Remettre les péchés : Dieu seul peut le faire ?

Publié le par Garrigues et Sentiers

" Recevez l’Esprit Saint. Tout homme à qui vous remettrez ses péchés, ils lui seront remis, tout homme à qui vous maintiendrez ses péchés, ils lui seront maintenus. " (Jean 20, 22-23)   
 
Avec la Pentecôte s’ouvre le temps de l’Église rassemblée, peureuse mais promise à la paix.
Les disciples avaient « verrouillé » les portes. Calfeutrés et entre eux, ils demeuraient inquiets comme des orphelins sans père. Malgré l’horrible fermeture, le Christ vient au milieu d’eux, se laisse reconnaître. Leur foi leur permet de voir les mains et le côté du Christ comme des signes de sa mort et de sa résurrection. Jésus leur compagnon est vraiment Christ, c'est-à-dire l’Envoyé. Il a fait la Grande Pâque, il a ouvert le « passage », l’au-delà est déjà ici. Jésus le Christ Ressuscité est, maintenant dans la complexité du temps, à la fois chemin d’éternité et pain quotidien de communion.
Après les « retrouvailles » pleines d’allégresse et de stupeur, Christ prend la parole et confirme que les disciples seront comme lui des « envoyés » à part entière et pas seulement des petits fonctionnaires subalternes des ambassades célestes. Ils auront la même mission que lui avec les mêmes pouvoirs et les mêmes prérogatives… À preuve, ils pourront dire avec autorité la rémission des péchés… chacun sait que Dieu seul pardonne
 
Marc 2,10 ; Luc 7, 48-49.
 
mais là, le Seigneur prend le risque de se lier au jugement de ceux qu’il envoie et à leur décision. À temps nouveaux, confiance absolue !
 
Malgré leur précarité, leur frousse, leur insuffisance, leurs turpitudes, les disciples pourront signifier la rémission des péchés. Le « souffle » que reçoivent les disciples ne les rend pas parfaits mais il les constitue membres de la Nouvelle Alliance. Ils deviennent si intimes du Christ que leurs paroles résonnent comme les siennes. Ils ne le remplacent pas - ils n’ont pas l’orgueil de le croire - dans l’imperfection ils poursuivent sa mission. Ils reçoivent une autorité qui vient de Dieu.
Voilà des pauvres pécheurs, pires peut-être que les autres, en tous les cas comme tout le monde, qui pourront dire les paroles de la foi et de la réconciliation paisible. Ce ne sont ni leur dignité ni leur sainteté qui les y autorisent, c’est leur parole pauvre et fidèle qui renvoie à la miséricorde divine qui seule agit. Ils ne se sont pas octroyé ce pouvoir exorbitant, ils accueillent tant bien que mal le don de l’Esprit.
Il est d’ailleurs logique que le Souffle de Dieu qui a mis Jésus au monde, pour qu’il ouvre un chemin permanent de réconciliation vers son Père, continue d’animer une poignée de disciples de son Fils. Il les autorise à déblayer chaque jour la voie royale pour que tous les humains qui le désirent puissent accéder à la joie de la rencontre avec la Source de toute Bonté.
Le jour de Pentecôte, quels sont ceux et celles qui reçurent cette mission de réconciliation transmise par le Christ lui-même ? Il est clair que c’est l’Église entière, celle de tous les baptisés.
Mais sans renoncer à la charge collective gracieusement offerte, elle jugea meilleur que parmi ses membres quelques-uns seulement en deviennent les agents… Ils disent le pardon que Dieu donne et célèbrent dans la foi cette gratuité pleine d’amour.
© Christian Montfalcon 2006

Publié dans Fioretti

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hermas 05/06/2006 19:41

"Français encore un effort si vous voulez être républicains" disait, ou à peu près, Sade sous la Révolution ; j'aurais envie de dire : "Cathos, encore un effeort si vous voulez être chrétiens". Oui, encore un effort pour aller jusqu'au bout, jusqu'aux ultimes conséquences de réflexions comme celles qui guident cette méditation !
Car enfin, à lire le texte évangélique mis en exergue, ce n'et pas à des ministres choisis de son Église que le Christ a donné ce pouvoir inouï de "remettre les péchés", mais à tous ceux à qui il a laissé son Esprit. Tous, c'est-à-dire les baptisés, bien entendu, mais bien d'autres encore qui ne se reconnaissant dans aucune Église, car, comme le dit l'Écriture, "l'Esprit souffle où il veut".
C'est une grande responsabilité de savoir que nous avons le pouvoir de "remettre les péchés", c'est-à-dire d'aider nos frères et nos sœurs à ne pas se fourvoyer, à ne pas être "àcôté de la plaque" (car le péché, c'est essentiellement cela). Chiche : et si nous essayions d'être à la hauteur de cette responsabilité que le Seigneur nous a confiée ?