Dieu nous conduit au bonheur

Publié le par G&S

Voici – déjà ! – le 500e article de votre blog Garrigues & Sentiers et voici – enfin ! – une pensée forte dans la rubrique D’une Alliance à l’autre : Dieu nous conduit au bonheur !

Cette affirmation, qu’on ne trouve pas littéralement dans la Bible, évoque – je l’espère – une expérience que vous avez pu vivre, au moins quelquefois, au cours de votre vie : le bonheur. Alors, si vous êtes croyant vous avez peut-être pensé que Dieu y était pour quelque chose ; à moins que vous n’ayez été trop accaparé par « lui » pour penser à penser à « Lui »…

En français, cette phrase dit beaucoup, mais pas plus (car plus que beaucoup, c’est ce que donne Dieu seul). Donc – 500e oblige ! – je voudrais vous offrir une découverte digne du trésor caché de Matthieu 13,44 : ce que cette phrase nous dit « de plus » quand on la translittère en hébreu

 

Tentative de translittération

1 / Dieu

À tout Seigneur, tout honneur ! Mais commencer par Lui n’est pas la voie la plus simple, tant l’homme a trouvé de détours pour le nommer, au-delà des noms que Dieu lui-même lui a indiqués.

Le plus simple est ’El, qui se développe en ’Éloah et en ’Élohim, dans ses versions singulière et plurielle qui n’ont pas manqué d’intriguer bien des lecteurs de la Bible hébraïque.

Il y a aussi, bien sûr, le tétragramme sacré YHWH, dont nous avons beaucoup parlé ici, bien qu’il soit son nom imprononçable (cf. l’article Par respect pour le nom de Dieu)…

Il y a encore d’autres noms qu’on rencontre ici ou là, comme Hashem, Le Nom, Adonaï, mon Seigneur, sans parler des qualificatifs qui s’y ajoutent, comme Tsevaot, des Armées (le Pantocrator grec de la Septante) ou Shaddaï.

Mais pourquoi ne pas se mettre à la suite des grands personnages de la Bible et écouter ce que dit Dieu à Moïse qui lui demande son nom : ’éheyiéh ’asher ’éheyiéh (Genèse 3,14), que nous avons longuement commenté dans l’article Je ne suis pas ce que je suis.

’Asher est le pronom personnel masculin : qui, ou celui qui. Mais c’est, à cause de ce verset, un des noms utilisé par les juifs pour désigner Dieu.

Gardons ce Asher et continuons…

2 / … nous conduit…

Le premier verbe qui vient à l’esprit est nahag, qu’on trouve en Psaume 48,15 : notre Dieu aux siècles des siècles, lui, il nous conduit ! Ce verbe commence le chapitre 3 du livre de l’Exode, quand Moïse conduit le troupeau de son beau-père dans le lieu où il va rencontrer Dieu-’Asher.

Le deuxième est nachah (prononcer nara).

Mais le plus utilisé et le plus intéressant – et de loin ! – est…’ashar !

Oui, vous avez bien lu : le verbe conduire est composé des mêmes consonnes que le nom de Dieu que nous évoquions à l’instant ! Donc ’Asher nous ashar, si je peux m’exprimer ainsi ! Dieu nous conduit… Si j’ose dire, nous avons déjà fait du chemin !

3 / … au bonheur

Bien des mots le disent et je n’en citerai que trois :

-’or, qui signifie lumière (cette lumière à laquelle nous avons fait allusion dans l’article La cendre et la poussière) : quel sentiment, plus que le bonheur, peut éclairer un visage ?

- tov, que nous connaissons et qui signifie bon ou bien, par exemple en Psaume 4,7 : « Qui nous fera voir le bonheur ? »… Vous savez, ce nom dont la gloire vaut 153 (cf. l’article Les 17 peuples et les 153 poissons) ! ce qui est bien et bon ne peut apporter que le bonheur.

- shalom, qui signifie paix, état indispensable au bonheur.

Mais, pour rester dans le fil de cet article, un verset est incontournable ; celui où Zilpa, la servante de Léa, femme de Jacob, vient de mettre au monde un garçon « pour le compte » de Léa. Alors (Genèse 30,13) Léa dit : « Pour mon bonheur (b’asheriy) ! Car les femmes me diront bienheureuse (isherouni) ! » et elle l’appela Bonheur (’Asher).

On trouve bien d’autres occurrences du mot qui peuvent avoir le sens de bonheur, mais celle-là me paraît bien suffisante pour que mon article arrive à bon port !

 

Tout ça, c’est de l’hébreu…

… me disent certaines personnes à qui j’essaie de faire entrevoir les merveilles de cette langue proprement divine !

Oui, c’est de l’hébreu ! Et c’est par lui, avec lui et en lui que l’Écriture est venue aux oreilles, puis aux yeux, des hommes.

Je voudrais que ceux qui ne sont toujours pas convaincus de la beauté de cette langue, malgré les dizaines d’articles que j’ai écrits pour ce cher blog, prennent conscience de sa puissance au service de la Parole de Dieu.

Je sais que la phrase titre de cet article n’est pas textuellement dans la Bible… mais elle la résume bien, me semble-t-il 1.

Alors, quand on lit en français :

Dieu nous conduit au bonheur

et qu’on prend le temps de translittérer cette belle affirmation de la confiance de l’homme croyant, on arrive à quelque chose comme : ’ishranou ’asher el-’osher, ou les consonances en « sh-r » sont manifestes (lisez-la donc à haute voix !), même si le jeu des voyelles donne des vocalisations diverses.

Écoutez et voyez, c’est beau !

(n’oubliez pas que l’hébreu se lit de droite à gauche) :


 

Avez-vous remarqué que chacun des quatre mots commence par une apostrophe, qui représente la lettre ’aleph, la Lettre divine ? (cf. l’article L’alphabet hébreu, alphabet de la vie).

o O o

Ma conclusion sera simple :

Si le bonheur n’est pas de Dieu et si Dieu ne nous conduit pas au bonheur, nous sommes vraiment les plus à plaindre des hommes (1Corinthiens 15,19) et un pauvre troupeau sans berger 2, chers amis internautes !

Mais que celui qui a des oreilles entende : ’ishranou ’asher ’el-’osher !

René Guyon

1 - Quiconque pense le contraire peut me laisser un message en commentaire !

2 – En Nombres 27,17 le peuple demande à Dieu un chef pour que sa communauté ne soit pas comme un troupeau sans pasteur ; Dieu désigne alors Josué, dont le nom hébreu est Yahoshoua’, le nom de Jésus

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Pierre Locher 01/02/2011 11:55



La dernière phrase de mon précédent commentaire était incompréhensible, du fait de la cisaille informatique ...Je la renvoie un peu modifiée.


 


Appel à la sainteté, appel à la liberté, appel à devenir des fils et filles de Dieu, appel à la vie éternelle, appel à
devenir à l'image du Créateur, appel au bonheur (pourquoi pas si l'on remet le mot dans sa perspective biblique qui n'occulte pas le mystère du mal : nous sommes créés pour le bonheur, mais nous
sommes aux prises avec le mal...), ce n'est qu'un même et unique appel du Père, auquel le Fils, le Saint de Dieu (St-Jean), a totalement et pleinement répondu jusqu'à la mort et qui nous aide à
répondre à cet appel en nous faisant don de l'Esprit...saint (tiens, on l'avait oublié celui-là ! ).


 


Pierre Locher (Puy-de-Dôme)



Karim DE BROUCKER 01/02/2011 08:30



Pierre fait bien de pointer du doigt ma présentation caricaturale de la sainteté primo-testamentaire comme pureté rituelle : mais c'est bien à cette caricature que que le Christ fait la guerre
chez tous ceux qui s'en font une cuirasse "blanchie à la chaux", ce qui à mon sens fait qu'il évite prudemment d'utiliser ce terme très piégeant. Et c'est bien cette dénonciation d'une perfection
d'auto satisfaction que j'avais trouvée si joliment imagée chez Christian Bobin.


Eh bien voilà qui nous fait travailler les Ecritures ! Mais dites, la sainteté que vous peignez ne rappelle-t-elle pas à s'y méprendre l'amour ? Et existe-t-il autre chose -- qui se confond avec
quelqu'un d'autre -- par quoi et par qui nous puissions être heureux ?



Jocelyne 31/01/2011 17:02



La sainteté
est une dimension fondamentale de la vie..
Le Professeur Solomon Schechter, grand penseur juif du XX e siècle, demanda un jour : « Où sont les saints juifs ? Dans d’autres confessions, il y a une longue liste de saints. On
donne aux églises des noms de saints ».
On les trouve au sein de la communauté :
C’est cette conviction juive de la sainteté qui s’exprime dans le passage suivant du Mahzor Hadash :
« Il y a de la sainteté quand nous nous efforçons d’être sincères.
Il y a de la sainteté quand nous nous montrons bon envers quelqu’un qui ne peut en aucune manière nous être utile.
Il y a de la sainteté quand nous favorisons l’harmonie familiale.
Il y a de la sainteté quand nous oublions ce qui nous divise et que nous nous rappelons ce qui nous unit.
Il y a de la sainteté quand nous sommes prêts à encourir des moqueries ou des insultes en raison de nos croyances.
Il y a de la sainteté quand nous nous aimons-sincèrement, honnêtement et de façon désintéressée.
Il y a de la sainteté quand nous pensons à ceux qui sont seuls et que nous prodiguons nos encouragements à ceux qui traversent une période difficile.
Il y a de la sainteté quand nous partageons notre pain, nos idées, notre enthousiasme.
Il y a de la sainteté quand nous nous réunissons pour prier Celui qui nous a donné la faculté de prier.



Pierre Locher 30/01/2011 15:47



 


Le commentaire de Karim m'a quelque peu surpris...le mot est faible.


 


Néanmoins je le remercie d'avoir cité Christian BOBIN : c'est quelqu'un que j'écoute de temps en temps, que je lis
aussi parfois et dont j'aime tirer quelques petites phrases assez stimulantes, mais qu'il vaut mieux citer complétement, sous peine de contre-sens. Comme je n'aime pas trop voir malmenée la
pensée d'un auteur que j'apprécie, voici la phrase tirée de « L'éloignement du monde » à laquelle Karim fait allusion :


« La sainteté a si peu à voir avec la perfection qu'elle en est le contraire absolu. La perfection est la
petite sœur de la mort. La sainteté est le goût puissant de cette vie comme elle va – une capacité enfantine à se réjouir de ce qui est, sans rien demander à personne »


On est assez loin, me semble-t-il, de « la sainteté primo-testamentaire » assimilée à une perfection morale.
Mis à part le fait qu'il ne se réfère pas au premier testament, Christian BOBIN dit même le contraire.... Mais venons-y justement, au premier testament.


 


Karim m'a aussi incité à replonger dans la Bible, exercice toujours stimulant, mais qui n'efface pas mon désaccord sur
sa lecture. Peut-être va-t-il un peu vite en assimilant la sainteté du premier testament au « code de sainteté » dont il est question dans le Lévitique. Comme l'a signalé René GUYON, le
mot qadosh est cité plus de 300 fois dans l'AT, et ce n'est probablement pas 300 fois au sens qu'il prend – ou qu'on lui fait prendre – dans le Lévitique (par ailleurs le Lévitique n'est
pas la totalité du premier testament). Je dis : « le sens qu'on lui fait prendre », car même les spécialistes de la Tora (et de la Loi), que sont nos frères ainés dans la foi, trouvent
l'expression « code de sainteté » inappropriée :


« […] le code de sainteté, on ne pouvait choisir terme plus impropre. C'est un code de pureté rituelle, tel
qu'on le retrouve dans la plupart des sociétés religieuses antiques. […] Si le sanctuaire venait à disparaître, il n'y aurait plus ni pureté, ni impureté, mais l'exigence de la sainteté resterait
entière. » (André NEHER, Prophètes et prophéties). Encore la distinction entre foi et religion...


 


En relisant certains passages du Lévitique, je note deux choses. Le fameux « commandement » :


« Soyez saints car moi YHWH votre Dieu je suis saint. »Lv 19,2


précède une série de commandements concernant le prochain, lesquels se terminent par une autre formule non moins
célèbre :


« Tu aimeras ton prochain comme toi-même. Je suis YHWH » Lv 19,18.


les auteurs bibliques semblent ainsi établir un lien entre sainteté, amour du prochain et amour de Dieu.


 


Deuxième remarque, la formule de Lv 19,2 est la reprise abrégée de Lv 11,45 :


«Oui, c'est moi Yahvé qui vous ai fait monter du pays d'Égypte pour être votre Dieu : vous serez donc saints parce
que je suis saint. »


 


Ce constant rappel de l'expérience libératrice de la sortie d'Égypte est relié à
l'appel à la sainteté. Ce n'est évidemment pas un troc entre Dieu et son peuple, c'est simplement souligner qu'appel à la liberté et appel à la sainteté ne sont qu'un seul et même appel. Je
trouve que cette phrase du Lévitique fait un magnifique pont entre l'expérience d'un Dieu libérateur retracée dans le livre de l'Exode et notre premier (par ordre chronologique) théologien
St-Paul qui dit à ses frères que Dieu les appelle à la liberté(Ga 5,13). Mais la Bible n'est-elle pas le témoignage
d'une histoire...sainte ?


 


Continuons avec St-Paul qui témoigne, lui aussi, de cet appel à la sainteté :


« Quant à nous, nous devons continuellement rendre grâce à Dieu pour vous, frères aimés du Seigneur, car Dieu
vous a choisis dès le commencement pour être sauvés par l'Esprit qui sanctifie et par la foi en la vérité. » 2 Th 2,13.


 


« Paul, appelé à être apôtre du Christ Jésus par la volonté de Dieu, et Sosthène le frère, à l'Église de Dieu
qui est à Corinthe, à ceux qui ont été sanctifiés dans le Christ Jésus, appelés à être
saints avec tous ceux qui invoquent en tout lieu le nom de notre Seigneur Jésus Christ, leur Seigneur et le nôtre. » 1 Co 1,1-2


 


« N'aie donc pas honte de rendre témoignage à notre Seigneur et n'aie pas honte de moi, prisonnier pour lui.
Mais souffre avec moi pour l'Évangile, comptant sur la puissance de Dieu, qui nous a sauvés et appelés par un saint appel, non
en vertu de nos œuvres, mais en vertu de son propre dessein et de sa grâce. » 2 Tm 1,8-9


 


Je n'en rajoute pas, on pourrait trouver d'autres passages témoignant de cet appel à la sainteté que vit Paul dans sa
fidélité à Jésus. Difficile de savoir ce qu'à dit Jésus sur l'appel à la sainteté, il n'a pas laissé d'écrits..., mais
ce qui construit en partie la théologie de Paul, on le lit sans aucune ambiguïté : Dieu vous appelle à la sainteté.


 


Appel à la sainteté, appel à la liberté, appel à devenir des fils et filles de Dieu, appel au bonheur (pourquoi pas si
l'on remet le mot dans sa perspective biblique qui n'occulte pas le mystère du mal : nous sommes créé



Karim DE BROUCKER 29/01/2011 10:30



Jésus s'est bien gardé d'appeler à la sainteté, ou plutôt il a appelé bien au-delà de la sainteté : à la perfection, c'est-à-dire à l'achèvement, et à l'achèvement de l'amour. Ainsi il est
capital d'observer qu'il ne cite pas fidèlement, comme l'auteur de la première lettre de Pierre,  le verset de Lv "soyez saints", mais le convertisse en "soyez achevés", comme on dirait
soyez des aimants achevés. En effet cette parole du Christ clôt un paragraphe ou il n'est question que d'amour. Etre un amant achevé c'est tâcher d'aimer dans le sens de l'amour du Père et du
Christ, qui n'aiment pas tout le monde, mais chacun, bon ou mauvais, et se donnent pour eux.


La sainteté primo-testamentaire -- qui imprégna durablement la tendance judéo-chrétienne -- est une pureté rituelle et d'interdit, rendue par l'équivalent grec "hagios". On sait quelle guerre a
mené Jésus contre son hypertrophie pharisienne. Il s'agit de perfection morale "qui est la petite soeur gâtée de la mort" (C. Bobin). Jésus n'exclut évidemment pas la droiture morale, mais il la
remet à sa place de serviteur, elle qui trop souvent se prend pour le Maître. Le Maître est donc l'amour, et heureusement que l'amour rend heureux !


Sur ce point, les évangiles préfèreront la joie, et ils en ruissellent ! Le mot heureux n'est pas absent non plus, loin de là, mais pas dans sa forme grecque ordinaire qui est eudaïmôn, mais
makarios : il s'agit d'un terme spécifique et utilisé par les évangélistes avec une connotation toujours eschatologique. Il s'agit d'un état pour lequel le français utiliserait le mot "félicité"
ou "béatitude", et évoquant le bonheur de la communion d'amour future ou les prémices qu'on en peut goûter dès cette vie. Aussi la formule "en marche" relève de l'interprétation, mais certes pas
de la traduction. Cela dit je comprends bien l'idée : l'assurance de cette félicité "redonne la pêche" tout-à-coup !



Pierre Locher 28/01/2011 17:07



Dommage, René, serais-je tenté de dire, non pas pour le débat sur la sainteté, mais pour l'idée même de sainteté, même si ce n'est pas le sujet de la liturgie du dimanche à venir. Car, quand
même, peut-on écarter si rapidement cet appel que l'on entend tout au long de la Bible, aussi bien dans le premier que le second Testament ?


Vous le dites vous-même, le mot bonheur traduisant plusieurs vocables hébreux apparaît environ 150 fois dans la Bible, le mot qadosh plus de 300 fois , c'est suggérer que l'un pèse d'un
poids un peu plus important que l'autre...


Vous dites aussi que le mot "saint" est pratiquement toujours une qualité divine, j'ajouterai que c'est même son attribut principal dans l'AT, bien avant l'identification de Dieu à l'amour. Pour
essayer de vous détourner quelques instants des images pieuses des saints de notre "tradition", je citerai encore un penseur ( je n'ose pas dire théologien) juif, André NEHER :


"Dans l'éthique de la Tora [...], l'obligation de la sainteté prime toutes les autres [...] La Tora explique d'ailleurs d'où vient cette prééminence de la sainteté (cf. Lv 19,1). La sainteté
est une imitation de Dieu.[...]. L'homme rencontre Dieu : c'est l'Alliance. L'homme s'efforce d'être à l'image de Dieu : c'est la sainteté. [...] La sainteté n'est pas, dans la Tora,
synonyme de la pureté (ni de la perfection, suis-je tenté d'ajouter). Il y a, dans la sainteté, une éxigence d'imitation de Dieu, que la pureté ignore absolument.[...] La grande
innovation de la Tora, c'est d'avoir distingué entre le domaine de la pureté (du sacré) et celui de la sainteté.[...] L'homme n'accède à Dieu que par sa tension vers la
sainteté."


Avouez qu'on est loin des images sulpiciennes ...et André NEHER résume son propos en disant que Dieu, dans l'AT, est appelé le Saint, et non le pur, rarement le parfait, et , à ma connaissance,
pas le bienheureux non plus... 


J'ajouterai qu'au centre de la révélation chrétienne, telle que nous l'a transmis la tradition, au bon sens du mot cette fois,  se trouve l'Esprit ...saint : difficile d'y échapper
...


A la citation de la lettre de Pierre que j'ai faite plus haut (1 P 1,15-16), j'ajouterai une citation de l'évangile de Jean, à laquelle on ne prête pas souvent attention parce qu'on retient
plutôt  la version des évangiles synoptiques  :


"Seigneur, à qui irons-nous ? Tu as les paroles de la vie éternelle. Nous, nous croyons, et nous avons reconnu que tu es le Saint de Dieu."


Je ne nie pas la pertinence du mot bonheur dans la lecture de la Bible, je souhaite simplement le relativiser (rendre relatif à ) à la sainteté du premier testament, à la vie éternelle du second.
Sans quoi j'ai peur que l'on dérive rapidement vers  une vision un peu idyllique d'une vie sans souffrances, sans crises, mais ausi sans désirs et sans risques.


Exemples concrets relatifs à des personnes du siècle dernier :


Martin Luther KING, s'il recherchait peut-être un certain bonheur pour son peuple - j'y voit plutôt la recherche d'une libération -  le recherchait-il pour lui-même ?


Le pasteur Bonhoeffer, assasiné par les nazis pour avoir participé à une tentative d'attentat contre Hitller recherchait-il son bonheur ?


Je n'en suis pas certain, mais ce qui est sûr pour moi, c'est qu'ils ont tous les deux approché de très près la sainteté, au sens où l'a défini André NEHER.


J'espère ne pas vous avoir lassé avec mon insistance sur ce mot, mais , si vous y avez un peu souscrit, pourquoi ne pas faire une étude sémantique du mot qadosh? à moins que ce ne soit
déjà fait dans G&S, je n'ai pas vérifié...


Cordialement.


 


Pierre Locher


 


 



Francine Bouchou-Orsini 27/01/2011 19:20



Au terme d'une journée plutôt épuisante, je relis l'Evangile du jour, les Béatitudes, et les commentaires que René est allé chercher dans les années antérieures.


Tout cela me pousse à voir ce qi est commun à tous, au-delà des préférences dans les termes choisis, lesquels, et pas seulement en hébreux, incitent à  la discussion interminable...


Etre heureux, ce n'est pas consommer du bonheur... C'est simplement, me semble-t-il, arriver, sans bien savoir comment, à ETRE  LÀ Où DIEU NOUS ATTEND, à tel endroit et tel moment de notre
marche.


Alors, on s'arrête un peu : on reconnait cet instant d'accord et on rend grâce pour cette fugitive harmonie. Je crois que st Augustin ne dirait pas le contraire.


Francine Bouichou-Orsini


 



René Guyon 27/01/2011 13:36



Cher Pierre, je ne conteste pas du tout votre attirance pour la sainteté  et je n'entrerai pas dans un débat sur
ce sujet, pour lequel je me sens incompétent.


En ce qui concerne le bonheur, je voudrais juste ajouter qu'il y a quand même 152 occurrences du mot 'asherey, heureux, dans la Bible, dont 22 occurrences dans les Psaumes, entre autre : « heureux tous ceux qui craignent le Seigneur et marchent
dans ses voies ; heureux, impeccables dans leur voie, ceux qui marchent dans la loi du Seigneur, heureux, gardant son témoignage ceux qui le cherchent de tout cœur et qui sans commettre le mal
marchent dans ses voies, etc. »… N’est-ce pas là du « vrai » bonheur ?
Et Jésus disait en particulier à ses disciples : « heureux les yeux qui voient ce que vous voyez… » (Luc 10,23)



Pierre Locher 27/01/2011 12:46



Bonjour René,


Je ne veux pas répondre de façon exhaustive à vos remarques, il y aurait beaucoup à dire sur la "sainteté" que nous catholiques avons tendance à confondre avec ...les saints du calendrier ! La
conception biblique en est très éloignée et je ne suis pas sûr que la traduction du mot suffise, car sauf erreur (je ne lis pas l'hébreu), le mot hébreu Qadosh ou Qadash se refere aussi bien à la
sainteté qu'au sacré, ce qui n'est théologiquement pas tout à fait la même chose et qui, je suppose, ne peut être correctement traduit qu'en fonction du contexte. Voir le titre d'un ouvrage d'un
juif français qui contient les deux mots : "Du sacré au saint" par Emmanuel LEVINAS. Pour une vision assez fidèle à la Bible de la sainteté, me semble-t-il,   voir un autre auteur juif
: André NEHER.


L'expression à laquelle je faisais allusion n'est pas exclusivement dans le premier testament : "...mais, de même que celui qui vous a appelés est saint, vous aussi
devenez saints dans toute votre conduite,  parce qu'il est écrit : Soyez saints,
car je suis saint..." 1 Pierre 1,15-16


Et tant que je suis dans les livres , pour ouvrir à la vision du bonheur dans la révélation chrétienne, voir le livre très stimulant - même si j'ai fait part à l'auteure de mes réticences sur le
mot - de Marie-Christine BERNARD, enseignante en théologie à la faculté catholique d'Angers, intitulé :"Les fondamentaux de la foi chrétienne".


 


Je continue, malgré Marie-Christine BERNARD et malgré votre article à préférer l'appel à la sainteté à l'appel au bonheur, qui a pour moi une connotation très "mondaine" au sens  de St-Jean
( voir la pub qui veut vous rendre "heureux" avec  le dernier téléphone portable ou un nouveau déodorant...)


Pierre Locher (Puy-de-Dôme)


 


 



René Guyon 27/01/2011 11:03



Pierre,
Je respecte profondément les deux auteurs que vous citez et qui sont infiniment plus savants que moi !
Rémi Brague est un écrivain, philosophe, universitaire, spécialiste de la philosophie médiévale arabe et
juive, et connaisseur de la philosophie grecque. Il enseigne la philosophie grecque, romaine et arabe à l'Université de Paris I Panthéon-Sorbonne et à la Ludwig-Maximilian Universität de Munich.
Il est membre de l'Institut.
Jean-Luc Nancy est un philosophe français. Tenté par la théologie, sa rencontre de Derrida, ses lectures de
Althusser, Deleuze, Heidegger, Blanchot, Hölderlin, le conduisent à penser un monde fragmenté, irréductible à la systématicité moderne. On peut le ranger parmi les penseurs post-modernes.
(source : Wikipedia… qui pratique l’anacoluthe avec art !)


Étant dans le cadre d’une étude sémantique (et non philosophique, car je ne suis absolument pas philosophe) du Premier Testament, je mentionne dans mon article que les principaux
mots hébreux qu’on traduit par bonheur sont ’or (lumière), tov (bien) et shalom (paix) ; je suis (comme le troupeau suit son berger…) en cela la Bible
de Jérusalem et le dictionnaire Sander et Trenel, dont la compétence en hébreu biblique est reconnue.
Remarquez que je ne fais, ni de près ni de loin, allusion aux Béatitudes des Évangiles, car je pense aussi qu’il n’y est pas question explicitement de bonheur mais de marche (en
marche ! traduit Chouraqui !) avec Dieu ; cela dit la premier mot du Psaume 1 est ’ashrey, ’asher signifiant marcher ou conduire, comme je l’indique
dans mon article…


Quant à la sainteté, notons que sur les 329 versets du Premier Testament où on trouve le mot saint, qadosh, plus de 300 fois il désigne Dieu ! Le verbe
hébreu qui en est la racine indique le fait de sortir de l’ordinaire, d’être à part, ce qui n’implique aucunement une connotation de bonheur et j’avoue que la vie de
quelques saints « doloristes » ne me pousse pas à la rechercher à leur suite… et que je ne connais pas de prophète heureux !



Pierre Locher 26/01/2011 19:21



Il faut bien que quelqu'un rompe l'unanimité des commentaires. Je vais m'y employer en faisant appel à des gens qui s'expriment mieux que moi :


"Dieu ne cherche pas notre bonheur, il ne cherche pas non plus notre malheur, d'ailleurs. Il cherche notre bien, c'est-à-dire notre sanctification : Soyez saints car je suis saint, moi le
Seigneur votre Dieu (Lev. 19,2). Notre bien, c'est Dieu lui-même." Rémi Brague, Du Dieu des chrétiens


Le bienheureux de l'Evangile veut moins donner du bonheur ou d ela satisfaction qu'indiquer un chemin pour sortir de la détresse. Les Béatitudes ne désignet pas un bonheur, mais une attitude, une
disposition générale de la vie humaine qui échappe à la fois à la détresse et à le résignation [...] "Bienheureux" signifie ici presque "glorieux" , "en gloire" . c'est presque dire "saint".
Jean-Luc NANCY


L'un comme l'autre ont remplacé le mot "bonheur" par le mot "sainteté" qui me semble plus... biblblique.


J'ajouterai une dernière reflexion empruntée au premier testament, puisque nous sommes sous le signe de l'Alliance (de l'une à l'autre). Si vous jetez un oeil sur le livre du prophète Isaïe, vous
vous rendrez vite compte que le mot bonheur est particulièremment inadapté à la réalisation  de sa mission, la réponse positive qu'il adresse au questionnemnt divin est une épreuve assez
éloignée du bonheur tel que nous l'imaginons souvent.


 


Pierre Locher (Puy-de-Dôme)



Bouichou Francine 04/10/2009 08:28



Le bonheur, croire au bonheur, aller vers le bonheur… voilà  des termes peu répandus aujourd’hui. Affaire de climat, crise, atmosphère…. Et pourtant qui pourrait dire que nous ne sommes pas portés, au plus profond, par ce désir tenace ?


Merci à René pour sa démonstration savante (en hébreu, comme il se doit) ; merci à Zaïsev et Noëlle pour la fraîcheur de leurs réactions.


                       
                       
                        Francine



Noëlle 03/10/2009 17:30


Merci Seigneur, pour le jour béni où tu as mis René sur ma route. Merci parce qu'il m'a fait découvrir qu'en fait je Te connaissais (mais mal), que tout au fond de moi je T'aimais et surtout que
Toi tu m'aimais et que j'avais du prix à Tes yeux.
Oui, Tu m'as vraiment conduite au bonheur, au bonheur de te mettre au quotidien dans ma vie, au bonheur de vivre une vie formidable auprès de René, au bonheur extraordinaire que nous donnent nos
filles et leurs maris et nos petits-enfants, ceux déjà nés et ceux à venir...
Les épreuves n'ont pas manqué certes, et il y en aura sans doute encore. Mais Tu es là Seigneur pour nous tenir la main et nous conduire vers Toi, vers le Bonheur.
Merci René pour cet article.
Ta femme.
Noëlle.


Zaitsev 03/10/2009 11:20


Je reste convaincue que Dieu conduit au bonheur même s'il nous met à l'épreuve à certains moments. Il m'est arrivé d'être dans une situation difficile et que je croyais insoluble. J'ai été surprise
par le dénouement heureux de cette situation et depuis, je m'efforce de me dire qu'il ya toujours une solution à tout si l'on croit en Dieu.
Quant à trouver le bonheur, je suis sûre que cela ne peut se faire qu'à travers notre foi en Dieu mais il m'est parfois difficile de croire au Bonheur et suffisamment en Moi pour y accéder...Mais
j'y travaille...
Merci pour cet article intéressant et éclairé !


René Guyon 03/10/2009 11:44


Merci pour ce commentaire, bien trop gentil pour l'auteur (qui rougit quand même de plaisir...) mais réaliste pour l'oeuvre de Dieu en ce monde qu'il a créé... pour le conduire au bonheur !
Il est divinement agréable de constater qu'Il s'en donne la peine au fil des siècles et des siècles ! Amen ("cela est la vérité" ; cf. l'article Hosanna ! Alleluia ! Amen !) !