À propos de la “nouvelle évangélisation”

Publié le par G&S

On suivra avec intérêt la création d’un dicastère pour une “nouvelle évangélisation” (Cf. La Croix du 29 juin 2010). Une telle création “institutionnelle” et d’une telle portée est assez rare dans l’Église romaine pour justifier cet intérêt. Il faut même l’applaudir, si l’initiative n’est pas une entreprise purement médiatique.

Que l’”évangélisation” reste à l’ordre du jour, ce n’est que l’application du commandement de Jésus : « Allez enseigner les nations ». Qu’elle soit à “renouveler” aujourd’hui, en particulier « dans les pays où a déjà résonné la première annonce de la foi et où sont présentes des Églises d’antique fondation », c’est un constat statistique. Pourtant, une affirmation du pape : « ces pays vivent une sécularisation progressive de la société et une sorte d’“éclipse du sens de Dieu”», mérite peut-être discussion. D’autant plus qu’on la retrouve constamment, aujourd’hui, dans les discours ecclésiastiques (Cf. Joseph Doré, “Sécularisation et croyance : évolution croisée”, Documents épiscopat, n° 12 de 2009). Mais le mot de “sécularisation” – parfois confondu avec “laïcisation”, voire avec “laïcité” – paraît bien ambigu, surtout si l’on veut lui faire porter la responsabilité plus ou moins totale de “l’éclipse du sens de Dieu”. C’était déjà l’opinion de Pie IX, et plus tard l’une des composantes de la “Crise moderniste” (non résolue). N’est-ce pas d’abord, depuis deux siècles, une “dé-cléricalisation” de la société qui se poursuit ? Est-elle absolument inexplicable ? Va-t-on avoir la nostalgie de l’union du sabre et du goupillon qui a fait tant de mal à l’Église en général, et à la foi en Dieu plus encore, tant il apparaissait comme l’alibi des pouvoirs en place ? Faut-il renvoyer les laïcs, au sein du “Peuple de Dieu”, au rang de simples supplétifs ?

Quant à “l’éclipse” est-elle celle de Dieu ou la manifestation d’une réserve vis-à-vis d’une appartenance explicite à l’Église romaine ? L’institution ecclésiastique souffre d’un manque de confiance de la part de nombreux “fidèles” tentant de le rester. Elle n’inspire pas toujours l’enthousiasme de ceux qui vivent à l’extérieur. Cette “réserve” est liée à certaines de ses prises de position et à son fonctionnement interne 1. Sur Dieu, on ne s’est jamais autant interrogé, et la personne de Jésus n’a jamais eu autant de rayonnement, y compris chez des non-chrétiens, même si leur conception pourrait être qualifiée d’“hérétique” par la Congrégation de la foi. Notre époque serait sans doute davantage prête à considérer l’Église comme sa “mater”, si celle-ci n’avait pas la prétention d’être en tout “magistra”, semblant donner trop souvent leçon, et parfois avec arrogance, et plutôt pour exalter son bon fonctionnement, ses dogmes et ses rites, que pour annoncer dans la clarté et l’enthousiasme l’amour de Dieu pour l’humanité. Surtout [N.B. : surtout], on attend qu’elle en témoigne par la vie de ses membres (prêtres et laïcs), ce qui est loin d’être toujours le cas. Examinons-nous. Tout le monde n’a pas vocation de martyr, mais on attend, au moins, de nous chrétiens des attitudes plus ou moins irréprochables, entre autre face à notre prochain.

En ce qui concerne une “Évangélisation nouvelle”, reste à savoir ce qu’il faut placer sous le qualificatif “nouveau”. Longtemps, ce mot a eu une sorte de fonction magique dans la publicité, sous-entendant : « c’est bon parce que c’est nouveau ». Évidemment, cela ne suffirait pas : on ne nous y prend plus. S’il s’agit de faire, enfin, un effort pour transmettre la Parole de Dieu avec des mots simples, “séculiers”, c’est-à-dire compréhensibles par les gens du “siècle” qui sont normalement les premiers destinataires de la Nouvelle Évangélisation, applaudissons de nouveau. Il est bon que s’établisse « un dialogue avec ceux pour qui la religion est une chose étrangère, pour qui Dieu est inconnu ». Cependant, un dialogue suppose impérativement l’écoute de l’autre. Si l’on entame l’échange par un étiquetage péjoratif de l’interlocuteur, on risque de ne pas mobiliser très loin son attention, et, moins encore, d’obtenir son adhésion.

Espérons donc, mais en restant vigilants, car le croyant est avant tout un “veilleur”, pour que ce soit nos vies de Chrétiens dans le monde qui authentifient l’Évangile que nous désirons annoncer.

Albert OLIVIER

1 - Nous ne perdons pas de vue, car c’est un fait, la malveillance dont elle est l’objet de la part d’une partie de la presse qui préfère mettre en lumière ce qui ne va pas que ce qui pourrait être objet d’espérance.

Publié dans Signes des temps

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Françoise Jasserand 21/07/2010 11:44



Le rayonnement de Jésus, éclipse celui de l'Eglise Catholique Romaine, entre autre dans les pays de  vieille culture catholique traditionnelle !


Jésus plus fort que le pape....FJ