Les Tentes des Rameaux

Publié le par Garrigues

La scène de l’entrée de Jésus à Jérusalem se situe à l’évidence dans le contexte de la fête des Tentes, Soukot, qui a été instituée par des dispositions du Lévitique. Elle commence le 15 Tishri, au début de l'automne, quinze jours après Roch Hashanah, le jour de l'an, et dure sept jours. Elle a pour objet de commémorer la période où les fils d'Israël habitèrent dans des tentes, ou des cabanes, pendant l'exode dans le désert.
En effet, lors des cérémonies l’assemblée utilise quatre espèces de plantes : une branche de palmier (loulav), deux branches de saule (en hébreu talmudique : aravot, qui signifie aussi Paradis), trois branches de myrte (hadas), un cédrat (’êtrog , en hébreu talmudique).
Le cédrat est souvent assimilé par le Talmud au fruit de la connaissance de Gn 2-3, car le fruit – paradisiaque ! – mesure jusqu’à 25 centimètres et son écorce, qui a la même odeur que le fruit, se mange confite.
C’est donc bien un arbre-fruit (et non fruitier !), ets peryi, conforme à la volonté qu’avait Dieu lors de la création (Gn 1,11-12), mais que la nature n’a pas suivie, faisant pousser seulement des arbres faisant des fruits, ‘ets ‘oséh peryi… sauf – sans doute – pour le cédrat !
À la fin de la prière du matin, les quatre espèces – appelées syncrétiquement loulav – sont agitées pendant la récitation du Hallel. Et quand on lit les prescriptions du cérémonial correspondant : on saisit le bouquet ainsi constitué dans la main droite, y joignant le cédrat tenu verticalement dans la main gauche, et on les agite par trois fois dans la direction des points cardinaux, puis vers le haut et le bas et on les promène en procession dans la synagogue… on ne peut s’empêcher d’être troublé par la similitude de ce geste avec celui du prêtre bénissant – ou aspergeant – la foule au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit, lors de certaines cérémonies… dont, particulièrement, celle du dimanche des Rameaux.
En agitant le loulav, la foule chante des Hosanna pour demander à Dieu de sauver son peuple, de lui donner la joie, le bonheur et l'unité.
Les cris de la foule dans les évangiles reprennent deux fragments du Psaume 118 : ’ann’a YHVH hoshyi‘ah na' : de grâce, Seigneur ! donne le salut, de grâce ! et baroukh habba’ beshem YHVH : béni soit celui qui vient au nom du Seigneur…
Jésus, monté selon Matthieu sur un âne ET un ânon, selon la prophétie de Zacharie 9,9-10, est bien le Roi Messie annoncé par les prophètes et il est entré à Jérusalem pour la fête de Soukot, donc à l’automne… et non pas au printemps, une semaine avant Pessah, la Pâque !
Il est évident que la fête des Rameaux – que la liturgie place une semaine avant Pâques – s’inspire largement de celle de Soukot, sans pour autant que les chrétiens aient été mis au courant du temps réel (plus de six mois) qui s’est écoulé entre l’entrée de Jésus à Jérusalem et la Passion.
Cette information devrait permettre à bien des fidèles de comprendre que le revirement de la foule et la décision des autorités juives de s’emparer de Jésus, qui paraissent quasi instantanés et pour le moins hâtifs, comme le soulignent bien des homélies, ne l’ont pas été autant qu’on veut bien le leur laisser croire.
Et ce n'est pas l'incise « quelques jours avant la fête de la Pâque », que la liturgie ca
tholique ajoute arbitrairement au début du récit de l’entrée à Jérusalem lu cette année (Marc 11,1-10), qui laisse entrevoir une manifestation de la splendeur de la Vérité…
René Guyon

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