Abstention…

Publié le par G&S

G&S n’a pas vocation à s’occuper directement de politique en tant qu’activité partisane,
mais étant un blog de réflexion il peut certainement s’interroger sur des « faits de société ».

Les candidats à l’élection présidentielle française s’étonnent et s’inquiètent du risque d’une forte abstention des électeurs. Je m’étonne de leur étonnement.

Depuis des mois, dans le cadre qui devrait être si sérieux d’une élection déterminante dans la vie de la Nation, ils se livrent à des jeux de cours de récréation : « C’est pas moi ! » « J’en ai une (liste de promesses) plus longue que la tienne ! », « Toi, t’as fait de grosses bêtises ! », etc. Depuis des mois, ils préfèrent s’invectiver dans une langue qui est rarement celle de Voltaire, plutôt que de présenter clairement leurs propres propositions… quand ils en ont. Depuis des mois, ils fouillent dans le passé de leurs adversaires plutôt que de faire amende honorable sur leurs propres erreurs ou insuffisances. Il se peut que les électeurs potentiels en aient finalement marre d’avoir face à eux des politiciens en lieu et place d’hommes d’État.

Depuis des mois, ni eux ni la presse (écrite et plus encore audio-visuelle, qui les provoque à la recherche du scoop ou de l’image choc) ne cherchent à « éduquer » les citoyens en les informant honnêtement des réalités, même désagréables, en vue de permettre un vrai choix sur de vraies options et en toute connaissance de causes. Cela risque d’aboutir à ce suicide de la vie politique qu’est l’abstention.

Les électeurs potentiels n’ont plus grande confiance en des gens qui promettent chaque jour quelque chose de nouveau, parfois en contradiction avec des promesses antérieures, et dont l’application s’avérera souvent probablement irréalisable. On a l’impression que les candidats portent une attention plus soutenue aux différents lobbies qu’aux problèmes les plus vitaux.

Quand une candidate assure que la question de l’union homosexuelle sera au programme de son premier Conseil des ministres, on croit rêver. Certes c’est un problème (complexe) et qu’il faudra traiter, mais le chômage, le niveau de vie des plus pauvres, l’effacement (?) de la dette peuvent apparaître plus graves et surtout plus urgents. Quand des candidats promettent généreusement des lendemains qui chantent – que nous souhaitons tous – sans en présenter le financement, on peut se questionner sur leur sérieux et leur sincérité. Quand ils disent qu’ils feront… ce qu’ils n’ont pas fait, on s’interroge avec perplexité.

Si l’on veut que les citoyens aillent voter, il y aurait quelques mesures simples et peu couteuses à prendre.

Par exemple :

- 1° D’abord diminuer la durée réelle de la campagne. Je ne parle pas de la «campagne officielle», qui est effectivement courte, mais du nombre de mois (pratiquement une bonne année) où nous aurons été abreuvés de « carabistouilles » électorales, qui relèvent plus de la légende people que d’une volonté d’initiation démocratique de la masse des Français. On criera peut-être : « Et la liberté de la presse ? », mais la liberté n’a jamais banni le sens de la responsabilité. Il serait temps de voir qui se sent responsable devant l’avenir de la Nation.

-     2° Valider les votes blancs parmi les suffrages exprimés et ne plus les confondre avec des votes nuls. Ainsi on constaterait sans ambiguïté que tel homme ou telle femme présenté(e) par son parti n’a pas la confiance des citoyens de la circonscription. On a tous vu de ces exemples de candidats imposés, parfois parachutés, dans les législatives ou aux élections locales, régulièrement battus et non moins représentés aux élections suivantes.

-     3° Corollaire de la remarque précédente : il serait souhaitable de changer les hommes et les femmes qui ont exercé des charges publiques pendant un certain temps. Ce pourrait être l’une des finalités des partis que de préparer de nouveaux intervenants dans la vie politique. Déjà, la règle du non-cumul favoriserait cette «initiation» de jeunes à des responsabilités de plus en plus grandes. L’argument du manque d’expérience n’est pas recevable puisque pour avoir de l’expérience, il faut bien commencer un jour, et il y a suffisamment d’instances, depuis le Conseil municipal jusqu’à la Présidence de la République, pour donner aux futurs élus une formation concrète.

C’est au prix d’un double effort d’éducation civique et de sérieux dans les discours et dans le comportement des élus que l’on trouvera un corps électoral réactif et enthousiaste. Rappelons-nous, à l’occasion, que ce ne sont pas tous les pays du monde qui ont la chance de pouvoir voter librement…

Marc Delîle

Publié dans Réflexions en chemin

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