Interrogation paisible

Publié le par Garrigues

« Ils avaient peur de l'interroger »

(Luc 9,45)

 

Jésus affirmait à ses disciples que tout ne serait pas facile et qu'il lui faudrait endurer bien des souffrances. Les hommes ne seraient pas toujours dans l'admiration à son égard, mais que certains le persécuteraient. Cette déclaration laissait sans voix les uns et les autres. Les disciples ne comprenaient pas les paroles énigmatiques du Christ, mais comme les autres ils n'osaient l'interroger.

Si les disciples n'osaient interroger Jésus c'est grave, infiniment triste, infiniment grave...

Les disciples se taisaient car ils tenaient à leur propre conception du Messie. Ils avaient une idée fixe, ils avaient enfermé le Messie dans l'idée qu'ils avaient de lui.

Tout se passe comme si ceux et celles qui suivent Jésus avaient peur de se mettre face à la vérité toujours déconcertante, toujours nouvelle. Ils se cantonnent à leur idée fixe

Ils se taisent, n'interrogent pas Jésus, ne le questionnent pas, car ils redoutent de se confronter au mystère de cet homme qui libère du mal et peut lui aussi être victime du mal. Les disciples n'ont pas encore compris, ils se cramponnent à leur idée fixe.

Ils préfèrent s'en tenir à leur idée toute faite et ressasser leurs questions au dedans d'eux-mêmes plutôt que tenter de découvrir l'inconfort de la foi. L'énigme ou le mystère de la foi les tourmente mais ils aiment mieux devenir muets plutôt que d'être confrontés à la limite de leur savoir.

Tel est bien à mon sens le statut de la foi en Dieu et en son Christ ressuscité :

- La foi n'est pas certitude, elle est toujours ourlée de doute, elle s'approfondit, elle varie à mesure que le cœur devient plus large.
- La foi n'est pas une valeur sûre bien protégée mais une indigence qui tend la main.
- La foi ne sait pas... si elle est raisonnable elle ne se confond pas avec la raison.
- La foi est question posée, mais elle est heureusement sans réponse. Car la réponse clôt, ferme, rive...

- La foi, elle, est toujours insatisfaite, elle va toujours au-delà, elle pousse à « traverser »... Elle appelle, elle met en Chemin, elle se situe même vis-à-vis de la mort et suscite la Vie, elle cherche la Vérité, elle ose l'approcher sans jamais la posséder.
- La foi est incertaine, elle laisse à l'homme sa part de mystère, tant il est haut et tant il est bas.
- La foi est insatiable, elle est confrontation à l'absolu de Dieu que nul ne maîtrise ni ne possède.

Je crois que l'inconfort de la foi est une chance pour les humains en désir de l'absolue bonté. Ils balbutient Dieu et l'adorent.

Ils se posent mille et une questions, ils en parlent entre eux à partir des Écritures ; c'est ce qui édifie une communauté chrétienne.

Leur bonheur est d'être levain, sel, ou question dans le monde. Ils n'ont pas l'outrecuidance de penser qu'ils sont mieux que les autres, ils acceptent seulement d'être explicitement une question pour eux-mêmes, pour leur entourage, pour le monde culturel où la naissance les a plantés.

La foi est sans doute l'humble décision de poser la question fondamentale de l'énigme de l'homme.

Je crois que le Christ est une réponse à l'angoisse parce qu'il est lui-même une « question paisible », pleine de douceur et de pardon.

Christian Montfalcon

Publié dans Réflexions en chemin

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Bouichou-Orsini francine 12/12/2008 15:16

j'ajoute une ligne au commentaire écrit rapidement ce matin avant de partir.Oui, la foi est UN ENGAGEMENT RISQUÉ, COMME L'AMOUR; mais ce pari gratui en vaut la peine, car il donne sens à tout : l'humain, le cosmique, un Absolu qui n'écrase pas la spécificité humaine, comme nous le rappelle la grandeur de Noël.

Bouichou-0rsini Francine 12/12/2008 08:52

Cette vision de la foi, question posée, chemin, raisonnable mais non réduite à la raison me va droit au coeur.On confond trop souvent : foi et croyance, foi et sécurité.J'aurais ajouter à la notion de chemin : engagement sur le chemin ouvert; car la foi ouvre  un risque, dans la mesure ,où l'autre face de la foi est le doute.Merci de vos lignes. Francine Bouichou-Orsini