Dans la lumière des saisons

Publié le par Garrigues et Sentiers

Charles Juliet
Éditions P.O.L
 
Dans l’état où je suis, la vie calmement ruisselle, m’inonde, m’emplit de confiance, de ferveur, accroît mon amour des êtres et ma foi en la vie.
La culpabilité, les impatiences, les tourments, les peurs ont disparu, et je ne suis plus que ce flux, cette paisible et inépuisable coulée qui me convainc que la vie est bonne, simple, formidablement riche.
Coupé du temps, je n’ai pas conscience que les heures continuent de s’écouler, et quand j’émerge de cet état, revenir au quotidien n’est plus une épreuve.
Auparavant vous l’avez compris, c’en était une, et je la redoutais. Mais maintenant le passage se fait sans à-coup. L’existence reprend normalement son cours, et tout devient soudain plus facile, plus attrayant, tout se charge d’un nouveau sens.
 
J’ai passé mes journées à marcher sur les collines.
Des écharpes de brume traînaient dans la plaine, mais sur les hauteurs une lumière dorée exaltait les ocres, les bruns, les rouges des vignes et des arbres qui brûlaient dans l’air immobile.
 
Si vous saviez combien j’aime l’automne, combien je me sens accordé à cette saison.
Les ardeurs de l’été ont pris fin, et avec elles, les tensions, parfois le mal-être qu’elles entraînent. Une douceur est là, présente dans l’air, les lumières, les ciels qui pâlissent. En elle se profile la menace du déclin, et c’est peut être cette menace qui donne tant de prix à la splendeur de ces journées où la vie jette ses derniers feux.
Saisons des fruits, des récoltes de la surabondance.
Maturité.
 
J’ai toujours associé cette saison à ce que représente pour moi la femme, la mère, à ce qui opère en la majorité d’entre vous et dont l’homme est si loin.
De cet automne je passe à celui de l’existence humaine.
Pour nous aussi au long des années se succèdent des nuits de gel, des vents dévastateurs, d’implacables journées de canicule, des orages, des sécheresses, des pluies torrentielles, et c’est tout cela qui finit par produire la richesse d’une vie, la beauté d’un visage.
Un visage n’est jamais si beau, si émouvant qu’à son automne.

Sachons donc tout recevoir d’un cœur égal et conduire nos vies vers cette plénitude du fruit qui s’est fortifié de tout ce qui lui fut contraire.
 

Publié dans Fioretti

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Grégoire 18/07/2007 03:22

Merci pour ce poème innatendu mais bienvenu pendant les heures fraîches et nocturnes de l'été provençal!