne se limite pas à la personne de Judas et à l’exercice de sa liberté. Elle pose, de fait, un problème, énorme et insondable (actuellement, à notre échelle
temporelle). Le problème du mal, coexistant avec la foi en un Dieu-Amour, créateur d’un homme doté de liberté. On  ne peut continuer à en débattre indéfiniment, sur le plan
choisi : l’analyse « littéraire » des textes de l’A.T. et du N.T.
Ce problème renvoi à une recherche théologique, difficile,  soutenue elle-même par l’analyse de l’Ecriture. Cette dernière est constituée par la collection  de
représentations portant sur des signes ou des interventions de Dieu (Yahvé ou Jésus). Ces représentations sont  FORMULÉES par des hommes (croyants, prophètes, apôtres) qui ont
recueilli et retransmis ces indices, avec les moyens dont ils disposaient alors.
Francine Bouichou-Orsini



Christiane Guès 17/01/2011 08:50



D’abord merci pour ce commentaire à mon petit article.


Je n’ai pas voulu faire de l’humour, pas avec ce sujet là. J’ai, moi aussi, du mal à croire que Dieu s’est ligué avec
Satan pour perdre Judas afin que Jésus puisse aller jusqu’au bout de sa mission et certaines paroles des Évangiles me gênent beaucoup. Je n’ai pas voulu faire de la provocation, non plus.
Cependant, trop souvent, on écarte ce qui nous dérange dans les Évangiles, ce n’est pas très honnête. Ce que j’ai dit dans cet article ne sont ni des affirmations, ni des hypothèses mais c’est
seulement une recherche d’après les textes. Je vais donc essayer avec leur aide, d’éclairer le fond de ma pensée.


Dans le texte des « tentations au désert » nous lisons dans Matthieu 4,1 : « Alors Jésus
fut emmené au désert, par l’Esprit, pour être tenté par le diable ». Dans Luc 4,1 : « Jésus était mené par l’Esprit tenté par le diable ». Ne
pouvons-nous pas voir là une entente préalable entre l’Esprit et Satan ? Où alors, comment doit-on lire cela ? : Jésus éprouve le besoin de faire une retraite dans le désert et là,
il se trouve confronté à diverses tentations. Si on enlève le rôle de l’Esprit, n’importe quel chrétien et même n’importe quel être humain peut faire cette expérience. Alors, à ce compte là, un
Jésus « fils de Dieu » est-ce utile ? Un Jésus uniquement homme et hautement prophète suffit.


Or, dans Luc 4,13, il est dit : «Le diable s’éloigna de lui (de Jésus) jusqu’au moment
favorable » c’est-à-dire jusqu’au verset 22,3 : « Or Satan entra dans Judas appelé Iscariote ». Là, Satan vient de trouver en la personne de Judas le
moment favorable pour perdre Jésus et c’est Judas qui en fait les frais.


Dans Jean 13,26-27 je lis : « Trempant alors la bouchée, il la prend et la donne à Judas.
Après la bouchée, Satan entra en lui ». Or ce dernier repas est certainement la Cène et Satan se glisse même à l’intérieur de ce repas à caractère sacré.


Je lis encore Jean 17,12 : « J’ai veillé et aucun d’eux (les disciples) ne s’est perdu sauf
le fils de perdition afin que l’Écriture fût accomplie » Judas est lui aussi appelé « fils » cela veut dire qu’il y a une ascendance, une lignée que je
comprends comme une prédestination.


Et encore : Matthieu 26,54 : « Comment alors s’accompliraient les Écritures d’après
lesquelles il doit en être ainsi ? » Marc 14,49 : « chaque jour j’étais dans le Temple et vous ne m’avez pas arrêté. Mais c’est pour que les Écritures
s’accomplissent ». Le « Mais c’est » c’est quoi donc ? La trahison de Judas, à mon avis.


Je n’ai pas parlé de collaboration entre Dieu et Satan contre l’homme en général mais seulement contre Judas. Si l’on
considère que Jésus est réellement « Fils de Dieu », il y a une prédestination à la fois sur Jésus et sur Judas car le rôle de celui-ci est indispensable pour l’accomplissement
des Écritures. C’est dit dans les Évangiles synoptiques et dans l’Évangile de Jean. Je n’ai pas lu les apocryphes. Jésus agit en homme libre soit, mais à l’intérieur de la liberté du Père. De
même pour Judas pris dans les filets de Satan, le rôle de celui-ci n’étant pas minimisé.


Je ne crois pas à une réelle concertation entre Dieu et Satan. Je crois simplement que Dieu a laissé faire Satan. Mais ce
« laisser faire » fait penser à une complicité. Il fallait absolument que Jésus aille jusqu’au bout de sa mission (même si celle-ci était de révéler au monde qui était le
Père). Il fallait que les Écritures s’accomplissent. Jésus le redit encore aux deux disciples d’Emmaüs après sa résurrection : Luc 24,26 : «ne fallait-il pas que le Christ
endurât ces souffrances pour entrer dans sa gloire ? » Et verset 27 : «Il leur interpréta dans toutes les Écritures ce qui le concernait ».


Jésus se dit lui-même « Fils de
l’Homme » et non « Fils de Dieu ». Personnellement je préfère croire à ce Jésus
« fils de l’Homme ». Il est venu pour répandre une « Parole d’Amour » unique, à la dimension de l’Éternité mais il a rencontré la mort au cours de sa mission.


Malgré ces quelques phrases citées ci-dessus mais restant assez ambigües dans les Évangiles, cette « Parole
d’Amour » nous projette dans la Vie Éternelle à laquelle je crois pour tous, sans exception, même pour cet homme appelé Judas. C’est un peu pour cela que j’ai écrit cet article
« Ami Judas ».


Christiane Guès



Pierre Locher 15/01/2011 20:32



 


En lisant ce texte, je me suis demandé si Christiane Gués voulait faire de l'humour ou...un peu de provocation, mais après tout, s'il s'agit de provoquer une réponse, je suis prêt à répondre en
disant mon désaccord avec certaines de ses affirmations ou hypothèses.


Ce n'est pas l'expression "ami Judas" qui me gène le plus, mais une certaine vision du Dieu de Jésus-Christ. Après tout, ce n'est pas à nous de juger à la place du Tout Autre s'il pardonne ou non
à Judas sa trahison, et je suis certain qu'il lui aurait pardonné, mais à une seule condition, c'est que Judas ...demande ce pardon. Ce qui a condamné Judas, c'est le fait qu'il n'ait pas cru
dans l'amour divin capable de pardonner au delà de ce que l'homme peut imaginer, et il en est mort. Pour continuer le parallèle entre Jésus et Judas, Jésus est mort du fait des hommes , Judas est
mort de son propre fait et ni l'un, ni l'autre ne sont morts du fait de Dieu !


Les phrases qui me mettent mal à l'aise, voire qui me choquent, je n'hésite pas à le dire, ce sont d'une part, les allusions à une « collaboration » entre Dieu et satan :
« Dieu t'a livré à satan... » ou «  la soudaine complicité de Dieu avec satan ...», d'autre part l'espèce de prédestination
sous-jacente concernant la vie de Jésus.


 


Le Dieu de Jésus-Christ, celui auquel j'ai envie de croire, ne peut pas collaborer avec le mal, c'est même tout le contraire, Il est là pour aider l'homme à en sortir : c'est le sens du mot
salut. Si l'homme doit être sauvé, c'est qu'il est en perdition, et l'origine de cette perdition, c'est le mal.


Comme le disent si bien certains théologiens, si Dieu est offensé , c'est parce le mal atteint sa créature, l'homme :


« Dieu et nous avons le même adversaire, le démon, et cela nous réunit très fort. »(Adolphe GESCHÉ)


Alors passer d'une alliance entre Dieu et l'homme contre le mal à une collaboration entre Dieu et le Démon contre l'homme, si c'est de l'humour, ce doit être de l'humour ...très noir !


 


Quant au plan de Dieu sur Jésus, je me demande bien de quel nature il peut être. Dieu est-il un planificateur ? Le seul plan qu'on lui connaisse, c'est le salut de l'homme, avec tous les hommes
et si Jésus avait une mission, ce n'était certainement pas de se faire pendre à une croix « grâce » à la trahison d'un de ses disciples. Après la redécouverte de certains textes
apocryphes, on a entendu dire que, sans Judas , Jésus n'aurait pas pu accomplir sa mission...Mais quelle était la mission de Jésus , sinon révéler qui était son Père.


 


Dieu n'est pas un marionnettiste, il ne manipule ni Judas , ni les hommes, encore moins Jésus. Il veut un homme libre, à son image et à sa ressemblance , et le premier à l'accomplir, c'est Jésus
son Christ. J'avoue avoir beaucoup de mal avec le Dieu de Christiane Gués, même si c'est un Dieu...humoristique.


 


Pierre Locher (Puy-de-Dôme)