À propos de la vertu d'obéissance

Publié le par G&S

Amis lecteurs, on aurait pu – notre blogmestre aime bien nous faire jouer à ce jeu làvous laisser deviner sinon l’auteur du moins la date de ce document. Il vaut mieux la brutalité du constat.

Emmanuel Mounier – philosophe pionnier, et aujourd’hui insuffisamment lu, de l’engagement chrétien – a écrit cette page en 1944, dans L’Affrontement chrétien (Seuil, 1945, p. 75-77).

Son constat ne reste-t-il pas, 65 ans après, un mode de relation coutumier de beaucoup de fidèles vis-à-vis des “hautes zones de l’obéissance” ?

Marcel Bernos

 

« L’obéissance est un comportement psychologique ambigu. Les psychanalystes se refusent à y voir autre chose que deux formes de l’impuissance : ou l’impuissance de ceux qui n’ont pas atteint leur pleine autonomie et ont peur de la liberté de penser et d’agir, ou l’impuissance de ceux qui, angoissés du moindre dissentiment avec autrui, s’empressent de se soumettre à ses ordres pour obtenir son assentiment. Beaucoup d’obéissances se ramènent sans doute à l’une de ces deux démissions, et il n’est pas rare qu’on les trouve […] même dans de très hautes zones de l’obéissance. Mais il existe une obéissance de nature radicalement différente. L’abandon de certaines prérogatives y est subordonné à une forte maîtrise de soi. Elle doit en effet de cent manières dompter ou tourner les résistances de l’amour-propre et les difficultés de l’exécution. Cette obéissance est, contrairement à l’autre, […] un acte de haute tension. L’obéissance chrétienne est encore située sur un plan supérieur. Elle est un hommage d’être spirituel à être spirituel dans la liberté et dans l’amour. Il faut en faire l’expérience du dedans pour entrevoir ce mélange inextricable de renoncement et d’initiative, de dépouillement et de transfiguration […]

 

« L’expérience catholique déplace continuellement notre attention de la subjectivité à l’objectivité et de l’objectivité à la subjectivité, de l’ordre vers la foi et de la foi vers l’ordre, de l’autorité vers la liberté et de la liberté vers l’autorité. Nos goûts peuvent nous porter vers l’un ou l’autre de ces termes, mais passée la marge que l’Église a toujours permise aux tempéraments spirituels, nous ne pouvons sacrifier l’un à l’autre […].

 

« […] Nous connaissons bien les formes que prend chez les faibles psychiques le besoin d’être dirigé. Ils ont horreur de la solitude et de l’initiative. Ils sont toujours à l’affût de directeur de conscience autoritaire, prêtre ou médecin, qui leur apporte des jugements tout formulés et des décisions toutes prises. C’est ainsi que trop souvent les fidèles conçoivent la direction de conscience, qu’il s’agisse de leur vie personnelle ou de leurs initiatives publiques. Que n’écoutent-ils la leçon des grands directeurs et des grands dirigés. Que le directeur soit humble, demande sainte Thérèse, qu’il n’oublie pas que parfois les dirigés “ ont un maître plus puissant que lui, et ne sont pas sans supérieur ”. »

Publié dans Fioretti

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