Editorial

Publié le par Garrigues et Sentiers

Garrigues & Sentiers on the Net
Dossier n° 3

L’Édito de la Rédaction
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Pour notre premier dossier, il suffisait de pousser la porte et l’on accédait de plain-pied à ces « Cafés théologiques et autres lieux de parole » qui fleurissent dans nos villes. Notre deuxième dossier, « Psy et Foi », conduisait vers des lieux plus intimes, des cheminements plus personnels. Pour ce troisième dossier, nous avons voulu ouvrir vers de plus larges et plus lointains espaces, ceux de l’Amérique Latine.
 
Souci d’exotisme ? Volonté, plutôt, de signifier qu’être attaché à ses garrigues natales (ou tout autre lieu aussi séduisant !) n’empêche pas, bien au contraire, de se tourner vers le « vaste monde ». Volonté, surtout, de manifester notre intérêt pour cet immense sous-continent et tout ce qui s’y joue, pour le monde et pour nos Églises. Façon, ainsi, de prendre conscience dès à présent des enjeux de la cinquième Conférence générale des épiscopats Latino-Américains et Caribéens qui se tiendra au printemps 2007.
 
« Où va l’Amérique latine ? » : pour essayer de répondre à la question ouverte par ce nouveau dossier, nous avons eu recours à la complicité d’amis que leurs fonctions (ou les hasards de la vie) ont conduits à être des témoins privilégiés des réalités latino-américaines :
 
·        Deux prêtres et un religieux, d’abord, qui ont accepté de prendre appui sur les longues années d’expérience qu’ils ont vécues au service des Églises locales et de leurs fidèles pour nous livrer, comme en miroir, leurs témoignages :
·     Xavier Plassat, Paysans du Brésil : résistance ou soumission ?, un article à lire conjointement avec
·        deux documents de dom Dominique You, évêque du diocèse de la Très Sainte Conceição do Araguaia, que nous avons réunis sous le titre Dominique, évêque au Brésil, pour signifier quel est l’engagement de ce fils de saint Dominique au service de ses fidèles ;
·        une présentation d’ensemble du Brésil par Henri Dravet, qui est devenu au fil de ses séjours et de ses contacts un fin connaisseur (et un amoureux passionné) de ce pays ; le titre de son article, Brésil, Brésil… sonne d’ailleurs comme une invitation au voyage !

    ·     Roger Tréfeu, aussi, dont les contributions, Sous la pression des sectes : l’Église catholique en Amérique Latine et Brésil, la longue histoire des paysans sans terre sont nourries de son expérience d’ancien rédacteur en chef de Témoignage Chrétien.
·     Henri Burin des Rosiers, dominicain, enfin, qui nous a permis de rapporter ses propos au cours d'un colloque à Genève : Brésil, la concentration des terres continue.

 
Pour ceux qui souhaiteraient prolonger la réflexion, nous fournissons enfin des à présent Quelques références documentaires, soit une sélection d’ouvrages disponibles sur l’Amérique Latine au Centre de documentation et d’animation Tiers-Monde de Marseille et à la BMVR de l’Alcazar, à Marseille encore. Ils trouveront aussi des références de contacts utiles à Marseille et dans la région dans l'artcile Pour se renseigner et/ou agir.
 
Est-il besoin de dire que, comme pour les « Cafés théologiques » et « Psy et Foi », nous attendons de vous que vous nourrissiez ce dossier de vos commentaires, réflexions et témoignages ? Ce blog est fait pour cela.

À vos plumes, donc, ou plutôt à vos souris et à vos claviers ! 
G&S

Merci à Roger Tréfeu qui nous a confié des photos personnelles pour agrémenter les articles de ce dossier.
 
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Clémence Cursol 13/11/2006 11:43

Je suis frappée par la différence de ton qui ‘exprime à travers les articles de nos 2 prêtres : L’un, Antoine Guérin, se veut résolument optimiste et parle d’espérance : l’Eglise ne peut pas mourir…dit-on parfois.
L’autre, Jean Dumont, est plus sceptique et laisse l’avenir potentiellement ouvert sur l’échec de l’Eglise catholique, face à des sectes, qui certes se réclament du Christ, mais ont une approche différente de celle que le catholicisme d’aujourd’hui nous a appris, ici et d’abord moi-même, à proclamer.

Je m’explique : pendant toute la phase de conquête de l’Amérique du Sud par la vieille Europe, les méthodes de conversion , et de maintien dans un ordre rigoureux dicté par des autorités lointaines qui confondaient le pouvoir temporel et le pouvoir spirituel, n’étaient pas si étrangères à celles que pratiquent les sectes d’aujourd’hui. Si bien que la peur du malheur et de la souffrance, l’espérance d’un changement « miraculeux » sont tellement génératrices d’abandon de soi et d’aliénation , qu’elles sont aujourd’hui comme hier, les ressorts de puissances religieuses qui désirent avant tout construire un pouvoir (autant pour les commerçants et grands propriétaires d’hier, que pour les gourous d’aujourd’hui, synonymes d’enrichissement).

Aujourd’hui dans l’Eglise catholique, la vision de l’homme promue, même si quelques uns dénoncent un retour en arrière, c’est bien un homme libre, autonome, qui « réfléchit » sa foi, et construit, ou essaie de construire, un monde où triomphent les valeurs de liberté, de fraternité et de justice, la justice étant bien indissociable des 2 autres.
Toutes valeurs qui étaient bien celles des « évêques prophètes », comme dit l’un de vous. Malheureusement, qui n’étaient plus des valeurs pour Jean Paul II, (et sans doute d’abord par la Curie) lorsqu’il peut oser répondre que « l’homme a faim de Dieu, mais de pain, non ! »).

Alors qu’attendre : étonnamment, comme toujours, je crois que l’émergence de plus de démocratie dans ces pays, va redonner des moyens aux plus pauvres et donc plus de confiance en eux et diminuera leur besoin de rassurance et donc l’aliénation mentale qui fait le lit des sectes. D’autant que, même si certains pays passent par une phase officielle résolument anticléricale, je ne crois pas qu’il sera possible de supprimer toute religiosité dans ces populations, douées pour le lien entre le ciel et la terre, et il n’y aura pas trop de « temps perdu ». Je regrette à cet effet infiniment que le pape dernièrement élu ne provienne pas d’Amérique du Sud, comme on l’a espéré quelque temps : il aurait repris à son compte une ligne qui ne pouvait pas s’inscrire dans le catholicisme réactionnaire ( de l’Opus Dei, par exemple ou de certaines tendances décrites dans l’un des articles comme reprenant des pratiques sectaires pour « récupérer » des brebis égarées.) Car toute la catholicité pensante serait entrée en résistance. Et même Benoît XVI l’a redit dans son fameux récent discours de Ratisbonne, « la foi ne peut faire l’économie de la raison ». (Ou alors, au risque de se couper de toute la chrétienté qui s’enorgueillit d’aimer Jésus et de le suivre en Vérité dans sa chair et son âme, mais aussi avec toutes ses forces d’intelligence. Dans mes rêves les plus désespérés, je le crains néanmoins quelquefois…)

Je crains, à vous lire, à voir cheminer, seuls, comme abandonnés, ces CEB dont il fut tant question dans les décennies passées, que se crée un schisme nouveau (Comme je me réjouis de la 11ème assemblée de 2005 !… Mais Rome a l’art d’écraser les signes d’autonomie !). Que deviendraient-ils ? Une nouvelle secte ? Seraient-ils récupérés ? A cause du désespoir ? Du manque de moyens ? Ou justement, à cause de leur individualisme lié à leur autonomie de pensée, seraient-ils condamnés à la dispersion ?

On voit bien que 2 chemins se dessinent :
Celui d’une Eglise de laïcs, avec les risques de déviationnisme sectaire dans tous les sens imaginables.
Celui d’une Eglise institutionnelle ragaillardie par le soutien des USA, soutien d’autant plus fort qu’ils perdent la main politique avec les récentes élections, par le soutien de Rome, si éloignée de la réalité du monde, par le soutien désespéré des classes dirigeantes qui voient là le seul moyen de contrer des réformes potentielles où elles perdraient une part de pouvoir et une part de richesse.

Sauf à ce que notre Eglise, à Rome et partout, notre Eglise Catholique, « pour tous », prenne elle-même un « sacré »virage !! Peut-on l’attendre ? Comme pourtant ces pays constituent la réserve en nombre de la catholicité, ce qui se passera dans ces pays est sans doute
déterminant pour l’avenir de TOUTE l’Eglise.

Avec ce qui se passera en Extrême Orient où, en plus l’Eglise est directement confrontée à d’autres pratiques sectaires, celles de l’Islam ; mais ceci est une autre affaire, peut-être celle d’un prochain dossier…