Avant de couper l'habit, il faut faire le tissu...

Publié le par Garrigues et Sentiers


Dans un peu moins d’un an, les français éliront un président et des députés. Pas besoin d’être devin pour constater que la santé politique, économique, sociale, voire culturelle du pays est souffreteuse.
On peut penser également que l’Église Catholique en France cherche un nouveau souffle.
Certains diagnostiquent une crise majeure des institutions. Elle atteindrait tous les secteurs de la société.
Mes réflexions évoquent le domaine civil, mais visent plus particulièrement l’organisation des communautés catholiques.
 
À tous les coins de rue, les citoyens perspicaces disent entre eux : les institutions sont en crise. En effet qu’elles soient politiques, syndicales, culturelles ou religieuses, toutes sont malades et certaines déjà glissent vers la tombe.
Locales, nationales, européennes, mondiales, toutes les institutions ont besoin d’un nouveau souffle, d’un véritable ajustement, ou d’une totale refonte. En attendant elles ont perdu vivacité et couleurs ; indolentes elles somnolent dans l’inconsistance du flou, où elles tentent de se refaire une santé. Elles piétinent dans le brouillard car elles ne savent pas encore sur quels faisceaux de valeurs se greffer et donc quelle direction prendre.
En quelques décennies, le progrès des sciences, l’accroissement et le brassage des populations, les affrontements idéologiques et les luttes armées, « le rétrécissement des distances » et les pressions économiques, les évolutions culturelles et les images de l’instant modèlent de nouvelles manières de vivre ensemble, de penser, d’agir, de fonder de réelles solidarités nationales ou internationales.
Les enfants voyagent, les adolescents voyagent, les étudiants voyagent, les adultes voyagent, les retraités voyagent. Qui ne voyage pas ? Même les affamés malchanceux des pays en situation de déshérence tentent de se déplacer pour survivre. Seuls les habitants confinés dans la précarité sont trop pauvres pour tenter une migration sociale ; les enfermés du « communautarisme » au bord des grandes agglomérations sont pour le moment rivés à leurs ghettos. Cela durera-t-il encore longtemps ?
Dans des décennies voire des siècles, évolutions et révolutions politiques, ébranlements et brassages culturels, intégrisme et progressisme religieux engendreront peut-être une société de type mondial qui aura eu l’audace de se donner des institutions-qui-instituent des relations sociales heureuses. Existeront alors, jusqu’à une autre cassure culturelle, des échanges paisibles entre les personnes d’une part et les communautés d’autre part. Pour un temps elles vivront en bonne intelligence et jouiront ensemble de la grandeur humaine.
 
Depuis quelques années, aujourd’hui et encore demain, les « structures » ne répondent plus au besoin des individus et des groupes. L’inconfort est grand, le malaise profond. La tentation de trouver rapidement une solution pour sauver sa « petite » peau hante les consciences. Dans tous les domaines de la société chacun cherche son salut individuel. De cette manière, l’angoisse s’ajoute à l’effroi. Tout devient difficile et onéreux, tandis que des pans entiers de la civilisation vacillent et s’effondrent, laissant des béances pour de nouvelles constructions.
 
Pour évoquer seulement le domaine ecclésial, que je connais le mieux, il me semble qu’il est bon de ne rien chambouler mais de partir avec opiniâtreté et audace de ce que chaque chrétien confessant peut susciter simplement autour de lui, dans un monde qui se passe allégrement de Dieu
 
Démobilisé par la peur, 
en cherchant une « solution-miracle-particulière »,
en niant la fécondité du « petit peu » basique, genèse des recommencements,
en goûtant à tout ce qui passe sans s’engager dans le petit peu fécond qui est à portée de main,
en errant de ci, de là au gré des fringales sociales, culturelles ou religieuses,
en s’inventant de mythiques barques de sauvetage
en se cramponnant à des débris du passé, teintés de fausses couleurs de la modernité
l’individu reste dans l’isolement. Il ne refait pas un tissu conjonctif riche pour un développement futur.

Alors que faire ? 
        nommer la crise des institutions ecclésiales, la préciser
      fuir la panique et accepter l’inconfort  
   
   aimer la jachère et le temps où se refait la richesse du sol
      se réjouir du flou qui permet l’audace des genèses
ne pas attendre de solutions dégoulinant d’ailleurs
chercher alentour des alternatives simples
Rejeter le rêve et rester dans le domaine du possible
trouver des solidarités créatrices dans la proximité
inventer à quelques uns des démarches audacieuses
refuser de bâtir des institutions dévoreuses d’énergie
tâtonner dans la précarité. Demain est déjà
semer en espérant raisonnablement les germinations
prendre le risque du provisoire en payant de sa personne
calculer les coûts en fonction des moyens disponibles
agir dans la discrétion mais en bannissant le secret
sauvegarder la communion comme un bien primordial
commencer dans l’immédiateté des liens culturels
s’ouvrir à l’hospitalité domestique
dialoguer avec ceux qui ne partagent pas la foi au Christ
accepter avec cœur de durer dans la patience
discerner en communauté les signes de l’Esprit
méditer ensemble dans la foi cette parole de Jésus : « détruisez ce temple, je le rebâtirai en trois jours. » »
mettre en valeur symboles nouveaux et paraboles actuelles
célébrer avec assiduité même en petit nombre.
 
Quand le petit reste d’Israël revint d’exil, il n’imaginait pas tout ce qu’il faudrait édifier plus tard. Les uns et les autres, pèlerins de l’Espérance, le cœur gonflé de joie et de courage marchaient ensemble vers Jérusalem détruite… pour la rénover.
Cela leur suffisait.
© Christian Montfalcon 2006

Publié dans Réflexions en chemin

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