Pesants fardeaux

Publié le par G&S

Réflexion sur Matthieu 23,4

Les Scribes avaient beaucoup travaillé, beaucoup étudié ; ils étaient interprètes officiels des Écritures, en quelque sorte des exégètes patentés et pertinents. Ils savaient tout, pouvaient tout dire mais ils avaient beaucoup de mal à vivre ce qu’ils savaient et ce qu’ils disaient avec une autorité pourtant incontestable.

Les Pharisiens étaient des spirituels passionnés de Dieu, mais ils le savaient trop et avaient tendance à se prendre pour des « Prédicants exemplaires ». Ils disaient juste, mais agissaient faux. Ils ne s’appliquaient pas à eux-mêmes ce qu’ils disaient ou laissaient voir aux autres en plastronnant, assoiffés d’honneur, sur les places publiques.

Ces deux « catégories » étaient des instruits mais en eux, un défaut majeur : ils savaient trop pour les autres et ne pratiquaient pas eux-mêmes tout ce qu’ils préconisaient aux membres du peuple.

Ces hommes de l’élite religieuse enseignaient, reprenaient, corrigeaient, guidaient les autres par leur savoir de techniciens du sacré, mais d’une certaine manière ils restaient extérieurs à leur enseignement. Ils ne s’appliquaient à eux-mêmes ce qu’ils disaient publiquement. Ils parlaient juste et bien, mais croyaient trop facilement qu’ils suffisait de savoir et de dire pour que tous se convertissent. Ils ne faisaient pas eux-mêmes ce qu’ils disaient et ne semblaient même pas s’en rendre compte pour réduire l’écart…

À part quelques exceptions, ils n’avaient pas compris que c’est la foi dans sa simplicité vécue qui induit la foi et non les préceptes bien ficelés, assénés dans des paroles enflammées… Pour que l’enseignement ait quelque succès, il faut que le « grand savoir n’égare pas » de l’humble pratique religieuse. Il est indispensable de s’asseoir au milieu du peuple auquel on appartient (et non en face,) pour murmurer quelques paroles de pauvreté, suivies de quelques efforts de conversion nécessairement approximative. C’est le compagnonnage de tous les jours qui, par le vrai et bon « savoir » offre un chemin qui donne envie d’être suivi…

Les scribes, les pharisiens et leurs descendants sont nécessaires dans tout peuple qui se réunit au nom du Seigneur ; ils flèchent une orientation, ils soutiennent, ils expliquent, ils font aimer l’Écriture… Mais qu’ils prennent garde de ne pas placer sur les épaules des autres des « fardeaux pesants » qu’ils ne portent pas eux-mêmes. Qu’ils marchent avec le peuple dont ils sont.

Il faudrait qu’ils se souviennent que Jésus à parlé du « fardeau léger » qu’il proposait. Et qu’en lui on trouvait le repos ». « Son joug » n’écrase pas les disciples, il donne du « souffle » aux pauvres  (Matthieu 11,28-30)

La foi en Dieu allège la vie en mettant « tout » à sa juste place et non en se donnant des obligations éreintantes et souvent inatteignables.

La foi libère

- en donnant du recul, du relief, des perspectives

- en triant l’essentiel du superflu

- en aimant l’humilité du réel et du possible

La foi ouvre de l’intérieur la porte des prisons où l’on s’est enfermé soi-même.

La foi en Christ donne de la « hauteur », de la « profondeur », de la « longueur » de la « largeur » à la vie (Éphésiens 3 18). Elle ouvre un chemin. Elle sait trouver les compagnons qui joignent leurs efforts pour déblayer la voie qui désenclave.

Les efforts que la foi demande ne pèsent pas, car ils sont choisis avec amour pour la marche vers la liberté. Le peuple voit et reçoit le témoignage de ceux et de celles qui ont fait l’expérience de la libération en ouvrant des chemin de « renaissance » pour eux et pour le monde dont ils sont solidaires.

La foi permet de vivre intérieurement de Jésus ; je le crois source de liberté. L’Esprit creuse en nous de l’Espace pour lui. Avec lui nous inventons ce qui est meilleur pour aujourd’hui, véritable étape pour demain.

Christian Montfalcon

Publié dans Réflexions en chemin

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Clémence Cursol 07/10/2009 18:38


Ce serait une belle homélie. Tout est dit et tout peut s'entendre sur la nécessaire révolution des moeurs des chrétiens (moi comprise).
Il faut pratiquer l'amour que Jésus réclame. Il faut aussi dire notre Homme-Dieu, Jésus.
L'inverse de ce que préconise notre auteur (faire et ne pas dire) qui n'est pas l'idéal, car il ne faut pas laisser aux scribes et aux pharisiens le monopole de représenter Jésus. Ce serait une
imposture, ce serait une trahison envers Jésus.
Donc, faisons et disons !