La “peur de l’Islam” est-elle justifiée ?

Publié le par Garrigues

On glose beaucoup sur "la peur de l'Islam ".
"Chimérique", elle serait matrice de haine et gênerait, en Occident, les relations avec les musulmans sincères et pacifiques. C'est effectivement un risque et il est regrettable. Bien sûr, la masse des musulmans est sûrement avide de paix et ne désire que pratiquer sa foi dans le calme... principalement dans les pays non-musulmans. Mais, le danger "objectif" que représentent des gens se réclamant de l'Islam n'est-il qu'un fantasme ? Ne nous arrêtons pas à des faits hautement symboliques comme le "11 septembre ", ils sont trop choquants, trop puissamment exceptionnels pour en déduire une règle. Nous ne prenons pas en charge, non plus, le douloureux problème israélo-palestinien, pourtant une des clefs des tensions actuelles avec le monde musulman, car ce problème semble insoluble à vue humaine, le comportement des deux camps laissant peu de place à une paix qui ménagerait l'adversaire, et donc viable. Car, concrètement, il est impossible d'accepter de rayer Israël de la carte et insupportable de continuer à faire injustice au peuple Palestinien, la poursuite de la "colonisation" manifestant un dramatique entêtement de fermeture.

Mais le "monde musulman" est autrement large. Or on ne peut nier qu'au-delà de faits exceptionnels ou des pays en guerre avec des "croisés", comme l'Irak, une violence latente contre les Chrétiens y existe, non seulement contre des communautés "importées", "séquelles de la colonisation", mais vis-à-vis des communautés autochtones, souvent en place bien avant l'arrivée de l'Islam. Cette hostilité aboutit à ce que, lors de crises éclatant dans les pays musulmans ou sous prétexte d'événements impliquant l'Islam, des chrétiens sont assassinés, des églises sont incendiées. Dans les pays de droit musulman, les chrétiens peuvent être des sujets de seconde zone. En Égypte, chrétienne depuis la seconde moitié du Ier siècle et prise en 642 par le général ‘Amr ibn al-'As, les Coptes constituent toujours une forte minorité. Dès 707, l'arabisation imposée a abouti à interdire l'usage du copte dans les documents publics et aujourd'hui des discriminations deviennent localement quotidiennes et pénibles.

Même dans les pays qui étaient considérés comme tolérants, tel le Liban, ou l'Indonésie, ou, plus sensible encore, la "Terre sainte", il se passe des faits insupportables qui amènent les Chrétiens à émigrer. Au Liban, c'est la moitié des chrétiens qui sont partis dans les dernières décennies, même si la guerre civile a poussé aussi des musulmans à quitter leur pays. Dans des pays traditionnellement accueillants aux étrangers, comme le Maroc, une tension devient de plus en plus perceptible. En Algérie, mal sortie de sa rancœur anticoloniale, la situation ne cesse d'être préoccupante, en particulier pour les communautés religieuses qui se sont mises au service du pays. Dans certains pays musulmans, comme l'Arabie saoudite, les Chrétiens ne peuvent pas vivre ouvertement (on ne peut d'ailleurs pas y construire d'église). Dans d'autres, ils ne peuvent plus vivre en paix, victimes de tracasseries incessantes et on peut parler aujourd'hui, ici ou là, de "persécutions" : Arabie Saoudite, Iran, Maldives, Yémen, Afghanistan. Il n'est pas jusqu'à la Turquie, longtemps présentée comme le pays musulman qui avait réussi à établir une laïcité, garante de la liberté de conscience et de culte, qui ne durcisse sa position à l'égard des chrétiens. Et le récent vote par son Assemblée de l'autorisation du port du voile à l'Université, interdit par Atatürk, montre qu'il est toujours possible de faire machine arrière... tout en faisant un pas de côté vers la radicalisation, voire, pourquoi pas - si la majorité le demandait - vers l'adoption de la charia dont la "promotion" semble irrésistible à travers le monde musulman. Celle-ci fait peur, effectivement, aux non-musulmans de ces pays, comme c'est le cas dans quelques pays d'Afrique, par exemple.

Nous avons parlé plus haut de "prétexte" à des réactions antichrétiennes : un exemple simple et significatif, le branle-bas de combat orchestré dans des pays musulmans après la déclaration de Benoît XVI à Ratisbonne, suivie de quelques drames. Que le pape ait été maladroit dans un exposé du professeur Ratzinger, alors qu'il ne pouvait ignorer qu'il ne resterait pas en diffusion limitée à un cercle d'anciens collègues universitaires, c'est une évidence fort regrettable. Mais quiconque a lu le texte - ce qui n'a pas dû être le cas des foules manipulées, ni peut-être des manipulateurs - se rend compte que la portée réelle de ce qui a fait scandale reste limitée.
D'abord, situer le passage incriminé : on peut rappeler que cette controverse entre Manuel II Paléologue, empereur byzantin de 1391 à 1425, et un savant musulman, où le premier dénonçait la violence inhérente à l'Islam, eut probablement lieu pendant un long siège de Constantinople (1394-1402 !) par le sultan conquérant Bayezid Ier. Un siège, ce n'est pas pour rire : ceci peut expliquer cela !
Ce point non négligeable révoqué, après la lecture complète du discours de Ratisbonne, faite sans esprit partisan, voire avec un peu d'honnêteté intellectuelle, les propos cités dans cette polémique ne paraissent pas l'essentiel de ce que voulait dire le pape, puisqu'il qualifiait lui-même l'exemple pris de "marginal". Et l'on doit souligner que les réactions très (trop ?) rapides et inquiétantes ont été fort paradoxales, puisqu'elles ont entraîné des actes d'une violence parfois extrême (incendies de lieux de culte, assassinats) pour "prouver" qu'on accusait à tort l'Islam de pouvoir pousser à la violence.

Cette violence - celle-là même qui peut provoquer la peur des non-adeptes - est un vrai sujet qu'il ne faut ni amplifier, ni nier. Et il est plus qu'évident, hélas, qu'en ce domaine l'Église catholique a beaucoup à se faire pardonner dans le passé, entre autres les Croisades et l'Inquisition qui reviennent sans cesse sous la plume des adversaires de "l'Église-institution", confondue (volontairement ou non ?) avec le christianisme. Historiquement, ce qui apparaît le plus scandaleux dans ces tristes moments de l'histoire de l'Église, ce n'est pas seulement la violence exercée - elle était malheureusement banale et commune dans les mœurs du temps (ce qui ne l'excuse évidemment pas) - mais dans la totale contradiction entre ces comportements et l'esprit de Jésus-Christ qui a, par amour, accepté la mort au lieu « d'envoyer ses gens combattre » (Jean 18,36). Du moins cette violence n'était-elle pas d'essence évangélique, et on peut la considérer, avec un peu d'anachronisme - car une époque doit être jugée dans son contexte et non à travers nos "valeurs" contemporaines - comme une trahison du message de Jésus. Que peut-on en dire à propos de l'Islam ?

Face à cette "repentance", un rappel : si, traditionnellement, des pays musulmans ont "toléré" juifs ou chrétiens, ça a été souvent dans un état d'infériorité légale, à titre de dhimmis (c'est-à-dire tributaires). On ne peut oublier, non plus, que l'expansion de l'Islam ne s'est pas faite toujours de façon irénique. Si certaines conquêtes ont été relativement faciles, par exemple quand elles profitaient d'antagonismes entre chrétiens, ou lorsque l'islamisation se faisait par le truchement de marchands en Asie, de négriers en Afrique, elles se sont faites ailleurs, parfois, "bessif ", ce qui veut dire à la fois "de force" et "avec le sabre".  On n'a jamais entendu de regret à propos de violences historiques, tel l'enlèvement d'enfants chrétiens dans les Balkans, pour en faire les janissaires...

Aujourd'hui, qui nous importe davantage que les polémiques historiques, il faut bien reconnaître que des communautés chrétiennes du Proche ou du Moyen-Orient ont de plus en plus de difficultés à vivre, et même à "survivre". Combien de chrétiens demeurent encore à "Constantinople" ? (dans un pays ayant une réputation de tolérance) ; combien en Irak ? (où il est bien vrai que George W. Bush, avec ses prétentions de "croisé", n'améliore pas la représentation que les masses peuvent se faire du christianisme), ou même au Liban si longtemps pays "modèle" de cohabitation pacifique ? Demandons leur avis aux évêques et aux fidèles de ces lieux... Même des témoins non religieux s'inquiètent du sort des "Chrétiens d'Orient", tel Régis Debray.

On ne peut que souscrire au désir de compréhension et de dialogue avec l'Islam, dans le respect réel et non la simple politesse diplomatique. Encore faut-il que ce désir soit véritablement réciproque. Il y a, parmi les intellectuels musulmans, un certain nombre d'hommes et de femmes qui, courageusement - car ce n'est pas sans risques pour eux - font cet effort ; et l'on ne peut nier que probablement la plupart des "croyants" n'ont d'autre rêve que de pratiquer leur religion en paix. Mais, pour en rester au chapitre le plus polémique, les appels au djihad, proclamé par des chefs d'État musulmans ou des autorités "religieuses" peuvent faire peur. Ainsi lorsque Ayman Al-Zawahiri, numéro deux d'Al-Qaïda, appelait le 20 septembre 2007 les peuples du Maghreb à chasser les anciens colonisateurs (il n'en reste pas beaucoup !) et à récupérer la partie de l'Espagne occupée par les Arabes au Moyen Âge (cité dans Universalia 2008, p. 58-59), ce n'est peut-être pas du néo-colonialisme, mais ça peut s'appeler "impérialisme"...

La "guerre sainte" n'est pas une notion à traiter avec légèreté ni naïveté. Certes, on cite souvent le fameux verset 256 de la Sourate II "La vache" : « Pas de contrainte en matière de religion... ». Mais on sait qu'il y a dans le Coran, comme dans l'Ancien Testament, des passages contradictoires, en l'occurrence d'autres beaucoup plus guerriers. Cela provient sans doute d'abord de la genèse du Livre sacré. Les sourates dictées à La Mecque sont généralement plus iréniques, plus ouvertes à l'égard des "Gens du Livre" ; elles posent des principes religieux (tel le monothéisme), sont des exhortations, parfois très poétiques. Les sourates de Médine (après l'hégire), alors que le prophète combat ses adversaires, peuvent être très combatives, parmi d'autres, plus "législatives", consacrées à l'organisation de la communauté, etc. Il faut savoir aussi que le Coran n'est pas la seule référence pour les musulmans : il y a les milliers de "hadiths", paroles du prophète (ou qui lui sont prêtées) dans toutes sortes de situations. Il y a enfin la mise en œuvre de ce double corpus par les écoles juridiques, les unes (tel le hanafisme), à l'origine plus ouvertes, d'autres (hanbalisme, puis salafisme) plus "traditionnalistes" et dans un repli identitaire. Pour nous en tenir à la plus proche, le rite malékite d'Afrique du Nord, il a été résumé au Xe siècle par un auteur, né en Espagne et ayant vécu en Tunisie, dans la Risala ou Épître sur les éléments du dogme et de la loi de l'Islam selon le rite mâlikite (Éd J. Carbonnel, 1952). Au chapitre 30, Sur la Guerre Sainte (p. 163-167), on chercherait en vain une interprétation mystique du type "lutte sur soi-même". Le Djihâd est « une obligation d'institution divine... Il est préférable de ne pas commencer les hostilités avec l'ennemi avant de l'avoir appelé à embrasser la religion d'Allah... De deux choses l'une, ou ils se convertiront à l'Islamisme, ou bien ils paieront la capitation, sinon on leur fera la guerre... Il n'y a pas d'inconvénient à tuer les prisonniers de race blanche non arabe qu'on aura faits », etc. ; le reste du passage concerne plutôt le partage du butin.

Bien sûr, il faudrait vérifier dans quelle mesure cette interprétation correspondrait encore à ce qui serait réellement appliqué aujourd'hui ; mais il faudrait aussi entendre les prêches des imams, lire les journaux de certains pays du Moyen-Orient, ce que font certains chroniqueurs, qui en retirent un pessimisme certain. Rappelons simplement le principe de l'attitude "légale" des musulmans dans les pays où ils résident : lorsqu'ils sont minoritaires ils sont tenus d'observer les lois du pays ; s'ils deviennent majoritaires, ils doivent imposer la charia, qui n'est pas facultative. Il est vrai que certains pays "musulmans" ont pris de la distance vis-à-vis de celle-ci, mais ils sont parfois sévèrement jugés par les religieux ; et l'on a vu avec la Turquie que des régressions "fondamentalistes" restent toujours possibles.

Malek Bennabi1, qui écrivait avant les grands mouvements de décolonisation, a fait des remarques subtiles sur la diversité des contextes dans lesquels vivent - sur le plan religieux - les musulmans, ce que l'on oublie trop souvent, et que masque, aujourd'hui, un certain totalitarisme islamiste à prétention "universelle" : « On imagine aisément ce que peut devenir la volonté collective d'un Islam débarrassé de sa gangue post-almohadienne [NDLR = dynastie berbère puritaine et fondamentaliste qui, à l'articulation des XIe et XIIe siècles, a régné sur le Sahara, une partie du Maghreb et le sud de l'Espagne en prônant un Islam rigoriste et intolérant], ainsi planté au sol par les masses qui vivent du sol, ainsi guidé par une élite au regard de laquelle la pensée coranique, cessant d'être un précieux document archéologique, classé, répertorié, enfermé, apparaîtra comme en perpétuel devenir [...] Dans l'aire méditerranéenne, le voisinage de l'Islam avec la pensée chrétienne, s'il ne l'a pas enrichi spirituellement, ne l'a pas davantage contraint à se transformer : le contact entre les deux pensées religieuses s'est en effet produit dans le contexte colonialiste, qui a gravement faussé le sens de la pensée chrétienne aux yeux du musulman ; et celui-ci pouvait aisément se sentir supérieur à tel ou tel colon rapace, présumé chrétien, mais installé dans l'injustice et la jouissance [...] (Au contraire) le contact de l'élite musulmane asiatique avec les autres religions a lieu dans des conditions tout à fait différentes. Ici, l'Islam ne peut pas avoir le sentiment d'être en terre étrangère. À la fois conquérant et minoritaire, il vit sur un sol déjà conquis par d'autres religions [...] [En Inde], le musulman assiste quotidiennement à l'extraordinaire vie religieuse de ces êtres qui sont sans doute parmi les plus religieux du monde et qui vivent dans une atmosphère embrasée de mysticisme. »

La "chance" qui a peut-être manqué à l'Islam c'est celle qui est arrivée au catholicisme au XVIIIe siècle, alors qu'il gardait encore des prétentions "totalitaires" : une puissante "opposition intellectuelle interne", comme celle des Lumières. Elle a pu faire lentement évoluer les esprits et aboutir à une saine séparation du religieux et du politique, offrant aux croyants la liberté de conscience et la liberté des cultes, qui seules peuvent rendre authentiques les adhésions de foi. Ils ont acquis, en outre, on l'oublie trop, le droit de changer de croyances, voire de les abandonner, sans devenir pour autant des renégats passibles des pires représailles.

Pour reprendre confiance dans l'avenir d'une coexistence entre l'Islam et le monde occidental (plutôt que "chrétien" car il l'est si peu), il faudrait, certes, renoncer à cette peur malsaine que peut susciter une religion dominatrice sur ses fidèles et leur environnement, afin d'établir un authentique dialogue, désiré et entretenu par les deux partis.

Côté occidental, la condition nécessaire serait que l'on ose parler de l'Islam avec les Musulmans, à condition d'acquérir un minimum de compétence dans ce domaine, ce qui n'est pas si fréquent. Exemple : le président Bush a-t-il des conseillers qui connaissent un tant soit peu la doctrine, les traditions et les mentalités musulmanes ? Le désastre irakien montre qu'il n'en est rien. Il faut également sortir d'un état de naïveté béate qui refuse de voir - et donc de discuter - les problèmes, même s'ils sont difficiles à aborder.

Côté musulman, on ne peut se substituer à leur propre parole. La question porte d'abord sur le désir d'échanges à propos d'une modernité considérée comme mal vécue par l'Occident et, apparemment, rejetée par une bonne partie des musulmans. On ne saurait mieux dire, à ce propos, que Boualem Sansal, algérien, ingénieur de formation, docteur en économie, successivement enseignant à l'université, chef d'entreprise, haut fonctionnaire au Ministère de l'économie, romancier, dans son entretien au Nouvel Observateur 2 : « La lutte contre l'islamisme, matrice du terrorisme, réclame un engagement des musulmans et de leurs théologiens. Il leur revient de sauver leur religion et de la réconcilier avec la modernité, faute de quoi l'islam finira par n'être plus que l'islamisme. Mais le danger dans les pays arabes et musulmans est tel qu'aucun théologien n'ose entreprendre ce nécessaire travail d'ijtihad. Et les intellectuels qui s'y emploient avec talent dans les démocraties occidentales (Sheib Bencheikh, Malek Chebel, Mohamed Arkoun, Abdelwahad Meddeb...) ne sont guère entendus dans nos pays. [...] L'islam a déjà trop pâti de l'islamisme et du nationalisme arabe, je ne vois pas comment il pourrait reprendre le chemin des Lumières qui jadis fut le sien. »

Un doute identique se retrouve dans une étude récente sur la question : « Ce sont des universitaires et des théologiens qui, dans un contexte plutôt élitiste, font reculer les stéréotypes - le fatalisme et les fanatismes musulmans, le colonialisme et le prosélytisme chrétien - mais (ils) restent éloignés des masses, impuissants devant l'ampleur des divergences historiques, géopolitiques, théologiques qui séparent islam et christianisme. » 3

Le mot est prononcé, ce qui fait peur ce n'est pas telle ou telle religion mais leurs rejetons "fanatiques". À nous, Chrétiens, Musulmans... et autres - n'oublions pas les incroyants dans cette "lutte" - de les faire reculer.

Marc DELÎLE


NOTES

1 - dans  Vocation de l'Islam, Éd. du Seuil, Collection Esprit "Frontière ouverte", 1954, p. 165-166.
2 - Le Nouvel Observateur du 10-16 janvier 2008 (p. 82-85).
3 - Henri Tincq (dir.), Chrétiens en terre d'Islam, La Tour-d'Aigues, Éd. de l'Aube - Le Monde, coll. « Les dossiers du Monde », 2005, p. 164.

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Depuis la rédaction de cet article, nous avons trouvé un motif d'espoir dans la lettre ouverte envoyée le 13 octobre 2007 par 138 "guides religieux musulmans aux chefs des Églises", un texte qui circule sur Internet, et que l'on espère exact et bien traduit.
Elle marque de leur part une prise de position sans ambiguïté en faveur de la paix, appuyée sur les textes sacrés du Coran et de la Bible, d'autant plus que d'autres dignitaires (ils seraient plus de 200 aujourd'hui) l'ont également signée depuis.
Nous en reproduisons quelques extraits importants, sans redonner les abondantes et convergentes références scripturaires. Il faut lire ce texte dans son intégralité ; il mérite une analyse approfondie et une application par tous.

« Musulmans et chrétiens constituent bien ensemble plus de la moitié de la population mondiale. Sans la paix et la justice entre ces communautés religieuses, il ne peut pas y avoir de paix significative dans le monde. L'avenir du monde dépend donc de la paix entre musulmans et chrétiens.

La base de cette paix et de cette compréhension mutuelle existe déjà. Elle fait partie des principes qui sont les fondations véritables des deux religions : l'amour du Dieu Unique, et l'amour du prochain. Ces principes sont énoncés à maintes reprises dans les textes sacrés de l'Islam et du Christianisme. L'Unité de Dieu, la nécessité de L'aimer et la nécessité d'aimer le prochain constituent ainsi le terrain d'entente de l'Islam et du Christianisme. [...]

Conformément au Coran nous, en tant que musulmans, invitons les chrétiens à s'accorder avec nous sur ce qui nous est commun, et qui constitue également l'essentiel de notre foi et de notre pratique : les Deux Commandements de l'amour. [...] On trouve nombre d'injonctions en Islam concernant la nécessité, et l'importance éminente, de l'amour pour - et de la miséricorde envers - le prochain. Aimer le prochain est une partie intégrante et essentielle de la foi en Dieu et de l'amour pour Dieu, parce qu'il ne peut y avoir, en Islam, de vraie foi en Dieu ni de droiture sans amour du prochain. [...]

Cependant, l'empathie et la sympathie à l'égard du prochain - et même les prières formelles - ne suffisent pas. Elles doivent s'accompagner de générosité et du sacrifice de soi. [...] Nous avons déjà cité les paroles du Messie, Jésus-Christ (sur lui la Paix), concernant l'importance éminente, juste après l'amour de Dieu, de l'amour du prochain [...]

En tant que musulmans, nous disons aux chrétiens que nous ne sommes pas contre eux et l'Islam n'est pas non plus contre eux, tant qu'ils ne déclarent pas la guerre aux musulmans à cause de leur religion, qu'ils ne les oppriment pas et qu'ils ne les expulsent pas de leurs foyers. [...]

Enfin, en tant que musulmans, et par obéissance au Coran, nous demandons aux chrétiens de s'accorder avec nous sur ce que nos deux religions ont essentiellement en commun : à savoir de n'adorer que Dieu Seul... Que ce terrain d'entente soit la base de tout dialogue interreligieux entre nous à l'avenir, car de ce que nous avons en commun procèdent toute la Loi et les prophètes (Matthieu 22:40).

Trouver un terrain d'entente entre musulmans et chrétiens n'est pas une simple question de dialogue œcuménique poli entre des leaders religieux sélectionnés. Le Christianisme et l'Islam sont respectivement la plus nombreuse, et la seconde plus nombreuse, religion dans le monde et l'histoire. [...] Ensemble, ils constituent plus de 55% de la population mondiale, ce qui fait de la relation entre ces deux communautés religieuses le plus important facteur contribuant à une paix significative dans le monde. Si les musulmans et les chrétiens ne vivent pas en paix entre eux, le monde ne peut être en paix. Avec l'armement terrible du monde moderne ; avec des musulmans et des chrétiens qui se côtoient étroitement partout comme jamais auparavant, aucune partie ne pourrait remporter unilatéralement un conflit entre plus de la moitié des habitants de la planète. Ainsi notre avenir commun est en jeu. La survie du monde lui-même est elle peut-être en jeu. Et à ceux qui, néanmoins, ont du goût pour le conflit et la destruction dans leur propre intérêt, ou calculent qu'ils parviendront finalement à vaincre par eux, nous disons que ce sont nos âmes éternelles elles-mêmes qui seront aussi en jeu si nous ne réussissons pas sincèrement à déployer tous nos efforts en faveur de la paix et de l'harmonie commune. [...]

Ne faisons donc pas de nos différences une cause de haine et de querelles entre nous. Rivalisons les uns avec les autres dans la piété et les bonnes œuvres. Respectons-nous les uns les autres, soyons bons, justes et aimables entre nous, et vivons dans la paix sincère, l'harmonie et la bonne volonté réciproque ».

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