Encore quelques paradoxes (suite sans fin)

Publié le par Garrigues et Sentiers


Curieux paGuy-Roux-1.jpgys que le nôtre où le refus d’employer un vieil entraîneur de foot devient Luc-Montagnier.jpgquasiment une affaire d’État, risquant d’aboutir devant les tribunaux, alors qu’on a laissé partir aux États-Unis, dans une relative indifférence, le professeur Luc Montagnier, “découvreur” du virus du SIDA en 1983, mis à la retraite à 65 ans, âge inférieur à celui du sportif considéré, et qui a pu poursuivre ses travaux, aux USA, dans de bien meilleures conditions, entre autres matérielles, que chez nous.

N’y a-t-il pas eu une perte stupide pour la France ?

Il est vrai que nous n’avons pas le monopole des gestes apparemment illogiques, pour ne pas dire fous. On a pu voir récemment, outre-Manche et outre-Atlantique, des gens attendant des heures, voire des jours, pour avoir les premiers exemplaires d’un roman ou d’un nouveau modèle de téléphone (aussi perfectionné et innovateur soit-il), et sortir de l’épreuve réjouis et applaudis.

Pour les gens de ma génération, qui, pendant la seconde guerre mondiale, ont “fait la queue” des heures durant pour obtenir des éléments de survie : un demi-litre de lait ou une baguette de pain, c’est incompréhensible et un peu scandaleux ! Est-il vraiment impossible de vivre quelques heures sans l’objet que la Pub a voulu rendre indispensable ? Est-ce un titre de gloire personnelle d’être le premier, ou parmi les premiers, à le posséder ? On pourrait le croire en voyant les haies d’honneur accueillant ces heureux “propriétaires”…
N’est-ce pas cela la vanité ?
 
Plus sérieux, et beaucoup plus grave à terme : l’Église romaine a semblé faire sienne, depuis quelques années, la perspective évangélique de l’option préférentielle pour les pauvres, “nos maîtres”, disait saint Vincent de Paul… Déjà Bossuet, évêque de Cour pourtant, avait prêché devant des parterres de privilégiés sur l’Éminente dignité des pauvres” (1659).
Or en Amérique du Sud, où certaines fortunes exorbitantes, et au sens propre ”effrénées”, surtout face à la misère ambiante, où l’accaparement des terres au détriment des paysans profite à des cultures spéculatives pour des multinationales, certains évêques – en dépit de ce qu’ont pu dire les derniers papes et du martyre de quelques-uns de leurs confrères – ne trouvent apparemment à dire mot, ou se désolidarisent des membres du clergé qui essayent de maintenir le peuple des pauvres dans la dignité et de combattre pour faire reconnaître ses droits.
 
Jean-Paul II a eu parfois des paroles magnifiques pour condamner le scandale d’une richesse égoïste. Benoît XVI, à l’ouverture de la Ve Conférence du CELAM, le 13 mai 2007, à Aparecida, a affirmé, en réponse à la question « comment l’Église peut-elle contribuer à la solution des problèmes sociaux et politiques urgents ? » : « Dans ce contexte, il est inévitable de parler du problème des structures, surtout de celles qui créent l’injustice. En réalité, les structures justes sont une condition sans laquelle un ordre juste dans la société n’est pas possible ».
Ça ressemblerait un peu à la reconnaissance d’une des intuitions de la théologie de la libération. Autrement dit, sans une transformation structurelle profonde de la société, une vie digne – libérée de la faim, de la misère et de la violence – ne paraît pas possible. Mais, en même temps, redisons-le, un certain nombre d’évêques nommés depuis quelques années semblent (par peur du marxisme ? mais n’est-ce pas qu’un alibi ?) ne pas attaquer très vigoureusement, sinon soutenir, le “désordre établi” pour reprendre une expression d’Emmanuel Mounier.
Où est le “paradoxe” alors ?
Mais tout simplement dans ce que l’aveuglement des riches reste le meilleur fournisseur de militants (marxistes ou non) ne voyant plus que la révolte comme “moyen d’en sortir”.
 
Marc DELÎLE

Publié dans Signes des temps

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