Politique encore...

Publié le par Garrigues et Sentiers


On a beaucoup entendu parler de politique depuis quelques mois. Certains diront “trop”. C’est vrai que la répétition des mêmes arguments, dans des cadres identiques, par les mêmes personnes, devenait un peu lassante. Pourtant, reconnaissons-le, jamais depuis longtemps une pareille participation des citoyens n’avait été observée lors d’une élection aussi déterminante que la présidentielle, et cela est bon pour la démocratie.
Mais qu’en est-il de la perception profonde de la politique par la nation ? Parmi les idées reçues, il en est qu’il faudrait définitivement exorciser sous peine de continuer à perpétuer des contre-vérités. On a entendu souvent à propos des hommes (et femmes ?) politiques, et l’on entend encore parfois : « tous pourris » ; c’est bien entendu faux, même s’il y en a… En outre, c’est un faux problème : la question qui agace, c’est moins les compromissions ou les magouilles de quelques-uns que, d’une part, le manque de courage politique de la plupart des dirigeants pour présenter, expliquer puis prendre des dispositions indispensables, fussent-elles impopulaires ; d’autre part, l’acceptation – qui ne doit, bien sûr, pas être soumission absolue et permanente – du jeu démocratique par les minorités. En démocratie, il y a une majorité et des minorités, que celles-ci soient dans l’opposition ou non. Le critère de ce qui est juste a été longtemps la Loi. La Révolution de 1789 a tendu à en faire une quasi-divinité dévorante. Cela risque d’être dangereux car il peut y avoir des lois injustes.
 
La “démocratie” ! Voilà bien une notion qui mériterait analyse. Ce « Régime politique dans lequel la souveraineté appartient à l’ensemble des citoyens » peut rarement s’exercer “directement”, et nous vivons donc dans une “démocratie représentative”, c’est-à-dire où le peuple élit des représentants. Or, dans notre système, et dépendant plus encore des mentalités que des dispositions constitutionnelles, le jeu démocratique est souvent faussé, et ce quelle que soit la majorité :
          - 1° la majorité, désignée par un mode de scrutin sur lequel il peut y avoir discussion (1) agit toujours sans tenir aucun compte des avis de l’opposition (on en a vu une belle illustration lorsqu’en 2002, le candidat de droite, élu dans des circonstances très particulières, a régné comme si les 82 % de voix qu’il avait obtenues lui avaient été réellement consenties personnellement, en lieu et place des 19 % du premier tour de scrutin.
          - 2° l’opposition s’oppose toujours quelles que soient les questions en jeu ; et si la voie légale ne lui est pas favorable, elle jouera de la rue par syndicats ou “collectifs” interposés. La rue doit-elle être considérée comme un vecteur plus légitime de la démocratie (2) que les décisions prises à la majorité par les élus ? Souvenons-nous, en 1968, les “manifs” contradictoires pour ou contre de Gaulle. On a entendu, durant la campagne présidentielle, tel leader d’un parti d’extrême-gauche annoncer que si la droite passait – pourtant issue du libre vote de citoyens libres – il y aurait des manifestations et des grèves. C’est une position qui a sa logique pour un parti révolutionnaire ; mais alors la Révolution est-elle démocratique par essence ? Et/ou la Contre-révolution ? Si la force peut primer le droit – hors le cas d’une tyrannie caractérisée, où la résistance devient un devoir, même pour les théologiens – quel va être le critère sûr de la légitimité ?
 
Il y a quantité de questions qui sont évidentes, difficiles mais urgentes, et que les politiques évitent soigneusement. L’impitoyable problème des retraites, comme celui de la dette ou de la fiscalité (à terme elles ne sont pas sans liens) est mathématique. Les humains, dans nos régions, vivent de plus en plus longtemps. Ce fait engendre plusieurs conséquences souvent contradictoires. Vouloir avancer l’âge de la retraite, ou conserver les privilèges de ceux qui la prennent avant les autres (lorsque cette anticipation n’est pas justifiée par la pénibilité des tâches ou un handicap) est collectivement suicidaire : il arrivera un moment où la période de “retraite” sera aussi longue que la période active, surtout si l’on veut, en même temps, réduire la durée des cotisations et assumer le surcroît des charges liées aux soins nécessaires et à la dépendance des personnes âgées. Inversement, ne pas prendre en compte le souci légitime des “travailleurs et travailleuses” de vivre un temps pour eux-mêmes et leurs proches, et non pas être considérés seulement en tant que producteurs, c’est se heurter à un mur d’incompréhension qui ne pourra qu’apporter des tensions sociales. Résoudre cette question complexe nécessiterait un véritable dialogue et non des positions de principe parfois de nature idéologique ou corporatiste.
Il est des problèmes moins ardus, moins essentiels peut-être, mais non moins importants et qu’apparemment aucun politique n’ose heurter de front.
Dans le cadre d’une réforme scolaire impossible (et là les politiques ne sont pas les seuls responsables…), l’opportunité de revoir – prioritairement au profit des enfants – l’étalement des vacances n’est jamais abordée. On a présenté comme une nécessité “pédagogique” un cycle de 2 semaines de repos pour 7 semaines de travail. Il n’est pas assuré que ce soit “scientifiquement” exact, mais soit. Il semble pourtant définitivement acquis, à la fois pour faciliter la circulation automobile et surtout fournir des clients potentiels aux professionnels du tourisme, que ces vacances doivent s’étaler entre les différentes zones durant un bon mois. Cette année, entre le 10 février et le 30 avril, il n’y a que 3 semaines entre la fin des vacances de février pour la zone B et le début des vacances de printemps pour la zone A. Outre que ces décalages posent des problèmes insolubles aux familles ayant des enfants scolarisés dans différentes zones, il n’y a plus, en particulier au troisième trimestre, qu’un trimestre “croupion” aggravé des jours fériés de cette période de l’année et de l’anticipation du renvoi des élèves de certaines classes pour dégager des salles d’examen. Sans s’interroger sur « comment finir nos programmes ? » question qui passerait pour incongrue sinon obscène, il restera à régler le sort des enfants ayant du mal à suivre à un rythme normal, celui de la “garde” des mineurs pendant cette période mi-chèvre mi-choux d’une vacance des classes avant les vraies “vacances”, etc.
C’est un serpent de mer, mais on entend peu d’interventions des politiques à ce sujet : elles seraient vite impopulaires soit auprès des enseignants, soit dans les familles, soit chez les hôteliers et restaurateurs…. Au fond, les politiques ont comme principal adversaire le calendrier, car on pourrait ajouter la redoutable détermination des périodes de chasse (les pêcheurs semblent moins combatifs). Dilemme : se mettre à dos les chasseurs ou les écologistes ? Cela dépend sans doute de la circonscription électorale.
La vie d’homme ou de femme politique est sûrement prenante, stressante pour ceux qui font vraiment leur boulot dans la perspective du bien commun. Elle est soumise à tant de pressions : un emploi du temps éclaté (en particulier tant que l’on n’aura pas interdit les cumuls), les imprévus de l’actualité, les directives du “parti” face auquel il n’est pas aisé de rester libre, les exigences des électeurs attendant telles faveurs personnelles ou collectives, avec le chantage implicite de ne pas réélire le maire ou le député insuffisamment efficace pour les faire accorder. Peut-être le politique serait-il plus hardi et plus actif s’il n’était pas rééligible et donc indépendant de toute contrainte clientéliste ? Il est vrai qu’il risquerait, avec un mandat trop court, de manquer d’expérience.
 
Bref, un “job” difficile, qu’il faut respecter. Qu’il faut contrôler aussi, et c’est là qu’intervient l’obligation d’un engagement “citoyen” comme on dit aujourd’hui ; ou tout simplement “civique”. Beaucoup le font déjà dans le cadre associatif ; un grand nombre l’ont heureusement fait dans le cadre électoral.
Continuons…
 
Marc DELÎLE


[1] Se méfier des idées simples : le “plus démocratique” serait “en principe” la proportionnelle intégrale ; en fait, on sait, à l’expérience des IIIe et IVe républiques, qu’elle favorise l’émiettement des partis et les coalitions de hasard, instables et intéressées. Donc placet juxta modum, comme on dit dans les conciles.
[2] À propos de rue, est-il impensable de constituer des commissions paritaires pour dénombrer le nombre sinon réel, du moins vraisemblable, des manifestants ?. Le petit jeu consistant à doubler les chiffres pour les organisateurs et à le diviser par deux ou trois dans les rapports de police a un côté ridicule et pitoyable.

Publié dans Signes des temps

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