À fond...

Publié le par Garrigues et Sentiers

« Tu t’inquiètes et tu t’agites pour bien
des choses. Une seule est nécessaire »
Luc 10,41-42
 
Depuis que Saint Luc a rédigé ce texte qui met en scène deux sœurs différentes vivant sous le même toit, des générations de chrétiens ont médité et prié à partir de ces quelques versets. L’Esprit qui guide leur cœur, leur intelligence de la foi, et leur originale approche spirituelle, est le même que celui qui a inspiré Luc, qui dit-on était médecin…
L’Esprit par l’inspiration de l’un et la méditation de tous les autres a nourri l’Eglise. Les deux canaux ne véhiculent que la même source.
Comme un baptisé parmi d’autres, je désire exprimer le message que j’ai cru entendre. Il n’est pas plus vrai que tant d’autres. Brin de paille ou pauvre épi, il s’ajoute à l’énorme gerbier qui se dresse dans les champs après la moisson avant de devenir par le don de Dieu et le fait des humains le pain de la Parole.
 
Lorsque j’étais enfant et que je courais après tous les papillons du jardin au lieu d'apprendre mes leçons et de calligraphier au mieux ma page d’écriture, mon père me rappelait à l’ordre et me disait en latin « AGE QUOD AGIS » c’est à dire littéralement « FAIS CE QUE TU FAIS ». Je ne sais pas où ‘mon paternel’ avait puisé cette sentence, mais j’ai rapidement compris qu’il m’incitait à faire à fond ce que j’avais à faire au lieu de me disperser et de me laisser séduire par le mirage des papillons pourtant si beaux.
 
Ce lointain souvenir, qui n’a sans aucun doute rien à voir avec le texte de Saint Luc, me pousse à interpréter les rôles de Marie et de Marthe :
 
  • ° Marie a unifié sa vie autour de l’écoute du Christ. Elle ne fait qu’écouter et le reste en découle
    ° Marthe n’a pas unifié sa vie autour du service silencieux du Seigneur. Elle s’inquiète, maugrée et gémit qu’elle est surchargée, éreintée, et n’arrive pas à tout faire. Marthe s’affole et se disperse et ne répond pas de ce fait à sa vocation intérieure : le service offert, silencieux, et efficace.
    Elle fait « bien des choses » et donc s’éparpille, s’émiette et elle en souffre... 

Arbitrairement et selon une vue tronquée, j’interprète à ma manière le message de Luc, je crois pourtant que mon grain de sel n’est pas tout à fait affadi, il est certainement partiel mais pas totalement faux.

Je crois que si l’on désire fonder profondément et solidement sa vie spirituelle, il convient de la bâtir sur sa vocation primordiale en mettant au second ou troisième plan beaucoup de nobles et grandes tâches. Si l’on évite le saupoudrage on aura déjà fait un pas ; si l’on se tient à l’essentiel original qui structure chacun dans son propre choix d’amour alors on aura construit sur le Roc. De ce fait on pourra agir ensuite avec une efficacité accrue en plusieurs autres domaines, importants mais secondaires.

Unifier sa vie est un secret d’amour créateur et un germe de bonheur.
Marthe en faisant trop s’est pris les pieds dans le tapis.

© Christian Montfalcon

Publié dans Réflexions en chemin

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clemence cursol 31/07/2007 11:36

un commentaire sans prétention:
j'ai toujours été perturbée par cet évangile, car je suis une Marthe et j'ai du mal à accepter la place privilégiée accordée à Marie dans ce texte.
Cette opposition entre les soeurs illustre à mon sensla querelle de la foi et des oeuvres. La foi est , dit-on, donnée par Dieu, qui me choisit, et m'accorde de l'émotion, voire la certitude de son amour. Les oeuvres, c'est moi qui choisis de servir le message de Dieu, avec une foi, ma foi parfois chancelante, souvent imparfaite.Mais je me fais l'instrument de Dieu: c'est ma responsabilité, c'est ma libertéd'homme ou femme, de continuer la création. Et si la foi, c'est une théophanie, un enthousiame, les oeuvres, c'està dire le service d'autrui, c'est d'abord du travail, des soucis,du "jamais fini". Ce n'est pasla meilleure part.

Certains gnostiquesdu premier siècle, considérant que la foi était seule justification, se permettaient une vie dissolue: on en est vite revenu... La vie ensemble exige le service( le respect) des autres. Même les protestants , même les jansénistes, qui donnaient la primauté à la foi, s'attachaient à une vie exemplaire, pour eux mêmes , et pour leur communauté .
Quant au "lâcher prise" de Marie, que semble prôner notre ami, il est bien difficile à appliquer lorsqu'on se veut au service des autres: nous sommes de ce monde et le quotidien de ce monde est complexe!Si j'osais , je dirais que le lâcher prise, c'est un luxe d'homme, les femmes sont toujours dans la dispersion!
et justement, en rappellant le superbe"fais ce que tu fais", notre ami, appelle certe à la concentration, mai en vue d'un accomplissement, d'une réussite: or celui qui accomplit est tourné vers l'extérieur, comme Marthe.

A vrai dire, Marthe et Marie, pour moi, c'est 2 pour 1, c'est un tout."ce que vous faites au plus petit d'entre vous, c'est à moi que vous le faites": pourquoi opposer les soeurs? Tentons de les faire vivre ensemble en nous!