Corps et soins

Publié le par Garrigues

L'épreuve du corps souffrant et le soin de l'être : le point de vue du soignant

La souffrance du corps fait référence à une qualité inséparablement liée à l’être même de l’homme. Pour le soignant, elle renvoie à l’idée de Paul Ricœur selon laquelle : « quelque chose est dû à l’être humain du seul fait qu’il est humain ». Cela signifie que tout homme mérite un respect inconditionnel, quels que soient l’âge, le sexe, la santé physique ou mentale, la religion, la condition sociale ou l’origine ethnique.
L’homme est un être unique, qui a des attentes et des besoins biologiques, sociaux, culturels et spirituels ; un être en perpétuel devenir et en interaction avec son environnement ; un être  responsable, libre et capable de s’adapter ; il forme un tout indivisible.
L’infirmière est aussi un être unique, qui a des attentes et des besoins biologiques, des besoins, des capacités et des limites sociales, culturelles et spirituelles ; un être en perpétuel devenir et en interaction avec son patient et son environnement ; un être responsable, libre et capable de s’adapter ; elle forme un tout indivisible !
En matière de soins infirmiers, nous nous intéressons à la dignité du patient, sans oublier celle des soignants.

Rappelons que la dignité des soignants consiste :

- à ne pas se laisser mettre en servitude par les patients, ni par les médecins.
  Être au service de … et non pas en servitude.
  Le service fait deux heureux : celui qui le donne et celui qui le reçoit !
  La servitude est mortifère.
- à savoir se faire entendre dans ce que l’on a à dire de pertinent.
- à savoir faire reconnaître ses actions, et au besoin les justifier.
- à savoir se montrer digne de la confiance des autres.
- à savoir tenir sa parole engagée.
- à savoir reconnaître ses erreurs et les corriger.
- à savoir accepter les différences, l’unicité de chaque soignant et en faire une force. 

MAIS, REVENONS AUX PATIENTS !

Quelques règles impératives 
- S’adresser au patient en le nommant, et non par « il » ou « elle».
- Vouvoyer les patients : bien que le tutoiement permette la rencontre directe avec le sujet (je/tu) auquel on s’adresse, (je m’adresse à « toi », à ton « je »), alors que le vouvoiement sous-tend un collectif (la famille, la classe, la tribu, la race, l’espèce, etc.), il est de mise en français de se vouvoyer, en dehors d’une relation devenue intime. C’est une marque de respect.
- Présenter les soins à faire et, au besoin, les justifier.
- Répondre aux questions des patients.
- Entendre tous les désirs des patients, sans obligation d’y répondre
- Ne pas déposséder le patient de ses choix.
À ce sujet, le code de Nuremberg de 1947 prévoit que : « le consentement volontaire du sujet humain est absolument essentiel. Cela veut dire que la personne intéressée doit jouir de capacité légale totale pour consentir : qu’elle doit être laissée libre de décider, sans intervention de quelque élément de force, de fraude, de contrainte, de supercherie, de duperie ou d’autres formes de contrainte ou de coercition ».
L’article L.1122-1  dit que : «le médecin informe la personne dont le consentement est sollicité de son droit de refuser de participer à une recherche ou de retirer son consentement à tout moment sans encourir aucune responsabilité ».
La responsabilité de l’infirmière diplômée d’État (IDE) peut être engagée pour rappeler au patient en « détresse » ses droits.
- Ne pas faire de « chantage » pour encourager le patient à faire ce qu’on attend de lui, mais prendre le temps de justifier nos demandes.
- Ne pas parler du patient comme d’un «cas clinique » derrière la porte.
- Mobiliser le patient avec attention et conscience.
- Parler de « protections » pour désigner les couches.
- Évaluer la pertinence d’un « excès de vérité » ou d’un « excès de mensonge » : bien souvent les patients savent mieux que les soignants où ils en sont, mais sont-ils prêts à l’entendre ? à le dire ?
Attention aux excès qui prennent parfois des allures d’ «intégrismes » !
- Entendre, voir, « lire », repérer et prendre en considération la douleur du patient ; la souffrance est un terrain favorable à la perte de dignité.
« À souffrir comme une bête, on devient une bête ».

L’article 37 du Code de Déontologie Médicale (juillet 2004) prévoit que : « en toutes circonstances, le médecin doit s’efforcer de soulager les souffrances du malade, les traiter par des moyens proportionnés à son état et l’assister moralement. »
Là encore, le rôle de l’IDE est d’assurer le relais d’information patient/médecin, si elle devait faire défaut. Le message est parfois si difficile à transmettre !

- Contribuer à éviter l’acharnement thérapeutique ou obstination déraisonnable en s’engageant dans une réflexion commune à toute l’équipe médicale.

L’article 37 poursuit par : « [le médecin] doit éviter toute obstination déraisonnable dans les investigations ou la thérapeutique, et peut se limiter aux seuls soins palliatifs lorsque la synthèse des éléments cliniques et para-cliniques montre que poursuivre les soins ou en entreprendre d’autres, ne peut plus bénéficier au malade et aurait pour seule conséquence de le maintenir en vie ».

- Entendre les demandes d’euthanasie, les accueillir, aider le patient à reformuler sa demande. Solliciter toutes les questions et accompagner le patient dans sa prise de conscience par rapport à sa vraie demande. 

Plus les questions des patients sont travaillées, élaborées, plus ils trouvent eux-mêmes les réponses à leurs questions. La réponse est au bout d’une question bien élaborée. Peu importe la réponse que nous pourrions apporter. Serait-elle seulement entendue, recevable, assimilée par le patient ?
Ce qui est essentiel, c’est SA réponse et lui seul la connaît ; il la porte en lui dans ses territoires inexplorés ; ce sont eux qui lui font question.
Démarche exigeante mais pourtant salutaire et riche.

- Dignité post-mortem : on est toujours dans le soin.
Cette notion fait appel à un niveau de maturité des soignants ; la «maltraitance » post-mortem est souvent le fruit de peurs. Il s’agit souvent d’une « mascarade » mais soyons vigilants.

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Le plan de l'article est le suivant
:

Quelques règles impératives
L'éthique clinique
Comment faire du patient un sujet de soin et non un objet de soin ?
Préserver la dignité de quelqu’un c’est aussi lui permettre d'être debout
Y a-t-il de l’Amour dans les soins ?
En guise de conclusion

 

Odile Donati
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