De la voix extérieure à la voie intérieure

Publié le par Garrigues

Lorsque je laisse résonner le mot de « conversion », surgit immédiatement cette attitude spirituelle caractérisée par le passage d'une lecture studieuse des paroles d'un Livre sacré, quel qu'il soit, à l'écoute intérieure d'une voix qui parle au cœur.

Cette transformation me fait passer du monde des idées, des débats philosophiques avec moi même à un récit qui me révèle. La voie de l'intériorité s'ouvre à moi et je peux alors dialoguer avec cette voix intérieure « comme un ami parlant avec un ami ».

Je découvre que ces mots ont été écrits pour moi, pour cet instant précis où ma vie s'éclaire du sens nouveau qu'elle cueille de ces paroles qui l'éclairent. Le commencement c'est pour aujourd'hui.

L'illustration de cette irruption de la Parole et de la conversion qu'elle accomplit dans la vie d'un homme est pour moi le récit d'Augustin dans ses Confessions. Cette expérience spirituelle dans le jardin de Milan surgit de la rencontre de mots de l'Écriture touchant son cœur pour transformer son existence.

Se mettre à l'écoute de nos propres parcours ne nous permet pas forcément de repérer de façon précise le moment où un coup de tonnerre ou une voix légère est venu percuter ou murmurer à nos oreilles. Peut-être avons-nous eu besoin d'entendre l'ouverture puis 2 ou 3 actes d'opéra avant de consentir à prendre cette voie de l'intériorité. Mais quel que soit notre itinéraire, de façon subite, lente ou progressive, la conversion nécessite, je crois, de vivre cette Pâque : celle de l'ouverture de l'oreille du cœur.

« Tolle et lege ! Tolle et lege... » Prends et lis ! Prends et lis. Combien de fois au préalable Augustin a du prendre et lire les Écritures avant que ce chant ne l'arrache à lui-même, ne le touche au plus profond de son être et qu'il entende la Parole.

Jean Lavoué1 écrit : « le voilà rendu à lui-même ! Le monde parle et c'est le Christ qui parle en lui : seul le cœur écoute ! ». Augustin retourne sur le banc où il a laissé son ami pour relire les épîtres de Saint Paul, mais c'est le livre qui en lui s'est ouvert. « Je le pris, l'ouvris et lus en silence le premier chapitre où tombèrent mes yeux : ²Revêtez-vous du Seigneur Jésus Christ, et ne pourvoyez pas à la concupiscence de la chair.² » Les passions torturantes, les combats stériles appartiennent désormais au passé. Il lit enfin sa vie comme dans un livre ouvert ; finis les vains débats qui embrigadaient sa décision. Elle devient  désormais possible ; sa conviction est totale : Quelqu'un veut demeurer chez lui ! Il peut alors laisser couler ses larmes.

Il s'agit pour lui désormais de se revêtir de la parole du Christ. « Augustin lit le monde, il entend cette symphonie, il entre dans ce dialogue où jamais plus il ne sera seul, séparé. Il a fini d'être divisé, déchiré. Non pas à force de larmes ou de poings serrés. Mais par la grâce d'une parole qui s'est fait entendre, comme un mélodie secrète rejoignant ses trésors engloutis : ce chant qui dénoue d'un coup tous les combats. Soudain l'armure se fendille. On peut tomber les armes. Tout l'être se dilate. Le cœur s'ouvre. La joie irradie. »2

Aucune voie spirituelle ou religieuse n'est propriétaire de cette conversion. Ce chant, cette ritournelle d'enfant entendue dans le jardin, nul ne saura jamais si elle est féminine, masculine, chrétienne ou bouddhiste. Elle chante dans le cœur de Saint Augustin et elle lui permet de choisir sa voix. Saint Ambroise ne disait-il pas que « Toute parole vraie, quel qu'en soit l'auteur, est dite par le Saint-Esprit ».

Cette voix intérieure est l'accueil d'une présence amoureuse en moi qui me transforme et me pousse à sortir de moi-même  pour traverser ce qui fait obstacle à l'Amour.

« Quand comprendrons-nous que nous sommes appelés à la grandeur ? Quand comprendrons-nous que Dieu est une Présence brûlante au fond de nous-mêmes ? Quand comprendrons-nous que Dieu est la Présence la plus actuelle et la plus réelle, la Présence hors de laquelle on ne peut rencontrer personne ? Quand comprendrons-nous combien l'Évangile est merveilleux. »3

Nathalie Gadéa

1 - Le chant d'Augustin Jean Lavoué  Christus n°215 Juillet 2007
2 - Ibid Jean Lavoué.
3 - Un autre regard sur l'homme, Mauride Zundel. Sarment Janvier 2006 p.40

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