Adam, Judas… deux frères ?

Publié le par G&S

Genèse 2,8 : « YHWH Dieu planta un jardin en Éden, à l’Orient, et il y mit l’homme qu’il avait modelé » 2,15 : « YHWH prit l’homme et l’établit dans le jardin d’Éden pour le cultiver et le garder ».

« Le garder » ! L’homme devient prisonnier d’un bonheur imposé : le jardin d’Éden.

Et l’homme va répondre à Dieu que même une forme de bonheur ne doit pas lui être imposée car sa liberté va jusque là. Et le premier interdit qui se trouve dans le jardin, l’arbre de la connaissance du bien et du mal qu’il ne faut pas manger, Adam va le transgresser. C’est l’inévitable. Si l’on crée un être libre, tôt ou tard celui-ci va aller jusqu’au bout de sa liberté.

C’est aussi ce que Jésus dira à Judas (Jean 13,27) : « Ce que tu fais, fais-le vite » c’est-à-dire : Va jusqu’au bout de ton projet, va jusqu’au plein accomplissement de ce que tu crois, même si cela me condamne. Ainsi Jésus le responsabilise.

Adam rejette ce bonheur imposé du jardin d’Éden comme Judas rejettera la joie d’agir avec ses frères dans leur fidélité à Jésus. Il refuse cet enfermement dans ce bonheur imposé par l’amour et lui préfère l’ombre de la trahison, comme Adam a préféré l’ombre de la séparation d’avec le jardin d’Éden. L’acte de Judas présente une certaine similitude avec celui d’Adam.

On a prêté à Dieu des paroles de malédiction envers le serpent et de châtiment envers l’homme Adam (Genèse 3,17.19) : « … maudit soit le sol à cause de toi [] car tu es glaise et tu retourneras à la glaise ». Comment n’aurait-on pas pu prêter des paroles de malédiction de la part de Jésus envers celui qui le livre ? Matthieu 26,24a : « Malheur à cet homme-là par qui le Fils de l’homme est livré » même si ce verset contredit le « Ce que tu fais, fais-le ».

L’existence d’Adam dans le jardin d’Éden devient contestable. Le sol qui va le porter et lui donner des moyens de subsistance est maudit. Il est condamné à la mort biologique : « Tu retourneras à la glaise ». L’existence de Judas est de même contestée (Matthieu 26,24b) : « Mieux eût valu pour cet homme-là de ne pas naître ».

De plus, Adam se cache de YHWH après sa transgression. La confiance de Dieu est trahie et Dieu le bannit. Adam part vers son destin : la terre.

Judas, après avoir jeté dans le sanctuaire les pièces d’argent de sa trahison, se retire. C’est comme s’il se cachait lui aussi. Il a trahi la confiance de Jésus en lui. Il a livré le sang innocent. Il accepte sa condamnation qu’il s’inflige lui-même. Matthieu dit qu’il alla se pendre.

Pourtant Dieu n’abandonnera jamais Adam (l’homme). Peut-on penser que Jésus puisse abandonner Judas ? Lui dire en quelque sorte : « Fais comme Adam, utilise ta liberté puisqu’elle t’a été donnée, utilise-la même si elle se retourne contre moi et contre Dieu lui-même », est-ce pour condamner définitivement Judas ?

Il est curieux de constater que l’évolution de l’homme conduisant à la venue du Fils de Dieu, à sa mort et à sa Résurrection, surgit d’une transgression.

Satan (le mal, le serpent) accomplirait-il à son insu l’œuvre de Dieu ?

Cette liberté qui sépare, qui divise, qui est l’ultime chaînon qui relie au mal et à la mort, est-elle la coupure définitive d’avec la vie, d’avec la vraie vie ?

Tout s’est mal terminé pour Judas comme pour Adam. Mais tous deux revendiquent ce titre d’homme qui les sépare du bon et du bien mais qui les rend libres, libres de se perdre même dans la souffrance et dans la mort, libres du choix du néant.

Et paradoxalement c’est cette même liberté qui les sauve car elle leur conserve ce germe de vraie vie qui fait d’eux des êtres responsables sous le regard éternel de Dieu.

Christiane Guès

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francoisjean 05/09/2013 11:00


« …mais c’est toujours sous le regard de Dieu-Amour… »


 Lors de la retraite qu’il a prêchée au Vatican en 1972, sur la demande de Paul VI, le père Maurice Zundel
posait la question suivante à tous les prélats rassemblés: « De quel Dieu parlons-nous et à quel homme ? ».


 Avons-nous bien conscience que c’est bien de NOUS dont il s’agit, et non de spectateurs de pièce de
théâtre dont les acteurs joueraient plus ou moins bien leur rôle sous l’œil vigilant de critiques cyniques et sans scrupules….


 Et c’est bien « sous le regard de Dieu-Amour » que Jésus voit s’éloigner le jeune homme riche
qui a préféré garder toutes ses « richesses » pour lui (pécuniaires, intellectuelles, cérébrales…), plutôt que de les utiliser pour devenir « Christ » pour les autres !
(CF l’évangile des talents (Mat 25 :14-46).


C’est bien « sous le regard de Dieu-Amour » que Jésus, en croix, répète
inlassablement : « Père, pardonne–leur car ils ne savent pas ce qu’ils font. »(Luc 23 :34), ou, dans (Luc 23 :40-43) :


« 40  Mais l’autre le reprit en disant : « Tu n’as
même pas la crainte de Dieu, toi qui subis la même peine !


« 41  Pour nous, c’est juste : nous recevons ce que nos
actes ont mérité ; mais lui n’a rien fait de mal. »


« 42  Et il disait : « Jésus, souviens–toi de moi
quand tu viendras comme roi. »


« 43  Jésus lui répondit : « En vérité, je te le
dis, aujourd’hui, tu seras avec moi dans le paradis. » (Je note ce mot « aujourd’hui », et non à la fin des temps !!)


C’est bien « sous le regard de Dieu-Amour » que Dieu nous parle personnellement, constamment, tout au
long de notre vie, sans aucune interruption, par la voix de nos frères, par les situations dans les quelles nous sommes,  que nous les ayons voulues
ou non. Il a besoin de chacun d’entre nous pour diffuser sa Parole : 


« … 14  Dieu dit à Moïse : « JE SUIS QUI JE SERAI. » Il dit : « Tu parleras ainsi aux fils
d’Israël : JE SUIS m’a envoyé vers vous. »(Exode 3 :14).


 Une petite histoire pour illustrer ce propos.


Imaginez un petit village, au creux d’un vallon, au bord d’une petite rivière paisible. Une petite église le
domine du haut d’une petite colline. Tout respire la joie de vivre jusqu’au jour ou un terrible orage, accompagné de pluie diluvienne, entraîne une brusque montée des eaux. La solidarité »
est effective, mais un homme, voulant sauver sa peau, se précipite dans l’église et répète inlassablement: « Seigneur, sauve moi …..». Un ami l’interrompt et lui demande de venir
l’aider à sauver une famille en difficulté sur un toit. Il le rembarre brutalement et choisit de continuer sa prière. L’eau monte en bouillonnant et atteint le parvis de l’église. Une barque des
pompiers vient le chercher pour le mettre à l’abri. Même réponse. Mr le curé, venu chercher le St sacrement lui propose de venir avec lui. Même réponse. L’eau monte toujours et le clocher,
fragilisé par de récentes tempêtes s’écroule.


Notre homme arrive furieux devant St pierre, reprochant à Dieu sa totale indifférence. Alors, il entend une voix
triste et douce lui dire : « Mon petit, regarde bien ta vie, Je t’ai envoyé 3 personnes pour répondre à ta prière, mais tu ne les a même pas écoutés…maintenant, un fossé énorme
nous sépare….


Dieu n’est pas un plaisantin qui fait semblant de nous aimer. Chacun de nos choix nous engage pour
l’éternité.


Que faire d’une « liberté » qui ne conduit pas à une libération » souligne Maurice
Zundel

Francine Bouichou-Orsini 02/09/2013 11:19


Je relève une possible dérive dans les commentaires de certains d'entre nous (Pierre Locher et Fanfan) , à propos du mot "prisonnier", utilisé dans mon propre commentaire n°19 :
    - Dans ce commentaire n°19,  je ne voulais pas caractériser la situation de l’homme : tel un prisonnier, placé face à son Dieu créateur, comparable à un geôlier…
                        - Je voulais, plus spécifiquement et à propos de notre longue discussion,
dénoncer ses prétentions visant à conclure définitivement un problème aussi complexe. Mon intention consistait simplement à rappeler, opportunément, les limites de nos représentions actuelles
liées au temps et à l’espace.
Francine Bouichou-Orsini

Pierre Locher 01/09/2013 15:55


 


Jean BASTAIREnous a
quittés il y a quelques jours. Quel rapport avec notre débat ? Jean BASTAIRE était un grand admirateur de François d'Assise (je pense qu'il a du être comblé par l'élection du dernier pape)
et un précurseur de l’intérêt de certains chrétiens pour l'écologie. On ne sera pas forcément d'accord avec lui sur certains aspects de sa pensée (la notion d'écologie chrétienne peut être
largement contestée), mais il a contribué sans doute à un éveil des chrétiens sur le sujet et surtout au renouveau de la théologie de la Création : pour lui, la promesse de salut n’est pas destinée à l’homme seul, mais à l’ensemble de la Création dont il est
responsable. Nous revenons au thème du salut dont il a été question dans ce forum.


 


Mais, autre raison de rendre hommage à cet homme, il était un grand admirateur de Charles PÉGUY qu'il a fait connaître à
travers plusieurs ouvrages dont : Péguy tel qu'on l'ignore paru en poche. Je tire de ce petit livre qui rend compte de toutes les facettes de l'homme PÉGUY
cette courte phrase écrite le 1er aout 1914 quelques jours avant sa mort sur le front :


« Il y a cette liberté de l'homme qui est une pièce essentielle de l'opération du salut et qui s'articule hermétiquement sur la gratuité de la grâce : Dieu veut être
aimé librement. »


 


Nous sommes bien dans le sujet entamé par Christiane GUÈS.


 


Ce même jour, il écrivait aussi :


« Pour la première fois dans l'histoire du monde, l'argent est maitre sans limitation ni mesure. Pour la première
fois dans l'histoire du monde, l'argent est seul en face de l'esprit. Pour la première fois dans l'histoire du monde, l'argent est seul devant Dieu ».


 


PÉGUY visionnaire ou prophète ? De toute évidence, prophète oublié de nos concitoyens et oublié de nos
églises !


 


Mais je m'éloigne du sujet...


 


Pierre Locher


 


 

Guès 31/08/2013 19:07


Nous avons conscience de savoir de quel côté se trouve ce qui est juste et bien,
n’avons-nous pas tous mangé de l’arbre de la Connaissance ?


Mais chez celui (ou celle) qui choisit le côté opposé, cette
conscience est peut-être voilée. Si elle ne l’est pas et qu’il (ou elle) prend résolument le chemin opposé, il (ou elle) affirme sa liberté et son droit de prendre ce chemin là. Il (ou elle)
devient entièrement responsable de son refus mais c’est toujours sous le regard de Dieu-Amour.


N’oublions pas que Judas, avant de se suicider, rapporte les 30
pièces d’argent aux grands-prêtres et aux anciens en disant : Matthieu 27 3.4 « … J’ai péché en livrant un sang innocent ».


Ce seul geste et cette seule parole contribuent à le libérer de
la prison de son refus. Mais le remords l’empêche de continuer à survivre à ce refus destructeur et il ne pourra jamais tenter de réparer. Cependant que savons-nous de l’après-vie ? Dans cet
au-delà, Dieu-Amour lui, reste toujours le même fidèle et aimant « au-delà » de tout.


C. Guès

fanfan 31/08/2013 14:16


Pour répondre à Pierre Locher qui s'étonne que les mots prison/prisonnier reviennent souvent sous le clavier de  Francine Bouichou-Orsini, laissons "parler" Verlaine.
J'offre ce texte très connu à toutes les âmes sensibles..Dieu sait qu'il y en a beaucoup!!!!..même et surtout celles qui semblent fortes en toute circonstance.


fanfan


"D'une prison





Le ciel est, par-dessus le toit,
     Si bleu, si calme!
Un arbre, par-dessus le toit,
     Berce sa palme.




La cloche, dans le ciel qu'on voit,
      Doucement tinte.
U n oiseau sur l'arbre qu'on voit,      Chante sa plainte.




Mon Dieu, mon Dieu, la vie est là       Simple et tranquille.
Cette paisible rumeur-là
      vient de la ville.




Qu'as-tu fait, ô toi que voilà
      Pleurant sans cesse,
Dis, qu'as-tu fait, toi que voilà,
      De ta jeunesse ?



Pierre Locher 30/08/2013 16:28


 


Les mots prison et prisonnier reviennent souvent sous ...le clavier de Francine Bouichou-Orsini,
peut-être parce que nous sommes appelés à la liberté (saint-Paul), mais il ne faudrait pas que le Dieu de la Bible devienne un
geôlier...


Pour répondre à ses questions, je vais prendre un exemple d'il y a 50 ans. A l'époque un
certain Martin Luther King répondait à l'appel de son Dieu et entreprenait de libérer son peuple, en l’occurrence le peuple noir des États-Unis, le sauverde la ségrégation dont il était victime. C'était bien une entreprise de salut, dont il savait pertinemment qu'elle se faisait avec la force de la foi au Dieu
libérateur. Et cette entreprise de salut était vraie, parce que Martin Luther voulait libérer tout le monde de la ségrégation, ceux qui la subissaient comme ceux qui l'imposaient. Un autre homme,
peut-être croyant, décidait de prendre le chemin opposé : le dénommé Georges Wallace gouverneur de l'état de l'Alabama, farouche partisans de la ségrégation et du statu quo, n'a jamais voulu
de ce salut.


Aujourd'hui tous deux sont décédés, dont l'un assassiné, et personne ne saura jamais ce
qu'ils sont devenus dans un hypothétique au-delà. Mais n'y a-t-il pas eu de la part de l'un des deux un refus de l'appel divin, un refus de la
participation au mouvement, à la marche (c'est de circonstance) en avant de la Création divine ? Bien sûr que le Dieu de Martin Luther n'a jamais abandonné le susnommé Georges, Il a même
envoyé Martin Luther pour essayer de le convertir (pas à une nouvelle religion bien sûr...), mais ce dernier avait la liberté (donnée par Dieu) de refuser la conversion à l'émancipation du peuple
noir, car le Dieu de Martin Luther n'oblige personne à marcher dans les pas de sa Création, il ne fait que proposer : c'est sa grandeur, c'est sa gloirecomme dit la Bible.


Le Dieu de Martin Luther n'est pas « tout-puissant » au sens où il forcerait la liberté qu'il a donnée à l'homme. Et c'est à ce Dieu là qu'on a envie de faire confiance, car Il n’abandonne personne, pas même ceux qui
refusent son appel, mais Il les laisse libres de dire non.


 


Pierre Locher

Francine Bouichou-Orsini 27/08/2013 17:19


Cette longue discussion me conduit à revenir aux données de notre situation actuelle. Nous ne pouvons prétendre, aujourd’hui, en ce moment de notre
histoire,  aboutir à une issue intelligible et satisfaisante, capable de répondre aux questions contradictoires soulevées plus haut, dans la
mesure où nous demeurons encore prisonniers de nos limites terrestres, liées à nos représentations  du temps et de l’espace.


Le Dieu chrétien n’est pas une idole. Il est  Amour, l’Etre transcendant,  Source suprême de toute
vie. Face à ce Dieu : l’homme qui librement désire vivre,  est invité à découvrir, défricher,
 et avancer sur la voie ouverte : voie de la confiance. De même que, face à la
beauté d’un paysage, nous sommes invités à l’admiration.


Comment alors imaginer que l’homme puisse se cantonner dans un refus responsable ? Refus maintenu définitivement, en dépit du geste d’amour accompli sur la Croix… ? Comment imaginer un
Dieu-Amour qui abandonne ses créatures dans la prison d’un refus destructeur  ?


Francine Bouichou-Orsini

Francoisjean 23/08/2013 19:32


Puis-je encore me permettre quelques mots ?....


La liberté n’est pas de « faire ce que l’on veut », mais de « vouloir ce que l’on fait ».


Il n’y a pas d’Amour sans liberté d’aimer, faute de quoi il ne s’agit que d’une prise de possession de l’autre,
d’une sinistre dictature.


Exemple : je regardais un film passionnant à la télévision. Au moment le plus palpitant, je reçois un coup de téléphone de ma sœur
paralysée. Devant cette situation ni exceptionnelle, ni dangereuse pour nous deux, JE me trouve devant un choix tout à fait libre : continuer ma vision du film ET ne pas décrocher le
téléphone, OU ne plus regarder ce film ET entrer en relation vocale avec ma sœur ?? Le choix est simple : Je vais vers elle ou je vais vers moi.


 Jean Pierre Changeux, célèbre neurobiologiste, qui pense que nous ne sommes que le résultat de processus physico-chimiques, vous
dirait, sans doute, que votre décision ne sera que le résultat de réactions biochimiques cérébrales en cours à ce moment, cependant que Maurice Zundel vous dirait, lui, que notre décision ne
dépend que de notre « liberté de vouloir », et que celle-ci est le résultat d’un travail sur nous-même visant à nous libérer de notre « MOI possessif », c'est-à-dire de
« …nos « valises de la vie »,
qui nous rassurent, qui nous fatiguent, mais qui sont inséparables de notre être profond », comme nous le dit si bien René Guyon. Ou, autrement dit, de cet ensemble de pulsions,
besoins, envies… qui nous gouvernent et de l’esclavage desquelles le Christ est venu nous libérer.


Contrairement à Judas tout à sa colère, plein de dépit de ne pas retrouver en Jésus le chef de guerre qu’il espérait, on peut dire que le
Christ est venu nous montrer l’exemple en étant parfaitement libre, parfaitement maître des ces besoins, pulsions….Par exemple, à aucun moment, Il n’envisage de prendre le pouvoir, ce qui nous
prend tous à contre-pied, et en particulier Judas qui voulait en faire un nouveau David triomphant destiné à chasser les Romains. Jésus ne veut même pas être un chef religieux prestigieux,
puisqu’Il se fait serviteur en lavant les pieds de ses disciples et en particulier ceux de Judas, tenant d’un pouvoir fort. Il ne veut pas être un juge, Il ne condamne personne, même pas la femme
adultère, même pas la samaritaine, même pas la prostituée, même pas Zachée, le riche percepteur, même pas ses disciples en délicatesse avec la Loi. Il ne veut ni s’imposer, ni nous imposer quoi
que ce soit : Ce n’est qu’après l’ascension et la Pentecôte que les disciples ébahis découvrent que le Royaume est déjà en chacun d’entre eux, (ainsi qu’en chacun d’entre nous aujourd’hui),
et non pas dans la stratosphère !! : «… Gens de Galilée, pourquoi restez–vous là à regarder vers le ciel ? …» (Acte 1 :11).


« Deus Caritas Est » (Dieu est Amour) écrivait le pape Benoît XVI en 2005, et Il n’est qu’Amour. Chaque geste d’Amour est
expression Divine, est Parole Divine, dans la mesure où nous La laissons s’exprimer. « Soyez le Vitrail qui laisse chanter le Soleil » écrit Maurice Zundel. Chaque geste d’Amour que
nous vivons avec le plus petit d’entre nos frère, c’est avec Dieu que nous le vivons.


.« Aime et fais ce que Tu veux.


 Si Tu Te tais, tais-Toi par Amour,


Si Tu parles, parle par Amour,


Si Tu corriges, corrige par Amour,


Si Tu pardonnes, pardonne par Amour.


Aie au fond du cœur la Racine de l'Amour :


De cette racine, de mauvais rien ne peut sortir. »


 St Augustin

Pierre Locher 23/08/2013 08:53


C'est le moment de lire (ou relire) le livre de Marie BALMARY et Daniel MARGUERAT:


Nous irons tous au paradis


qui a pour sous-titre : "le jugement dernier en question".


Pierre Locher

fanfan 21/08/2013 11:12


Quand nous parlons/écrivons/pensons/exposons  "à l'envie":


Dieu nous aime, L'Amour de Dieu,Dieu nous rend libres etc...ne sommes -nous pas plus attentives/ attentifs aux mots qu'à la réalité  qui se cache sous ces mots...ces phrases?


Ne suis-je pas plus attiré-e par le mot Amour que par Dieu??? n'ai-je pas "déifié" le mot Amour...ou le verbe Aimer...ou le mot Liberté...etc
Dieu n'est pas( excusez-moi si je  vous choque) un simple verbe Il est Le Verbe Incarné qui n'a rien à voir avec un excercice grammatical aussi bien construit soit-il!


Dieu est en "prison" dans nos pensées nos actions , nos omissions, nos vies...C'est la liberté qu'Il nous offre..être "prisonnier" de l'homme afin que l'homme devienne  libre lui...


Dieu est dans le plus petit, le plus fragile, le perdant,le plus infime, et parfois le plus infamant...Il est enfermé...


Il attend que nous Le délivrions nous qu'Il a délivré-e-s de toute éternité...


Il n'a pas crée le Monde pour assouvir un besoin de tendresse infinie, il a crée le Monde pour que nous ayons sans fin cette tendresse infinie...
Mais est venu s'ajouter "la soif sans fin de la CONNAISSANCE"..faite de "pourquoi? de comment ?  de et puis alors"etc...?  car c'est après ELLE que nous courrons toutes et tous à
travers nos exposés oraux, écrits ou même vécus que nous donnons au Monde...nous délivrons au Monde NOS messages pas celui de Dieu qui n'est que


SILENCE...rempli d'Amour...


Voici quelques versets de Saint Paul..et pourtant Dieu sait que je ne suis pas une admiratrice inconditionnelle  de St Paul mais là je lui dis merci.


Première lettre de saint Paul Apôtre aux Corinthiens - Chapitre 13(1-3;8-10)


01 J'aurais beau parler toutes les langues de la terre et du ciel, si je n'ai pas la charité, s'il me manque l'amour, je ne suis
qu'un cuivre qui résonne, une cymbale retentissante.


02 J'aurais beau être prophète, avoir toute la science des mystères et toute la connaissance de Dieu, et toute la foi jusqu'à
transporter les montagnes, s'il me manque l'amour, je ne suis rien.


03 J'aurais beau distribuer toute ma fortune aux affamés, j'aurais beau me faire brûler vif, s'il me manque l'amour, cela ne me
sert à rien.


....

08 L'amour ne passera jamais. Un jour, les prophéties disparaîtront, le don des langues cessera, la connaissance que nous avons
de Dieu disparaîtra.


09 En effet, notre connaissance est partielle, nos prophéties sont partielles.


10 Quand viendra l'achèvement, ce qui est partiel disparaîtra."...





Bien que j'ai essayé de faire ce petit  exposé avec respect et "humilté(encore que!!)  en mettant de côté ma superbe...je ne suis pas certaine que je ne
voulais pas en tirer une certaine satisfaction ....


J'apelle encore une fois St Paul à la rescousse, c'est rassurant!!




Première lettre de saint Paul Apôtre aux Corinthiens - Chapitre 13(12,13)






12 Nous voyons actuellement une image obscure dans un miroir ; ce jour-là, nous verrons face à face. Actuellement, ma
connaissance est partielle ; ce jour-là, je connaîtrai vraiment, comme Dieu m'a connu.


13 Ce qui demeure aujourd'hui, c'est la foi, l'espérance et la charité ; mais la plus grande des trois, c'est la
charité."






fanfan

Jean-Baptiste Désert 20/08/2013 23:17


Après avoir lu le bel (comme toujours !) article de Christiane, et profond (ce qui n'étonnera personne), et aussi et surtout certains commentaires qui l'accompagnent, je
m'interroge sur cette question élémentaire de bac philo : « Qu'est-ce que la liberté ? ». Et je m'inquiète un peu pour ceux qui font d'elle, pour la défendre, soit une idole triomphante, soit une
sorte de piège dans lequel tombe inexorablement l'homme, qu'il s'appelle Adam, Judas, Kader  ou Dupondt… Que Dieu nous ait créés libres comme lui (« faits à son image ») — cette liberté qui
nous donne notre dignité, mais cadeau un peu empoisonné parce qu'il fonde notre responsabilité —  signifie-t-il que nous pouvons faire n'importe quoi ? Le mal par exemple. Je vois tout de
suite ce qu'on va répondre  : « qu'est-ce que le mal ? ».


Si Adam a tué la poule aux œufs d'or (il était pépère au paradis !) sans autre raison que l'exercice de sa liberté, je le plains et je nous plains, puisque le résultat c'est la
peine de travailler, la douleur de souffrir et, finalement, la mort. Certes, il y avait en Éden un interdit, et cela l'homme d'aujourd'hui n'aime pas trop. Mais les interdits (je ne parle pas
d'interdictions), c'est ce qui nous donne la liberté de vivre en société. Ainsi, « Tu ne tueras point » est un interdit majeur, parfois difficile à accepter, mais sans cela notre monde
serait un western permanent. Si Judas a trahi Jésus sans raison, comme un pur exercice de sa liberté, à la manière du Lafcadio d'André Gide, je ne
comprends pas très bien ce qu'il venait faire dans l'histoire de la Passion, qui n'a rien d'un " acte gratuit " . 


On peut toujours dire, comme saint Augustin : « Felix culpa, qui a nous valu un tel Rédempteur ». Le Dieu de Jésus-Christ nous aime, c'est un point acquis depuis saint
Jean, mais il nous laisserait faire notre malheur " librement " ??? Sinon, nous ne serions que des marionnettes ? Mais un simple père de famille qui voit sa progéniture se mettre en danger, même
s'il est un pédagogue "libéral", va intervenir, il empêchera son bébé de tomber à l'eau ou dans le feu.


 Allez, je vais faire un peu de provocation. Il y a quelque chose qui me gêne  dans cette affaire de liberté, et j'espère que ce que j'écris n'est pas un blasphème (il
ne veut pas l'être) : ou bien la création gardait quelque vice de forme (ne serait-ce que dans le fonctionnement véritablement libre de cette liberté divine accordée à l'homme),
et il a fallu effectivement un SAV ; ou bien le "péché" a été, en quelque sorte, "inventé" pour permettre à Dieu de se remanifester dans l'histoire du monde et… 


Il faut peut-être relire le Dieu pervers de Maurice Bellet.


 


Jean-Baptiste Désert

Guès 20/08/2013 10:37


Merci pour ce commentaire


Je n'avais jamais remarqué que le riche n'avait jamais envisagé de demander pardon à Lazare même dans l'au-delà. Il continue à le sousestimer puisqu'il ne s'adresse qu'à Abraham comme si Lazare
était à son service "à ses pieds" pourrais-je dire alors qu'il est dans "son sein".


Cela explique peut-être aussi cette phrase "Je ne vous appelle plus serviteurs mais amis". Lazare est réellement dans l'amitié d'Abraham.


Merci pour cet éclairage


Christiane Guès

Francoisjean 20/08/2013 00:31


Le passage du riche et de Lazare, ne nous enlève aucunement « l’espérance d’un au-delà ». Disons seulement que ce riche, habitué à ce qu’on le serve,
que l’on satisfasse à ses moindres désirs, et qui, aveuglé par son « MOI » possessif, ignorait Lazare. (Luc 16 :19-31). Ces deux hommes se retrouvent bien dans
« l’au-delà ». Je note que ce riche s’adresse à Abraham pour que Lazare le serve, comme sur terre. Je note aussi, que, semble-t-il, pour la première fois, il a besoin de Lazare. En
fait, le fossé de son égocentrisme est tel qu’il est infranchissable. Et ce « riche de lui-même », qui n’a jamais cru en Lazare, qui ne l’a jamais considéré autrement que comme une
« tâche » sur son environnement, n’a évidement jamais envisagé de lui demander pardon. Dans « l’au-delà, cela ne l’effleure même pas», comme cela ne l’effleurait pas plus sur
terre. C’est pourtant la seule possibilité qu’il avait de réduire à néant ce fossé et de boire à cette source d’eau vive qui comble toute soif. La liberté de l’Homme est telle qu’il peut refuser
éternellement de demander pardon à « Lazare ».


Le Pardon est la marque de l’Amour, le Pardon rétablit les deux personnes dans leur dignité d’êtres humains, le Pardon ressuscite dès ici-bas la relation divine
qui les liait, et, de ce fait, permet au mystère Eucharistique de devenir réalité, de devenir un « avant-goût » de la grande nuit d’Amour éternelle qui nous est proposée. (Mat 5 :23-24) : 


«  Quand donc tu vas présenter ton offrande à l’autel, si là tu te souviens que ton frère a quelque chose contre toi,


« Laisse là ton offrande, devant l’autel, et va d’abord te réconcilier avec ton frère ; viens alors présenter ton offrande. »


Oui, vous avez raison : l’Amour est venu apporter l’espérance d’un au-delà par Sa Résurrection parce que c’est l’Amour qui est
« Résurrection ».


 

Guès 19/08/2013 15:00


Ce dernier commentaire est un peu pessimiste. Il est vrai que Jésus a dit "Suis-moi et laisse les morts enterrer leurs morts" Mais à qui faisait-il allusion en disant cela? Peut-être à quelques
Pharisiens hypocrites. Nous devons penser qu'il y a, certes, des priorités à faire passer dans notre vie mais donner une sépulture décente à un membre de sa famille, c'est aussi une preuve
d'amour du moins pour le reste de la famille.


Le message d'Amour est certes l'essentiel. Mais pour moi Jésus est venu apporter l'espérance d'un au-delà par sa Resurrection sinon on enlève une partie essentielle des Evangiles. Oui ce
Royaume s'édifie ou est à édifier en nous mais il est déjà édifié hors de nous avec tous ceux et celles qui nous ont précédés.


Christiane Guès

Françoisjean 17/08/2013 19:47


« Mais Jésus lui dit : « Suis–moi, et laisse les morts enterrer leurs morts. » », dans mat 8 :22


Maurice Zundel enfonce le clou en nous demandant s’il est raisonnable de se demander si on sera vivant après la mort, alors qu’on ne sait même
pas si l’on est vivant avant !


«…Mais c'est maintenant, aujourd'hui, pas dans un hypothétique au-delà. Jésus n'est pas venu apporter un au-delà, mais un présent (à tous les
sens du mot) : un royaume à édifier… » Je partage sans réserve ce que dit Mr Pierre Locher dans son commentaire n°8.


Oui, Fanfan, « l’humain peut vivre en dehors du Dieu Amour !! Il lui suffit d’ignorer, de mépriser, d’aliéner, de violer, de rendre
esclave le plus petit d’entre les Siens. C’est tout.


Comme le père Kolbe, sachons transfigurer notre mort en Vie éternelle, et nous vivrons. Un petit bémol, cependant : Notre Oui sera
éternellement nécessaire et expressément reconductible, faute de quoi, notre liberté serait sans fondement. Relisons bien le passage du riche et de Lazard….

Guès 17/08/2013 16:30


C'est génial ce qu'énonce Fanfan car ça ouvre une large perspective sur ce qu'on appelle "l'au-delà" alors que l'Eglise se tait sur ce sujet.


"Ceux et celles qui se seront séparés de l'Amour de Dieu sur cette terre iront dans le néant c'est-à-dire qu'ils vivront mais n'auront pas la connaissance de l'Amour de Dieu" et cela peut durer
une éternité. C'est de ceux et de celles-là dont il est dit dans les Evangiles :"Ils n'entreront pas dans le Royaume de Dieu, ils resteront à la porte". L'Enfer de la séparation c'est cette
méconnaissance totale de l'Amour qui réduit à vivoter, qui est l'inverse de cette amplitude de vie qu'est la Résurrection et ceci dès cette terre, une résurrection de mort comme le définit
l'Evangéliste Jean.


La mort biologique serait donc un simple accident. Nous pouvons dès cette terre vivre de ce Royaume de Dieu ou déjà vivre ce néant.


Mais une autre question surgit : Dieu peut-il laisser définitivement quelqu'un dans la méconnaissance de son Amour? Il me semble que c'est possible jusqu'à ce que la personne elle-même manifeste
le désir d'entrer dans ce Royaume. Elle méconnaît ce Royaume mais une ouverture peut toujours se produire, c'est du moins ce que j'ose espérer.


Christiane Guès

fanfan 17/08/2013 11:44


Dieu nous offre la liberté d'aimer...peut-on être "heureux" en refusant ce "cadeau"?


Car notre Humanité n'est-elle pas une "prison"?une prison sans barreaux peut-être avec une porte ouverte peut-être...mais ....


Est-ce que Dieu nous a "conditionné-e-s?" à être...car si Dieu-amour "a pris le risque de nous laisser libres"...Il m'apparait alors  que l'on ne peut être heureux qu'en faisant sien ce
"cadeau" d'amour..donc en acceptant cette condition...!!!


En d'autre terme, l'Humain pourrait-il BIEN vivre hors du Dieu -amour?


Non d'après ce que je comprends du développement de Pierre Locher car alors nous sommes dans le néant...mais qu'est-ce que le néant en vérité?


Mais  si je comprends bien, Dieu-amour nous aime encore lorsque nous sommes dans le néant... peut-être alors du fait que nous avons coupé le lien nous n'avons plus  connaissance de cet
amour ..alors qu'en choisissant l'amour divin nous connaissons dans l'absolu  que Dieu nous aime de toute éternité et Qu'Il accepte même  qu'il n'y ait pas de retour????


fanfan

Pierre Locher 16/08/2013 16:42


 


Je vais essayer de répondre de façon plus explicite à Christiane Guès au risque d'apparaitre peut-être provocateur. Une
remarque, tout d'abord, au chapitre 2 de la Genèse, il ne s'agit pas d'une 2° création , mais d'un 2° récit de création qui est d’ailleurs antérieur historiquement au premier. Les deux récits ont
sans doute plusieurs siècles d'écart et révèlent deux cultures différentes, mais Dieu ne crée pas une deuxième fois.


 


Je crois saisir nos divergences, quand Christiane Guès écrit « la vie terrestre a un coté punition, enfer. C'est un passage obligé, un apprentissage ». Je ne crois pas à cette interprétation de la « chute initiale », à ce paradis perdu que la
Bible partage avec d'autres mythologies ou d'autres spiritualités. Ou plutôt, s'il y a évocation d'un état passé de communion avec Dieu, c'est pour indiquer la route à suivre : le paradis
des origines indique le but à atteindre, il renvoie au royaume à construire, il est porteur d'avenir, et non de punition, encore moins d'enfer. Je sais que la « faute originelle » a
mauvaise presse, mais il nous faudrait revisiter cet épisode pour découvrir que, contrairement à une opinion assez répandue, elle ne fait pas de nous des damnés de la terre, mais au contraire
nous libère du mal.


 


Il est vrai que le sujet de départ était « Adam et Judas frères ? », mais la liberté et la responsabilité étaient au cœur du sujet. Si l'on oublie que la liberté est un don du Dieu créateur qui ne veut que la liberté de
l'homme, on passe à coté de beaucoup de choses. Ce n'est pas une liberté octroyée, ce n'est pas une liberté conditionnelle comme la prononcerait un juge, c'est un don fait dans l'amour. Après, à
chacun d'en faire ce qu'il veut effectivement , c'est de notre responsabilité, on réponds ou on refuse. Je ne sais plus dans quel livre de l'AT est écrit :
« choisis le bonheur, plutôt que le malheur ». Mais c'est maintenant, aujourd'hui, pas dans un hypothétique au-delà. Jésus n'est pas venu apporter
un au-delà, mais un présent (à tous les sens du mot) : un royaume à édifier. Je ne crois pas un instant à cette religion de la rétribution, dans laquelle on serait de passage sur terre pour
préparer son ciel : les élus à ma droite, les damnés en enfer. Cette vision a donné l'occasion aux peintres et sculpteurs de nous offrir de magnifiques œuvres
(je pense entre autres à Jérôme BOSCH), mais ce ne sont pas forcément des traités de théologie. C'est la raison pour laquelle la question du salut de Judas est faussée : il ne s'agit pas de
son hypothétique salut dans l’au-delà, mais celui d'ici et maintenant. Judas ne va pas passer l'éternité dans les flammes de l'enfer parce qu'il s'est pendu, c'est l'inverse. Après sa trahison,
sa vie est un enfer, et c'est pourquoi il se pend (Christiane Guès écrit qu'il a choisi le néant, c'est totalement vrai : le néant et pas l'amour divin). Bien sûr que Jésus ou Dieu (peu importe)
continue à l'aimer, mais aucun ne peut l'obliger à aimer en retour, il en va de sa liberté. Et ce qui se passe après sa mort, personne n'en saura jamais rien.


 


C'est pour la même raison qu'à la question de Francine Bouichou-Orsini, je réponds par l'affirmative. Bien entendu que
Dieu peut perdre ses créatures, de la même façon que vous perdez un être aimé parce qu'il vous a quitté. Allez-vous l'obliger à revivre dans votre intimité ? Ce serait le contraire de la
liberté - une vraie prison - et Dieu en est incapable. Forcer ce que l’humain a de plus intime, sa liberté, sa conscience, Dieu ne le peut pas, et c'est une des raisons pour laquelle il n'est pas
tout-puissant. Dieu nous fait don de sa liberté, il prend le risque de la liberté humaine, il prend le risque du refus de l'homme, c'est pour cela qu'il est le Dieu-amour.


 


Pierre Locher

Françoisjean 14/08/2013 20:29


La liberté de l’Homme, voulue par Dieu, l’a poussé à exécuter Dieu lui-même dans un suprême refus d’être
soi-même source de vie, refus d’être don gratuit, refus de libérer l’autre, refus de con-naître l’autre comme nous refusons de nous con-naître.


Merveilleux mythe d’Adam qui nous ouvre la compréhension de l’Amour. En effet, nombreuses sont les nuits d’amour
qui se terminent sur une frustration parce que l’un, l’autre ou les deux partenaires ont eu, ne serait-ce qu’une fraction de seconde, un doute sur l’autre : funeste égoïsme à l’origine de
tempête ravageuse, rompant la bonne harmonie du couple, et conduisant souvent à sa perte. Maurice Zundel raconte l’histoire d’un couple, attaché d’ambassade et dont l’épouse était belle et le
savait. Elle partit avec un homme. Pendant son absence, le mari fit tout pour que rien ne fut changé dans sa vie de tous les jours ; les enfants attendant « maman » partie en
voyage. Lorsque les sensations s’épuisèrent, celle-ci revint au foyer. Elle fut reçue comme l’enfant prodigue et reprit, tant bien que mal sa place dans la famille.


Comme ce mari courageux, Dieu attend, est « en agonie » comme le souligne Pascal. Dieu
« prie » l’Homme, mais l’Homme ne l’a pas exaucé. Pourtant Dieu « a mis le paquet », lavement des pieds, pardon, pain de Vie, échange avec la Samaritaine…Dieu est à l’affût de
la moindre velléité d’échange, d’Amour avec l’Homme…Voyez avec quelle rapidité, Il répond au « bon » larron, Alors que l’autre larron, plein de ses fantasmes, de ses idéologies, de sa
gangue aveuglante, de son MOI ravageur, se répand en imprécations contre Dieu qu’il a devant lui !!.


La liberté, et partant, la responsabilité que Dieu nous a confiée est sans limite, hors celle que nous nous
imposons.


« Tout s’est mal terminé pour Judas comme pour Adam » dites-vous ! pourquoi le mot « mal » ? Sur quel critère
l’employer ? Notre espace de liberté est sans limite et Dieu ne peut que mourir sur la croix devant notre superbe !


 


Françoisjean

Guès 13/08/2013 18:37


Mr Pierre Locher je vais tenter de répondre à votre intervention.


Le temps pour Dieu n'est pas le même que le nôtre. Dieu crée l'homme par Amour mais la Création est toujours en train de se faire. Il en est de même pour l'Alliance. Cette première alliance est
assez floue. D'ailleurs, Dieu insatisfait reprend sa Création au chapitre 2 de la Genèse. L'alliance devient alors un peu plus étoffée. Puis Dieu se repend d'avoir crée l'homme donc il se repend
de son alliance. Et c'est le déluge. Cependant Noé et sa famille sont sauvés avec toute la Création existante, un sursaut d'amour de Dieu? Et donc Dieu établit à nouveau son alliance par le signe
de l'arc (signe premier de guerre) établi dans la nuée. A partir de ce moment là les signes d'alliance deviennent de plus en plus significatifs.


Il y a donc un cheminement de l'Amour comme il y a un cheminement de l'alliance. Il faut quand même constater que Dieu a envoyé son fils bien longtemps après la Création de l'homme.


Mais ce premier bonheur de l'homme dans le Paradis Terrestre, je ne le sens pas peut-être parce que je ne suis pas créationiste. Il est vrai que la vie terrestre pour beaucoup a un côté punition,
enfer. Mais c'est un passage obligé. La terre est un apprentissage.


Pour Judas et pour d'autres qui ont rompu l'Alliance avec Dieu, la réponse a été donnée par Francine Bouichou-Orsini :"Comment concevoir qu'un Dieu-Amour puisse perdre définitivement l'une de ses
créatures même au prix de la liberté accordée?"


Christiane Guès 

Pierre Locher 13/08/2013 15:59


 


Alliance prison, bonheur cage dorée...voilà des expressions fortes qui méritent qu'on s'y attarde !


Tout à fait d'accord avec Christiane Guès, en voulant faire le bonheur d'autrui, on peut faire son malheur, c'est même un
dicton insuffisamment médité à mon sens par certains "militants" : l'enfer est pavé de bonnes intentions. Mais alors la véritable question est : le
Dieu de la Bibleveut-il l'enfer pour nous les humains ?


 


Quand il y a rupture de l'alliance, il est effectivement difficile d'évaluer le degré de
responsabilité de chacun...lorsqu'on est entre humains. S'agissant de l’alliance de Dieu et de l'homme, je ne vois pas comment on peut en imputer la responsabilité à Dieu, ou alors nous ne lisons
pas la même Bible. Sans relire tout l'AT, un seul exemple pris chez le prophète Osée. Ce dernier épouse une prostituée, et bien entendu, ce mariage est une image, l'image de l'alliance entre Dieu
et le peuple d’Israël, lequel s'est prostitué aux idoles.


« Va, prends-toi une femme se livrant à la prostitution...car le pays ne
fait que se prostituer en se détournant du Seigneur » Os 1, 2. C'est bien l'homme, le peuple qui a rompu
l'alliance. Mais Dieu Lui, contrairement à l'homme, est fidèle :


« Je conclurai avec eux en ce jour-là une alliance […] Je te fiancerai à
moi pour toujours, je te fiancerai à moi par la justice et le droit, l'amour et la tendresse ». Os 2, 20 -21


Alors dieu gardien de prison, dieu fabricant de cages dorées (certains n'ont pas besoin
d'un dieu pour s'en construire...), il nous faut choisir entre le dieu-idole de notre imagination et le Dieu de la Bible.


 


Dont acte pour le penchant que je prêtais à Christiane Guès à propos du rôle central
qu'aurait Judas dans l'histoire du salut. Pour moi, Judas ne fait qu'aller au bout d'une logique que les disciples ont eux aussi empruntée : ils n'ont rien compris à la mission de Jésus et
s’imaginent qu'il est venu les sortir des pattes de l'occupant romain (une occupation étrangère n'est pas un détail dans l'histoire d'un peuple). Même Pierre se fait remetter en place par Jésus
(Arrière satan !). Judas, déçu par l'attitude "apolitique" de Jésus, le trahit. C'est une thèse qui en vaut une autre, elle a le mérite de ne pas faire de Judas le sauveur de l'humanité,
j'en suis d'accord avec Christiane Guès, mais je ne peux pas souscrire à l'idée que son geste le sauve, car son refus de l'alliance, au contraire, le perd : il ne peut pas être
responsable, tout simplement parce qu'il ne répondpas à la confiance (la foi) que Jésus avait mis en lui.


 


Pierre Locher

Francine Bouichou-Orsini 12/08/2013 15:29


Définitif...? Je reprends la question posée par Christiane Guès: cette liberté qui sépare, qui divise, qui est l’ultime chaînon qui relie au mal et à la mort, est-elle la coupure
définitive d’avec la vie, d’avec la vraie vie ?
Définitive, la coupure ? Ici, nous nous heurtons à la question redoutable, impossible à trancher à cause des limites terrestres de notre intelligence.
Certes, cette liberté, attribuée à l'homme par un Dieu-Amour, permets de le configurer effectivement à Son image. Mais comment concevoir qu'un Dieu-Amour puisse perdre
définitivement l'une de Ses créatures, même au prix de la liberté accordée..? Et comment concevoir que l'homme puisse refuser, en peine conscience, d'entrer dans l'éternité de ce
Dieu..?
La réponse donnée par Dieu, Jésus mort pour nous sauver, soulève celle des limites de ce pardon consenti; impossibles de les connaîtres en pleine lumière, ici-bas...
Francine Bouichou-Orsini

Guès 12/08/2013 09:48


En voulant faire le bobheur de l'autre ou des autres, sans le vouloir, on peut faire son ou leur malheur. Le jardin d'Eden était peut-être une cage dorée. Quelle existence attendait Adam et Eve
dans ce jardin? Ce premier bonheur de l'homme n'était-il pas un peu végétatif? Ce paradis terrestre n'est qu'une préfiguration du Royaume de Dieu. En transgressant, Adam et Eve partent vers une
existence réelle. Avec beaucoup de difficultés certes, ils assurent une descendance à l'humanité à venir. Mais quelle est cette sorte d'alliance sans la connaissance? Justement en époux
l'alliance commence par la connaissance l'un de l'autre. Et quand il y a malheureusement rupture de l'alliance, il est difficile d'évaluer le degré de responsabilité de chacun. Mais quelquefois
il vaut mieux une rupture qu'une existence subie. Après la transgression de nos deux ancêtres Dieu n'a jamais repris son alliance; au contraire il les a multipliées. Il a toujours été présent
dans la marche souvent maladroite de l'humanité.


J'ai horreur qu'on emploie ce genre de réflexion : "sans la trahison de Judas, Jésus n'aurait pu accomplir sa mission". C'est comme ces "saints" qui souhaitent le martyre. Mais en souhaitant le
martyre on en appelle à l'existence d'un bourreau ou d'un assassin! De quel droit peut-on souhaiter ce genre d'existence?


Le cas de Judas m'a toujours interpellé. Il a une vision très différente de la venue du Messie. Il fait un mauvais choix certes mais c'est un choix quand même "Que votre oui soit oui et votre non
soit non". Ce n'est pas moi qui dit cela. Le fait est que le personnage existe car il est présent dans les 4 Evangiles. Et justement son existence n'était pas nécessaire. Jésus aurait été quand
même arrêté et condamné "Vous me voyiez tous les jours..." Alors pourquoi Judas? Pour signifier qu'on peut toujours se perdre malgrè l'amour de Dieu? L'homme s'est ouvert lui-même l'accés à
l'arbre de la connaissance et il a bien fait. Et il se trouve que Jésus par sa Resurrection nous a ouvert l'accés à l'arbre de vie.


Christiane Guès

fanfan 11/08/2013 21:24


Est-ce qu'une alliance peut devenir une prison?


fanfan

Pierre Locher 11/08/2013 16:40


 


 


Le texte de Christiane Guès est à la fois stimulant et dérangeant à plus d'un titre. Stimulant, parce qu'il nous parle de
liberté et de responsabilité : quoi de plus important dans la révélation biblique ? Dérangeant, parce qu'il remet en question l'image traditionnelle de Judas et surtout propose une
vision du Dieu de la Bible pour le moins contestable.


Tout d'abord, quelques question d’interprétation des textes .


Sur Genèse 2, 15 « YHWH prit l'homme et l'établit dans le jardin d'Eden pour cultiver le sol et
le garder. »


C'est Dieu qui garde l'homme ? Ou c'est l'homme qui garde le jardin ? Ce qu'on en tire n’a pas du tout le même
sens dans un cas ou dans l'autre.


Sut Mt 26, 24, les traductions les plus courantes ne disent pas malheur à, mais malheureux celui
qui : ce n'est pas une malédiction, c'est le constat d'un faux pas, d'une mauvaise direction qui conduit dans une impasse.


 


Liberté et responsabilité reviennent souvent et à juste titre, mais il y manque à mon sens quelque chose qui fait
toute la différence : l'alliance.


La liberté de l'homme n'est pas une liberté abstraite, elle est donnée dans le cadre d'une alliance. Que signifie la
liberté dans un couple, si l'alliance est considérée comme insignifiante ? Dieu ne donne pas une liberté « toute faite », dont l'homme n'a plus qu'à user, Il le rend capable de
liberté, capable de libération (capax Dei, disaient les Pères de l’Église). D'accord pour dire que la liberté de l'homme va jusqu'à pouvoir refuser l'alliance – et c'est le grand risque
que prend Dieu, l'amour est à ce prix - , mais la conséquence , c'est qu'il n'y plus d’alliance. Libre de se perdre, oui, bien sûr, mais quand on est perdu, on n'est pas sauvé, c'est
antinomique. Personne n’empêche un amant d'aller « jusqu'au bout de sa liberté », mais s'il rompt l’alliance, il en assume les risques.


Quand je dis qu'il y manque l'alliance, ce n'est pas tout à fait vrai, car Chritiane Guès parle pour Judas comme pour Adam
de trahison, de confiance trahie, il s'agit bien d'alliance rompue, mais il faut en tirer les conséquences : quelqu’un qui trahit une alliance ne peut être dit responsable. Est
responsable justement celui qui répond à la proposition, pas celui qui refuse l’alliance.


 


Une expression m'a étonné pour ne pas dire plus : « bonheur imposé par l'amour ». Dieu du ciel,
comment peut-on imaginer un bonheur imposé ? Est-ce encore du bonheur ? Et de plus, par l'amour ? Est-ce vraiment de l'amour ou tout simplement la volonté de possession
d'un autre, son assujettissement. Si tel était le Dieu de la Bible, il y a longtemps que je serai devenu athée, ou pour rester dans la même tonalité, ma liberté d'homme m'aurait fait refuser
l’alliance avec ce dieu-idole.


 


Sur l'image de Judas, Christiane Guès semble souscrire à une thèse qui a eu quelque succès il y a plusieurs années :
sans la trahison de Judas, Jésus n'aurait pas pu accomplir sa mission. Sans vouloir développer, disons que cela résulte d'une interprétation sacrificielle (qui perdure dans la
chrétienté) de la mission de Jésus, lequel n’était pas « destiné depuis les origines – et par son tyran de Père - à être pendu au bout d'une croix ». Non, la mission de Jésus est très
bien résumée par saint-Jean : « je suis venu en ce monde pour témoigner de la vérité » et aussi : « Je ne suis pas venu pour condamner, mais pour sauver ». La croix
n'est que la conséquence d'un refus des hommes de l'alliance proposée.


 


Pierre Locher