Quelle conscience Jésus avait-il de lui-même ?

Publié le par Garrigues

De manière étonnante, il est possible aujourd'hui, grâce au travail des meilleurs exégètes, de mieux connaître ce qu'a été la vie de Jésus au long de son histoire, et même d'entrevoir ce qu'ont été sa pensée et la conscience qu'il avait de lui-même. Les éléments mis en valeur ci-dessous sont ceux qui sont les mieux attestés aux yeux des historiens.

 

La synthèse proposée est une transcription condensée de la conclusion d'un livre écrit en allemand par l'exégète protestant Gerd Theissen, Der historische Jesus, Göttingen, 1996, pages 455 à 480.

I. Jésus et la conscience qu'il avait de son autorité

Il est admis par tous que Jésus avait conscience de disposer d'une autorité souveraine. C'était un Juif charismatique. On peut affirmer cela, même si tous les indices ne remontent pas à Jésus lui-même. Ce qui reste discuté est de savoir si Jésus voulait correspondre aux titres utilisés par ses contemporains pour exprimer l'attente de salut. Retenons les quatre éléments les mieux assurés.

1. Les formules avec « Amen »

« Amen » comme forme d'adhésion, d'approbation, est fréquemment attesté dans le judaïsme. Mais Jésus seul a utilisé ce mot au début d'une phrase, souvent suivi de « Moi, je vous dis... », et toujours placé dans la bouche de Jésus. On le trouve attesté dans toutes les couches de la tradition : Marc, Q1, textes propres à Matthieu et à Luc. Comme formule d'une autorité souveraine, on n'a pu la retrouver nulle part ailleurs.
Il est fort possible que cette formule soit une création de Jésus (Jeremias2). On peut supposer à juste raison que Jésus l'emploie à la place de la formule des Prophètes : « Ainsi parle le Seigneur ». La même revendication serait présente : ici, c'est un Prophète qui parle, et même plus qu'un Prophète !

2. Le « Je » affirmé dans les antithèses et les paroles sur la venue de Jésus

1) Les antithèses : (Cela est bien connu depuis Käsemann) : Jésus place son « Mais moi, je vous dis » sur le même plan que la Thora, comme allant de soi. Et il le fait en son propre nom, sans référence au nom de Dieu. Il intervient comme Celui qui de lui-même donne la Loi, complétant la Thora. Jésus se démarque ainsi complètement des rabbins. Cela implique une haute conscience de son autorité.

2) La parole : « Je suis venu... » se trouve en Jean 5,43 ; 10,10 ; 12,47 ; 16,28 ; 18,37. Elle n'a pas un accent christologique particulier ; on la trouve également dans la bouche de Jean Baptiste (Jean 1,31) : « Je suis venu pour baptiser dans l'eau ». Elle ne provient donc pas de la christologie post-pascale, mais plutôt du langage des Messagers, humains (Job 1,15ss) ou surnaturels (Daniel 9,23 ; 10,14...) ; on la trouve aussi dans le judaïsme contemporain de Jésus. Il est donc fort possible que Jésus ait parlé de lui ainsi.

On peut en particulier considérer comme authentiques :
Luc 12,49 : « Je suis venu apporter un feu sur la terre »
Luc 12,51 : « Pensez-vous que le suis venu mettre la paix sur la terre ? Non... »
Luc 7, 34 : « Le Fils de l'Homme est venu, il mange, il boit... »
Marc 2, 17 : « Je suis venu appeler non pas les justes, mais les pécheurs »
Marc 10,45 : « Le Fils de l'Homme  est venu non pour être servi, mais pour servir ».

Dans chacun de ces cas, on peut entrevoir chez Jésus une haute conscience de sa mission.

3. La métaphore du Père

Que Dieu soit Père (qui agit comme une mère) appartient au trésor d'images du judaïsme. L'image est une des plus fortes expressions de la miséricorde de Dieu (cf. Osée 11) On en trouve des attestations à l'époque de Jésus, dans la prière individuelle et communautaire. Ce n'est donc pas une nouveauté de Jésus (contre Jeremias).

Mais on peut retenir deux données :
1) La tradition concernant Jésus distingue entre « mon Père » et « votre Père ». En Matthieu, mais aussi en Luc (« mon Père » : 10,22 ; 22,29 ; 24,49 ; « votre Père » : 6,36 ; 12,30.32). Jamais Jésus ne parle de « notre Père », en incluant ses disciples (dans la prière qu’il apprend à ses disciples, Luc a simplement « Père »). Cela semble indiquer une relation particulière de Jésus avec Dieu (cf. Jacques Schlosser, Dieu, 1987).
2) La désignation de Dieu comme « Abba » est attestée pour d’autres charismatiques juifs. Pour Jésus, elle est conservée par Marc 14,36, et elle a frappé dans le christianisme primitif, comme un phénomène étonnant. Mais il ne convient pas d’y voir ni un langage enfantin (« Papa »), ni une originalité absolue de Jésus.

4. Le pardon des péchés

Il est attesté deux fois : Marc 2,1-11, et Luc 7,36-50, la seconde pouvant provenir de la première. Il peut bien s'agir d'un souvenir historique de la vie de Jésus, car le thème est déjà présent chez Jean le Baptiste, et Jésus en parle dans ses paraboles. Ses repas partagés avec pécheurs et publicains montrent que son comportement est bien en accord avec ses paroles.
En Marc 2,5, le pardon des péchés est attribué à Dieu, par un « passivum divinum3 », mais il provoque un scandale : « Qui peut pardonner les péchés, sinon Dieu seul ! ». Car Jésus fait plus qu'exprimer sa confiance dans la miséricorde de Dieu : il affirme que Dieu a déjà pardonné. Il revendique donc une autorité souveraine.

5. Les miracles de guérison

En Matthieu 11,2ss, Jésus fait sienne l'attente du temps messianique, sans pour autant se nommer Messie. En Luc 11,20 (et parallèle en Matthieu 12,28), les expulsions de démons sont attribuées à Dieu, mais elles sont réalisées par Jésus. Et quand Jésus met en valeur la foi de ceux qui sont guéris, c'est encore une manière d'attribuer ces guérisons à la toute-puissance de Dieu : « Tout est possible à celui qui croit » (Marc 9,23). Et Jésus voit là l'arrivée de l'intervention définitive de Dieu dans l'histoire. Cela implique une conscience vive qu'avec lui surviennent les derniers temps.

6. La place reconnue à Jean Baptiste

La place exceptionnelle que Jésus reconnaît à Jean nous apprend aussi quelque chose sur la conscience de soi de Jésus. Car il est manifeste que Jésus vit dans la conscience de dépasser Jean.
Or, pour Jésus, Jean est « un Prophète, et plus qu'un Prophète, le plus grand des enfants des hommes » (Matthieudepuis les jours du Baptiste, le Royaume de Dieu » est présent, puisqu'on peut s'en emparer (Matthieu 11,12). Et Jésus liera son autorité à celle de Jean (Marc 11,27ss), suivant un schéma binaire qui est présent dans les attentes eschatologiques de l'époque. Si Jean dépasse tous les Prophètes en se situant au seuil du Règne de Dieu, combien plus Jésus, qui lui a déjà dépassé ce seuil ! Dans toutes ces expressions on peut voir indirectement une impressionnante revendication d'autorité.
11,9-11) et « 

II. Jésus et le titre de Messie

À l'époque de Jésus les attentes de temps nouveaux étaient extrêmement diversifiées. Jakob Neusner a été jusqu'à publier un livre sous le titre : Les judaïsmes et leurs Messies (1987), les deux mots au pluriel.
Certaines attentes comportaient la figure d'un Messie, c'est-à-dire d'un Consacré par l'onction. Le plus souvent une figure royale, inspirée des souvenirs de la Royauté et de la figure de David. D'autres attendaient un Messie Prêtre (Qumran) ou même un Messie Prophète. Le mot même de Messie (Maschiah) réapparaissait, par opposition aux Rois existants, depuis les Maccabées, comme légitimation divine d'un Roi sauveur espéré.
D'autres cercles partageaient bien une attente eschatologique, mais tout entière tournée vers Dieu (Jubilés, Baruch, Tobit et surtout l'Assomption de Moïse) : elle comportait alors une critique aiguë des souverains hérodiens et l'espérance d'une arrivée prochaine du Royaume de Dieu.

Ces attentes étaient sans doute particulièrement vivantes dans le peuple, plus que les sources ne l'établissent. Le mot grec utilisé en Jean 1,41 est une transcription du mot araméen meschiha, mot de la langue du peuple, et non du mot hébreu maschiah, relevant de la langue sacrée des gens instruits. Les milieux dirigeants, eux, étaient hostiles à toute figure royale, susceptible de déclencher des troubles dans l'ordre établi.
Il est donc historiquement vraisemblable que Jésus a été confronté à ces attentes messianiques. De fait, on trouve le titre Christos (ou bien « Fils de David », ou autres) dans les récits de la tradition, tant dans la bouche de ses partisans que de ses adversaires (mais ni dans Q, ni dans la bouche de Jésus).

On peut même entrevoir certaines différences :
En Galilée, on ne rencontre que la confession de Pierre, et encore loin de tout public. De plus, il est fort possible qu'elle ait été suivie historiquement de la réplique de Jésus : « Arrière de moi, Satan ! Tes pensées ne viennent pas de Dieu, mais des hommes » (Marc, 8,27-30 et 33b) !
En Judée, au contraire, les attentes messianiques, liées à la figure de David, semblent avoir été plus vivantes : Bartimée à Jéricho, les pèlerins de Pâques à Jérusalem. Déjà auparavant on avait vu en Judée des prétendants royaux ayant une aura messianique. On attendait du Roi-Messie qu'il prenne le pouvoir dans sa ville de Jérusalem. La venue de Jésus dans la ville avivait toutes ces espérances.

Jésus a donc dû s'affronter à ces espérances royales messianiques, ce qui fut le cas durant son procès devant Pilate : il mourra comme un prétendant à la Royauté sur Israël. Sans faire siennes ces conceptions de ses partisans et de ses adversaires, Jésus ne s'en distancie pas : il garde le silence. D'après Jean 10,24, il laisse ses partisans dans l'incertitude, sur la question de savoir s'il est le Messie.

Il est donc clair que le titre de Messie avait été mis en relation avec Jésus déjà avant Pâques. Impossible qu'ait surgi après Pâques l'idée d'un Messie souffrant. Ce qui est exact, c'est qu'après sa Mort et sa Résurrection, l'image du Messie s'est transformée et qu'à l'aide de l'Écriture on a développé l'idée d'un Messie souffrant.

III. Jésus et le Fils de l'Homme

Il est certain que Jésus a utilisé l'expression « Fils de l'homme », venant de l'araméen et présente dans la bouche de Jésus dans toutes les couches les plus anciennes des traditions : Q, Marc, textes propres à Matthieu et Luc, Jean, et même l'Évangile de Thomas (86). Un bon nombre des emplois que nous rencontrons sont d'authentiques paroles de Jésus.

On distingue trois types de paroles sur le Fils de l'Homme : parlant de lui au présent, dans l'avenir, et le Fils de l'Homme souffrant. Les troisièmes sont souvent considérées comme d'après Pâques. Par contre, les deux premiers groupes reflètent sans doute bien le langage de Jésus.

Jésus s'est inspiré de la formule courante dans la vie quotidienne (disant « Fils de l'homme «  ou « Fils d'homme », en araméen, pour désigner un homme de manière générale) pour parler de lui-même, mais il l'a fait de manière emphatique, en en faisant un titre. Il corrigeait ainsi des attentes trop grandes. Certains attendaient de lui des miracles, d'autres voulaient voir en lui le « plus fort » annoncé par Jean Baptiste, et se précipitaient à sa suite. Jésus réagit en corrigeant de telles attentes : il met en avant son statut humain de « Fils de l'Homme » (Marc 2,10, Matthieu 11,18-19, Matthieu 8,20). Il s'oppose ainsi à des attentes messianiques inexactes, mais il en fait, pour ses partisans, un titre d'autorité conservant un caractère mystérieux. Dans l'écriture actuelle des Évangiles, cette fonction corrective du titre « Fils de l'homme » est encore perceptible : Pierre le reconnaît comme le Messie, Jésus répond en annonçant la souffrance du « Fils de l'Homme » (Marc 8,29ss). Jésus est interrogé par le Sanhédrin sur sa messianité, il répond par une parole sur le Fils de l'homme (Marc 14,61ss). 

Jésus parle aussi d'un Fils de l'homme à venir, qui sera manifesté lors du grand tournant eschatologique. Et il ne s'agit pas d'un autre que lui-même ! Jésus attend la survenue du Royaume de Dieu et il s'y voit jouer le rôle qu'il attribue au Fils de l'Homme. Le Royaume de Dieu surgira de manière inattendue et soudaine (cf. Marc 13). Lui-même et le monde entier en seront transformés. C'est pourquoi Jésus peut parler du Fils de l'homme comme d'une troisième personne, mais il a en vue alors lui-même comme cette personne transformée. On peut penser à la parole de Jésus : « En vérité, je vous le dis, je ne boirai plus du produit de la vigne jusqu'au jour où je boirai le vin nouveau dans le Royaume de Dieu » (Marc 14,25).

Jésus parle donc du Fils de l'homme aussi bien au présent qu'au futur. Il relie l'expression provenant du langage courant en araméen « fils d'homme » au sens d'homme en général, à la figure céleste « semblable à un Fils d'Homme » qu'on trouve en Daniel 7,13. Il valorise l'expression venant du langage courant, il en fait un titre. Et il modifie celle concernant l'avenir, qui visait en Daniel un ange ou un être céleste : ce n'est plus un être semblable à un homme, c'est un homme concret qui va jouer un rôle dans la survenue du Royaume de Dieu. Il est lui-même cet homme, qui appartient à la fois au présent et à l'avenir, de même que le Royaume de Dieu dans le langage de Jésus est déjà présent et pourtant en même temps attendu dans l'avenir. Jésus représente sur terre, dans le présent, ce Fils de l'Homme que l'on attend dans l'avenir ! Lui, un homme, a comme raison d'être, comme mission, d'introduire Israël dans la Seigneurie définitive de Dieu ! Une expression de la vie courante devenait ainsi, dans le langage de Jésus, une manière d'exprimer son espérance eschatologique et de se désigner lui-même.

En résumé

Qui était Jésus ? La première réponse est : Jésus était un Juif charismatique, qui exerçait une puissance de rayonnement, mais aussi de provocation extraordinaires, indépendamment des espérances liées à des figures messianiques. Son charisme consistait à s'attribuer implicitement une particulière proximité avec Dieu. Il donnait force à ses paroles en les introduisant par Amen, comme s'il les avait reçues de Dieu lui-même. Ses antithèses transcendaient consciemment la Thora, sans pour autant s'y opposer. Il réactivait l'image de Dieu comme Père, d'une façon qui manifestait une relation particulière avec Dieu. Il accordait le pardon des péchés, qu'on ne pouvait espérer d'ordinaire que de Dieu seul. Et il agissait en ayant conscience que Dieu par lui accomplissait des miracles. Loin de développer un enseignement sur lui-même, il s'exprimait par contre clairement au sujet du Baptiste, qu'il situait au-dessus de tous les autres hommes. Lui-même, il se savait comme « Celui qui doit venir », annoncé par le Baptiste, mais en réalité il était tout autre que celui que le Baptiste avait annoncé. Il dépassait le Prophète qui à ses yeux était plus que tous les autres Prophètes. Il est presque impossible de sous-estimer sa conscience de soi.

La conscience de disposer d'une autorité souveraine transcendait les figures de  messianité avec lesquelles il se trouva confronté, spécialement l'espérance d'un Messie, qui était vivante dans le peuple, sous plusieurs variantes, à côté d'autres espérances eschatologiques. Il n'est pas clair du tout en quel sens ceux qui voyaient en lui le Messie comprenaient sa messianité. C'est pourquoi Jésus a pu refuser d'être confessé comme le Messie, sans pour autant rejeter en général le titre de Messie. Vraisemblablement Jésus avait une conscience de soi messianique au sens large : il voulait exercer la fonction du Messie non pas lui exclusivement, mais ensemble avec ses disciples, dans un collectif qu'il voyait appeler à gouverner Israël.  Il activait leurs espérances messianiques. Et c'est précisément ce renouveau des attentes messianiques qui devait lui être fatal : il fut crucifié par les Romains à cause de la messianité que le peuple reportait sur lui.

Le Baptiste n'avait pas lié son attente messianique à un titre particulier ; Jésus pouvait donc renoncer à tout titre de souveraineté. Le seul  concept qu'il s'attribue explicitement est l'expression « Fils de l'Homme » ; or ce n'était pas un titre, mais une expression de la vie quotidienne, que Jésus le premier chargea d'un sens messianique, certes en s'inspirant de la vision d'une figure céleste dans le livre de Daniel, « qui ressemblait à un Fils d'Homme ». Jésus n'attendait plus quelqu'un « qui soit comme un homme », mais il attendait un homme véritable, et il était convaincu d'être lui-même cet homme, et de le devenir dans un futur proche. Dans un monde de symboles mythiques, c'est avec de telles images une sorte d' « humanisme » que Jésus exprime.

Jacques Lefur
Aix en Provence, mai 2008


Notes de la Rédaction de G&S

1 - Q : Constatant que les évangiles de Matthieu et Luc comportaient de nombreux passages similaires, essentiellement composés de paroles de Jésus, Christian Hermann Weisse (philosophe et théologien, 1801-1866), a émis en 1838 l'hypothèse de " deux sources " auxquelles les évangiles de Matthieu et Luc auraient puisé. Il s'agirait non seulement de l'évangile de Marc (considéré comme antérieur) mais aussi d'un ensemble de paroles (logia) de Jésus, alors déjà disparu. Ce recueil hypothétique a été qualifié de « Source », en allemand Quelle, abrégé en Q (hélas !) dans la littérature exégétique.
Selon cette théorie, sont issus potentiellement de Q tous les versets ou fragments de versets qui sont communs à Matthieu et Luc et ne se trouvent pas en Marc.

2 - Joachim Jeremias (1900 - 1979) était un orientaliste, exégète et théologien luthérien, qui s'est particulièrement intéressé aux enseignements et à la vie de Jésus.

3 - Passivum divinum : forme de rhétorique qui utilise en particulier des verbes sous la forme passive pour indiquer implicitement que les actions bénéfiques qu'ils annoncent ont (ou auront) Dieu comme auteur caché. « L'extension très large du passivum divinum se rattache au cœur de la prédication de Jésus et constitue une des marques les plus significatives de son énonciation... (car) tous ces passiva divina annoncent l'inauguration du temps de salut, encore caché assurément et, bien que voilé encore, le commencement de l'achèvement du monde » (Joachim Jeremias; Théologie N.T. p. 18-22).

Publié dans Réflexions en chemin

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Judaisme 11/05/2008 13:51

Fort interessant...