La magie des Mages

Publié le par Garrigues et Sentiers

Oui ! J’ai osé ce calembour discutable pour célébrer la venue auprès de notre Sauveur des mages d’Orient, célébrée depuis des siècles, et encore maintenant, par tous les chrétiens et une bonne partie des non chrétiens.
 
Pour rester fidèle à notre démarche habituelle, nous allons regarder un peu dans le Premier Testament ce qui a pu inspirer l’évangéliste Matthieu, qui est le seul - au chapitre 2, versets 1 à 12 - à évoquer cette visite ; puis nous nous intéresserons, bien sûr, à la tradition qui a fait d’eux des rois, au nombre de trois, et qui a donné à chacun un nom.
 
Matthieu commence par écrire que Jésus était né à Bethléem en Judée, selon la traduction liturgique officielle. Cette expression, qu’il est encore le seul à employer, est en hébreu phonétique beït lérem yehoudah, qu’on trouve en particulier dans le 1er livre de Samuel (17,12) : David était le fils d'un Éphratéen, celui de Bethléem de Juda, qui s'appelait Jessé et qui avait huit fils. Cet homme, au temps de Saül, était vieux et considéré parmi les hommes.
Cet épisode de la première apparition de David, qui sera bientôt sacré roi de Juda à la place de Saül, sert naturellement de référence à Matthieu, qui a ouvert son évangile avec une généalogie (1,1-17) qui met ostensiblement Jésus dans la lignée du roi David puis avec l’apparition d’un ange qui donne à Joseph l’appellation de fils de David.
Mais il fait écho également à la prophétie de Michée 5,1 : et toi, Bethléem-Éphrata, petite parmi les clans de Juda, c'est de toi que sort pour moi celui qui doit gouverner Israël, ce qui n’est pas tout à fait ce qu’écrit Matthieu 2,6 (qui pourtant écrit : voici ce qui est écrit par le prophète...) : et toi, Bethléem, terre de Juda, tu n'es nullement le moindre des clans de Juda ; car de toi sortira un chef qui sera pasteur de mon peuple Israël.
Matthieu interprète souvent avec hardiesse les textes de l’Écriture et fait ici une fusion des textes de Michée et du livre de Samuel, avec un zeste de pasteur d’Israël dont la seule occurrence dans le Premier Testament est (comme par hasard !) : Pasteur d'Israël, écoute, toi qui mènes Joseph comme un troupeau (Psaume 80,2)…
 
Après ce décorticage du tripatouillage hautement catéchétique de Matthieu, entrons dans la tradition avec la promotion fulgurante des mages en trinité royale !
Les mages apportant trois cadeaux à Jésus, il n’est pas surprenant qu’ils soient trois :
 
Melchior qui offre l’or
Gaspar qui offre l’encens
Balthazar qui offre la myrrhe

MAGES


Nous passerons sur les détails concernant leur âge, la couleur de leur peau et de leurs vêtements, pour nous intéresser, suivant notre habitude, à leurs noms.
 
On trouve dans la littérature abondante sur les Rois Mages des essais d’étymologie de leurs noms, qui sont savants et crédibles ; mais essayons (tout en gardant le recul et la décontraction nécessaires quand on travaille sur un matériau qui n’est pas la Parole de Dieu) de faire parler nous-mêmes ces patronymes.
 
Melchior est évidemment l’hébreu malki ’or, mon roi est lumière (cf. l’article très récent 52 semaines… et la Lumière est)
Melchior offre l’or (qui brille, qui brille… comme le Roi de Lumière).
 
Gaspar viendrait du sanscrit gathaspa, celui qui vient voir ou encore de l’hébreu ghaz, trésor et bar, gérer, administrer… mais j’aime penser qu’il peut aussi être gaza’ parah, la souche donne du fruit, à partir du texte fameux de Isaïe 11,1 : un rejeton sortira de la souche (gaza’ ) de Jessé, un surgeon poussera ( ypereh, du verbe parah , qui donne le substantif pery, fruit) de ses racines. Dans ce verset, nous retrouvons Jessé évoqué plus haut (livre de Samuel).
Gaspar offre l’encens (qui pousse, qui pousse… la prière vers Dieu).
 
Balthazar serait le même nom que celui du personnage évoqué dans le Premier Testament (Daniel 5,1), bélesha’tsar, qui signifierait que Dieu protège le roi (dans lequel Dieu est en fait Baal)… Mais on a bien envie de remarquer qu’en hébreu le mot lot signifie myrrhe !... et de penser que Balthazar est belot hatsar, qui ressemble mieux au patronyme Balthazar que bélesha’tsar, et qui signifie dans la myrrhe est l’affliction.
Balthazar offre la myrrhe (qui embaume, qui embaume… le mort, futur Ressuscité !).
 
Matthieu nous donne à contempler Jésus nouveau-né célébré, par ces hommes venus de loin, en tant que Roi, Dieu et Ressuscité !

Ne boudons pas notre plaisir : entrons avec allégresse dans la joie de l’Épiphanie et n’oublions pas de partager avec ceux que nous aimons la galette ou le gâteau, tous deux symboles du soleil, cet astre qui chaque jour renaît à l’Orient, le pays d’où vinrent ces trois rois-mages, nos frères, pour voir le Roi du Monde et en lui reconnaître notre Dieu, notre Sauveur.

René Guyon

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Bouichou-Orsini Francine 02/01/2010 16:15


Merci au Chantre René, belle et heureuse inspiration pour l'an neuf qui fait dix.
En amitié.
           Francine


G&S 02/01/2010 17:24


Merci de tout coeur, amie.
Un compliment de temps en temps ne messied pas !
RG