Transfiguration, figuration, préfiguration

Publié le par G&S

Luc 9,28-36
(mais aussi Matthieu 17,1-9 et Marc 9,2-10)

En ce 6 août, il est « incontournable » d’avoir envie d’écrire sur la Transfiguration du Christ Jésus. Voilà trois ans que je résiste, Dieu seul sait pourquoi… et aujourd’hui je me lance : montons ensemble sur la montagne !

Le temps, le lieu, l’action

La scène se situe juste après la profession de foi de Pierre (versets 18-20), un discours où Jésus annonce sa Passion (21-22), définit les conditions qu’on doit remplir pour le suivre (23-26) et annonce la venue prochaine du Royaume : Je vous le dis vraiment, il en est de présents ici même (parmi les apôtres) qui ne goûteront pas la mort, avant d'avoir vu le Royaume de Dieu (27).
Environ huit jours après ces paroles… dit alors Luc.
Le 8e jour est, dans la théologie juive, celui du Monde nouveau et de la terre nouvelle dont Dieu parle au prophète Isaïe (65,17) : car voici que je vais créer des cieux nouveaux et une terre nouvelle. C’est pour les chrétiens, pour nous, le « jour » qui suit la Résurrection, le jour éternel de la gloire de Jésus auprès de son Père et de l’Esprit, dans la Trinité.
Pour Matthieu et Marc, c’est le 6e jour, le jour du Messie, ce Fils bien-aimé choisi par Dieu, dont on parelra.
Jésus prend (verbe qui annonce toujours un grand événement) avec lui Pierre (le disciple qui a le plus d’avenir !), Jean (que la tradition assimile au disciple que Jésus aimait de l’évangile… de Jean) et Jacques (l’autre fils de Zébédée) ; ces trois restent plusieurs fois seuls avec Jésus en Marc et Luc (guérison de la femme atteinte de pertes de sang, Gethsémani). Pierre et Jean sont aussi souvent ensemble (pour chercher le lieu de la Cène ; pendant le procès, où Jean fait entrer Pierre dans la salle).
Jésus gravit la montagne : Luc a l’air de la supposer connue, contrairement aux autres évangélistes qui parlent d'une haute montagne. Mais on ne sait pas quelle est cette montagne : Tabor (l’« officielle » définie par la Tradition) ? Nebo (d’où Moïse a vu la Terre Promise avant d’y mourir) ?
Peu importe ! C’est surtout une montagne symbolique, un nouveau Sinaï (l’Horeb) où Dieu parla à Moïse et à Élie.
Pour prier : seul Luc le dit. Notons que plusieurs fois dans les évangiles Jésus se retire pour prier, toujours sur une montagne. Ce qui ne veut pas dire qu’il ne priait pas ailleurs !
Son visage apparut tout autre, dit la traduction liturgique de l’Église catholique. le mot-à-mot est : il advint dans sa prière l’aspect de son visage autre et son vêtement blanc fulgurant. Il n’est question ni d’apparition (mais d’évolution) ni de tout autre (pourquoi ajouter à un texte des mots qui n’y sont pas ?).
Transfiguration est une traduction du grec metamorphosis : métamorphose, changement d’apparence.
Il n’est pas inutile de remarquer que le Larousse parle d’épisode symbolique de la vie de Jésus où le Christ apparaît dans l’éclat de sa divinité  et le Robert de changement miraculeux dans l’apparence du Christ.

Les personnages

Moïse
est celui qui a libéré le peuple d’Égypte et l’a mené jusqu’à l’entrée de la terre Promise. Il a, comme Jésus, jeûné 40 jours au désert : Moïse demeura là, avec Le Seigneur, quarante jours et quarante nuits. Il ne mangea ni ne but, et il écrivit sur les tables les paroles de l'alliance, les dix paroles. (Exode 34,28). Il a vu passer Dieu sur l’Horeb (Exode 34,18-22) Il est mort sur le mont Nebo : c’est là que mourut Moïse, serviteur du Seigneur, en terre de Moab, selon l’ordre du Seigneur (Deutéronome 34,5).
L’expression signifie littéralement sur la bouche du Seigneur, ce que la tradition juive, dans sa grande sagesse, a conservé.

Élie est un prophète dont l’histoire est racontée dans les Livres des Rois. Il a vécu entre 900 et 800 avant Jésus-Christ et s’est fait particulièrement remarquer par le morceau de bravoure de son défi aux prêtres de Baal sur le mont Carmel (1Rois 18,20-40). Après les avoir humiliés en faisant tomber le feu de Dieu, il égorgea les prêtres de ses propres mains, ce qui lui valut la haine de Jézabel, femme du roi Achab. Il fuit donc dans le désert où il fut nourri par un ange et soutenu par cette nourriture, il se leva et marcha quarante jours et quarante nuit jusqu’à la montagne de Dieu, l’Horeb, où il vit passer Dieu (1Rois 19,1-18). Il disparaît du monde subitement : un char de feu se mit entre [Élie et Élisée] et Élie monta au ciel dans un tourbillon (2Rois 2,11)…
Mais on peut évoquer aussi un élément dont personne ne parle, à ma connaissance : le successeur de Moïse est Josué, dont le nom en hébreu (à partir de Nombres 13,16 et dans le livre de Josué ) est Yaoshou’a et le successeur d’Élie est Élisée, en hébreu ’Éliysha’ . Or, ces deux noms signifient Dieu sauve, exactement comme celui de Jésus !
La Bible dit qu’il ne s’est plus levé en Israël de prophète pareil à Moïse, lui que le Seigneur connaissait face à face (Deutéronome 34,10). Pour sa part, Élie est pour de nombreux juifs le Messie qui doit venir ; ils lui gardent une place à la table du repas de Pessah (la pâque juive) où une cinquième coupe de vin lui est réservée (cf. l’article Une coupe, des coupes, une Pâque des Pâques).
Moïse symbolise la Loi et Élie les Prophètes, que tous deux Jésus est venu accomplir : n'allez pas croire que je sois venu abolir la Loi ou les Prophètes : je ne suis pas venu abolir, mais accomplir. (Matthieu 5,17)
Voilà pourquoi ils sont là tous les deux !

Transfiguration

Apparus dans la gloire
 : la gloire est en grec doxa, réputation ; l’hébreu kavod  a pour racine le poids. Dieu, c’est du lourd ! (cf. l’article Les 17 peuples et les 153 poissons)
La base de la gloire peut être la richesse d’Abraham (Genèse 13,2), la puissance sociale de Joseph (Genèse 45,13). Elle entraîne le rayonnement : gloire du manteau d’Aaron (Exode 28,2), gloire du Temple (Agée 2,3), de Jérusalem (Isaïe 62,2) ou du Liban (Isaïe 35,1), bien sûr gloire du roi (1Chroniques 29,28) ou de l’homme (Psaume 8,6).
La gloire de Dieu, c’est Dieu lui-même, dans toute sa splendeur : Dieu – Père, Fils (Jean 2,11 entre autre) et Esprit – manifeste sa Gloire. Et on connaît le Christ en gloire de nos églises.

Figuration
 
Ils parlaient de son départ qui allait se réaliser à Jérusalem (Luc est le seul à dire cela) : départ est en grec exodos (la sortie ; Moïse n’est pas loin !).
Pierre et ses compagnons étaient accablés de sommeil (détail que Luc est seul à mentionner mais que l’iconographie reprend toujours !) : cela annonce l’épisode de Gethsémani (où apparaissent Pierre, Jacques et Jean), où les disciples dorment pendant que Jésus vit son agonie… Ils ratent les plus grandes occasions !
Petit clin d’œil : les disciples sont accablés, littéralement sous le poids du sommeil ; la gloire de Dieu est là et pour eux elle est vraiment très pesante !
Dressons donc trois tentes (noter que les disciples reconnaissent tout de suite Moïse et Élie, qu’ils n’ont pourtant jamais vu en photo !) : les tentes sont soukot en hébreu, nom de la fête commémorant le séjour au désert, allusion aux trois personnages présents, qui ont vécu y ont vécu (c’est certainement pour la fête des Tentes que Jésus est entré à Jérusalem ; cf. l’article Les tentes des Rameaux). Au verset 58 du même chapitre, Jésus dira : les renards ont des tanières et les oiseaux du ciel ont des nids ; le Fils de l'homme, lui, n'a pas où reposer la tête.
Luc ajoute que Pierre ne savait pas ce qu’il disait… remarque sympathique ! Marc dit que Pierre ne savait que dire, ce qui est plus gentil… Toujours est-il que Jean dit bien que le Verbe s’est fait chair et a campé parmi nous (1,14)…
Une nuée survint et les couvrit de son ombre : la première nuée de la Bible est en Genèse 9,13-15 : je mets mon arc dans la nuée (arc-en-ciel de l’Alliance de Dieu qui suit le Déluge) En Exode 40,35, on lit : Moïse ne put entrer dans la Tente du Rendez-vous, car la nuée demeurait sur elle, et la gloire du Seigneur emplissait la Demeure.
Ils furent saisis de frayeur : combien de fois y a-t-il ne crains pas, sois sans crainte (ou équivalent) dans la Bible ? 84 fois ! On passe son temps à avoir peur de Dieu, surtout s’il ne s’annonce pas !
Voilà des disciples qui, malgré toute leur bonne volonté, ont fait de la FIGURATION !

Préfiguration

Celui-ci est mon fils, celui que j’ai choisi
(l’élu) ; écoutez-le : une autre version de Luc et les autres évangélistes parlent de bien-aimé (hébreu dod, composé des mêmes lettres que David) : l’élu du Seigneur est, bechiyr YHWH, de valeur 66, symbole du Messie.
Ce terme désigne Jacob en Psaume 105,6, Samuel en 2Samuel 21,6, David en 1Rois 11,34, le Serviteur en Isaïe 42,1, le peuple en Isaïe 43,20.
Jésus seul : après avoir entendu Dieu dire écoutez-le les disciples voient Jésus seul. Le rapprochement est saisissant avec Deutéronome 6,4 : écoute Israël, le Seigneur ton Dieu est le seul Seigneur ! Jésus est Seigneur, à la gloire de Dieu le Père (cf. Philippiens 2,11) !
Les disciples gardèrent le silence : dans les autres évangiles, c’est Jésus qui leur demande de le garder en redescendant de la montagne. C’est le secret messianique.
La Transfiguration confirme le baptême de Jésus : tu es mon fils ; moi, aujourd'hui, je t'ai engendré (Luc 3,22) et la confession de Césarée : Pierre répondit [à Jésus] : « le Christ de Dieu » (Luc 9,20). Elle révèle sa personne de Fils bien-aimé qui possède la gloire même de Dieu.
Elle préfigure le matin de Pâques où, par sa victoire sur la croix, Jésus le Christ entrera dans la gloire de son Père, Fils de l'homme glorieux, Seigneur à jamais.
Les disciples ont-ils compris cela à ce moment là ; l’ont-ils compris au matin de Pâques ? Dieu seul le sait… Nous, nous avons qu’ils l’ont compris et nous n’aurons pas assez de notre vie pour le comprendre vraiment…

Et nous…
 
Mes frères et sœurs chrétiens qui me faites la joie de me lire, rappelez-vous que par votre baptême nous sommes devenus participants de la Résurrection du Christ, préfigurée par la Transfiguration, et que nous sommes appelés, ici et maintenant, à être transfigurés : et nous tous qui, le visage découvert, réfléchissons comme en un miroir la gloire du Seigneur, nous sommes transformés en cette même image, allant de gloire en gloire, par le Seigneur, qui est l'Esprit (2Corinthiens 3,18), en attendant notre transfiguration définitive dans l’autre monde : nous attendons ardemment, comme sauveur, le Seigneur Jésus Christ, qui transfigurera notre corps de misère pour le conformer à son corps de gloire, avec cette force qu'il a de pouvoir même se soumettre toutes choses (Philippiens 3,21).
Jean (1,12) affirme qu’à tous ceux qui l’ont accueilli il a donné la possibilité de devenir enfants de Dieu. Nous avons donc la possibilité d’entendre Dieu dire de nous : Celui-ci est mon fils (ma fille), celui (celle) que j’ai choisi(e) ; il (elle) a, maintenant, la possibilité d’entrer avec Moi dans la gloire.
Pour cela, il nous faut accueillir Jésus, faire qu’il demeure en nous, qu’il installe sa tente dans nos vies (Jean 1,14 : et le Verbe s’est fait chair et il a campé parmi nous) et non pas que nous installions la nôtre dans sa vie (comme voulait le faire Pierre) !
Alors nous serons transfigurés et nos visages seront des visages de ressuscités qui rayonneront de la joie des enfants de Dieu.

René Guyon
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article