À l'écoute de la Parole de Dieu

Publié le par Garrigues et Sentiers

Cinquième dimanche de Carême 3/4/2022

Is 43, 16-21. Ps 125 (126). Ph3, 8-14. Jn 8, 1-11.

 

Après le dimanche de Laetare (réjouissez-vous), voici le dimanche de la Passion. On nous bouscule ! Ce dimanche nous met au cœur de « l’économie du salut ». Réjouissez-vous parce que votre salut arrive, nous a-t-on dit, mais cela passe par la Passion.

Le premier texte, du prophète Isaïe, s’adresse aux Hébreux déportés à Babylone après le sac de Jérusalem. Il semble un peu formel, parle de décrets et ordonnances à respecter pour espérer être délivrés. En fait il n’est qu’une petite partie de tout un chapitre (Is 43 ; 44) qu’il faut lire. Magnifique chapitre qui raconte l’amour de Dieu pour son peuple. En écho à cette phrase importante du Deutéronome :

 

« Quelle est en effet la grande nation dont les dieux soient aussi proches que le Seigneur notre Dieu est proche de nous chaque fois que nous l’invoquons ? » (Dt 4, 7).

 

on peut lire au verset 4 : « tu comptes beaucoup à mes yeux, tu as du prix et je t’aime » (Is 43, 4).Yahvé est le seul dieu, et il le prouve en sauvant et libérant son peuple. « Ne vous souvenez plus des événements anciens […] voici que je vais faire une chose nouvelle » (Is 43, 18) , l’action de Dieu va dépasser tout ce qu’il a déjà fait pour son peuple, en particulier la libération d’Égypte. La promesse est que « Je répandrai mon Esprit sur ta race et ma bénédiction sur tes descendants » (Is 44, 3).

 

Comme d’habitude Dieu demande de respecter ses lois, ce respect est le signe de la fidélité de son peuple. Mais ce grand texte nous indique surtout que l’amour de Dieu est plus grand que notre inconséquence, que malgré nos fautes le salut est là, qu’un monde nouveau est annoncé. Le peuple est encore dans la déréliction, déporté loin de Jérusalem. C’est dans cette Passion vécue que le peuple devient capable de découvrir l’amour de Dieu et son Salut.

 

Le psaume laisse éclater la joie du peuple à l’annonce de sa libération. Là encore il n’oublie pas son état actuel, sa Passion : « Qui sème dans les larmes moissonne dans la joie ». C’est encore « Passion » après « Laetare ».

 

Le début de l’épître prête à confusion, il faut lire les versets qui précèdent dans lesquels Paul dit toute la valeur qu’il avait auparavant : circoncis, pharisien passionné par la Loi, Hébreux fils d’Hébreux (et non d’origine grecque comme sa culture pouvait le suggérer), plein de zèle pour défendre la Loi et sa religion. Ce sont tous ces avantages qu’il considère maintenant comme invalidés pour entrer dans la nouvelle Vie fondée sur le Christ. Paul, dans cette lettre aux Philippiens, explique ce que peut être cette nouvelle Vie, ce que signifie le salut de Dieu : « Il s’agit pour moi de connaître le Christ, d’éprouver la puissance de sa résurrection et de communier aux souffrances de sa Passion ». Passion et Résurrection sont intimement liées. Il faudra comprendre en quoi consiste la communion aux souffrances de la Passion du Christ.

 

Le choix de l’évangile peut nous étonner, qu’a-t-il à voir avec ce qui précède ? Texte intéressant au demeurant et combien de fois commenté pour lui-même. « Celui d’entre vous qui est sans péché, qu’il soit le premier à lui jeter une pierre. » Jésus nous remet à notre place et si lui ne condamne pas, serions-nous légitimes à le faire ? On a pu dire que Jésus ne s’intéressait pas au péché, mais à y regarder mieux il ne veut pas l’ignorer : « Va, et désormais ne pèche plus ». Cette conclusion est claire. On peut penser aussi au paralytique auquel il annonce la rémission de ses péchés, à la parabole du fils prodigue, au « bon larron » aussi. Mais chaque fois il dénonce le péché pour appeler à passer au-delà. Il n’enfonce pas le pécheur, il le libère. La parole à la femme adultère qui précède la consigne de ne plus pécher est essentielle : « Moi non plus, je ne te condamne pas ». Jésus n’est pas venu condamner mais sauver, il nous sauve dans sa fidélité à son Père mise à rude épreuve dans sa Passion (1). Sa Passion a été provoquée par le péché, elle est la descente de Dieu jusqu’aux racines du mal, c’est en la vivant qu’il nous en délivre. Il nous sauve grâce à sa Passion, et « le disciple n’est pas plus grand que son maître » (Lc 6, 40), nous entrons aussi dans sa Passion.

 

Nous entrons ce jour dans le final de ce carême, le temps de la Passion. Nous avons été appelés à nous réjouir parce que nous découvrons le but, mais nous le découvrons à travers la Passion du Christ. Communier à sa Passion, n’est-ce pas communier à la Passion du monde ? Chrétiens, immergés dans le monde, nous ne pouvons pas rester sur notre petit piédestal pour nous réjouir de la venue de Pâques, comme si tout allait bien. Nous sommes solidaires de la Passion que vivent nos contemporains. La guerre en Ukraine nous a un peu réveillés, elle pourrait aussi nous rappeler les autres guerres qui nous ont souvent peu concernés, c’était loin. Passion de ces peuples écrasés sous les bombes ou le terrorisme, un peu partout. Passion de ces peuples qui n’ont pas de quoi manger, qui subissent des dictatures destructrices. Passion d’un monde et d’une nature détruits par notre faute, par notre incurie. Souffrance des exclus, des discriminés, des « plus que pauvres » qui nous côtoient...souvent sans que nous les regardions.

Oui, réjouissons-nous de savoir l’amour du Dieu qui sauve. Cette joie nous la vivons tout en communiant à la Passion des hommes que le Christ a connue dans sa propre Passion. Nous sommes sur ce chemin vers le mystère de la Croix-Résurrection qui doit nous faire découvrir qui est vraiment le Dieu trinitaire.

 

Marc Durand

 

(1) Pour une étude plus détaillée de cette page d'évangile, on renverra au bel article, très novateur, de René Guyon, La quatrième tentation du Christ.

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B
Depuis Vatican II, le dimanche de la Passion est couplé avec celui des Rameaux.... Vous en êtes encore à l'ancien Ordo !
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