Déracinés, à l'écoute d'un moine marcheur : le frère Cassingena-Trévedy

Publié le par Garrigues et Sentiers

 

Nous avons publié il y a un an une chronique du frère Cassingena-Trévedy, Comme les premiers chrétiens, tâchons obscurément d’être l’âme du monde, et depuis Bernard Ginisty comme Christiane Giraud-Barra ont attiré l’attention dans notre blog sur d’autres de ses chroniques.

Elles viennent d’être réunies dans un livre, Chroniques du temps de peste (1) dont Guy Aurenche a rendu compte dans un article publié sur le site Saint-Merry Hors-les-murs, dans lequel il montre combien le livre du frère Cassingena-Trévedy peut être éclairant pour la Communauté Saint-Merry dans la dure épreuve qu’elle traverse. Mais ils est tout aussi éclairant pour nous tous qui sommes encore confrontés à la pandémie.

Reprendre cet article dans notre blog vaut donc invitation à nous reporter aux écrits du frère Cassingena-Trévedy et à les méditer, mais c’est aussi marquer de nouveau notre solidarité avec la Communauté de Saint-Merry et lui redire notre fidèle amitié.

G & S

 

« Ce livre, arraché aux heures sombres que nous traversons, interroge sur ce que nous vivons ; sur ce qui nous anime profondément pour rendre possible en chacun une renaissance intérieure ».

C’est donc à un cheminement partagé que je vous invite en laissant résonner en nous de nombreux passages de cet ouvrage. En même temps en y rapprochant ce que vivent les membres de notre communauté depuis le jour du 1er mars 2021 où notre enracinement géographique et historique nous fut arraché.

« Va vers le pays que je t’indiquerai »

Ce livre écrit dans une langue ciselée et poétique, est accessible à tous les confinés de l’arche de Noé. Comme à nous, chercheurs d’une terre où prendre à nouveau, le risque d’enfouir les graines de la Bonne nouvelle pour qu’elles produisent des fruits vivifiants et des ombrages rassurants. « Confinons-nous dans l’infini qui fait notre dignité d’homme et notre seule valeur d’échange entre humains ».

Ne nous isolons pas dans le confinement vécu par des millions d’hommes et de femmes à travers le monde pas plus que dans notre situation de communauté à la recherche d’un lieu. « Nos silences, chaque jour, sont pleins du monde… Cet élargissement inouï de notre vie aux dimensions du monde, accélère notre hominisation ; il accélère aussi notre christianisation… et cela est bien plus efficace, pour notre maturation spirituelle, que tous les exercices de dévotion ».

Déracinés de « notre » église, nous faisons aussi l’expérience d’ouverture au monde. Avec les 12 000 signatures et les 400 témoignages reçus, nos portes s’ouvrent à nouveau. Avec l’obligation de quémander l’hospitalité pour célébrer l’eucharistie, notre communauté doit s’ouvrir à d’autres « rites ». Avec le désir d’approfondir le visage original de l’église que nous souhaitons vivre, nous devons accueillir des réflexions et des expériences venues d’ailleurs pour actualiser nos projets.

Ce qui nous est donné

« C’est une chose incroyable comme ces temps que nous vivons peuvent nous faire grandir en gravité… Notre travail en ces jours est de survivre ». Notre auteur semble vraiment participer à nos réunions zoomées ou incarnées et recueillir certains de nos propos parfois désabusés. « La suspension de tout ce dont nous usons et abusons d’ordinaire n’est là que pour nous révéler à nouveau, à neuf, la magnificence de tout ce qui nous est donné ».

Nous venons d’accueillir le message éblouissant de Pâques : Christ est vraiment ressuscité ! Nous nous préparons à vivre le souffle de la Pentecôte. Comment, sans oublier les soucis du jour ni les obligations du lendemain, retrouver en nous la chaleur d’une présence qui nous rejoint dans notre aujourd’hui ? Et s’il le faut, comment réchauffer les cœurs las ou blessés autour de nous ? « Le ressuscité, c’est le chef-d’œuvre de l’Esprit qui, tel un souffleur de verre, souffle l’obscure humanité de l’homme Jésus pour en faire un corps vivant ».

De quelle manière éprouvons-nous et partageons-nous cette présence, tandis que nos habitudes sont bousculées tant dans la manière de célébrer l’eucharistie et de rencontrer la Parole, que dans les gestes de solidarité et de fraternité que nous sommes amenés à poser, autrement ? Frère François écrivait pour la Pâque 2020 en insistant sur les peurs et les angoisses qu’éprouvait alors la société malade et confinée : « Nous voici entrés de nouveau dans un âge de la peur ». Ce qui est encore plus vrai aujourd’hui, un an après.

Être l’âme du monde

L’auteur s’offusquait des réactions excessives d’une partie de la communauté catholique face aux décisions d’alors (mars 2020) de fermer les lieux de culte : « Pourquoi cet esclandre d’enfants gâtés ?… On attendait un lever de visionnaires et de prophètes et c’est une cacophonie de gamins capricieux ».

Qu’en est-il pour notre communauté de Saint-Merry Hors-Les-Murs, face au refus de dialogue opposé par les autorités diocésaines ? Restons-nous dans la « légitime » sidération, la cacophonie ou tentons-nous de dégager des chemins prophétiques pour nous et pour nos concitoyens malmenés par la maladie, la perte d’emploi, les ruptures relationnelles, la nausée du non-sens ? Communauté réunie autour de Jésus, seul vrai bon Pasteur, nous sommes concentrés sur les graves dysfonctionnements ecclésiaux que nous subissons. Mais la pastorale qu’instaure le bon Pasteur « et qu’il nous confie ne fait ni des toutous, ni des consommateurs, ni des assistés, mais des brebis attentionnées qui ont l’oreille fine… Le Christ nous met à l’aise, au large, dans un espace qui n’a d’autres dimensions que les siennes, illimitées ». Pèlerins parfois fatigués, nous sommes invités à contribuer à être « l’âme du monde » comme l’affirmait au deuxième siècle la Lettre à Diognète.

Pour suivre la route avec notre cher moine, nous aborderons plus tard, avec lui d’autres défis (à suivre).

Guy Aurenche


(1) Chroniques du temps de peste, Ed. Tallandier, Paris 2021.

Sourcehttps://saintmerry-hors-les-murs.com/2021/05/01/deracines-a-lecoute-dun-moine-marcheur/?utm_source=mailpoet&utm_medium=email&utm_campaign=saint-merry-hors-les-murs-lettre-d-info-n-2

Publié dans Réflexions en chemin

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G
Les deux larrons crucifiés avec le Christ ont eu les jambes brisées afin d'activer leur agonie. Le Christ, lui, étant déjà mort, a conservé l'intégrité de ses jambes.
Ne pensez-vous pas que ce fait porte en lui le signe que le Christ devrait marcher jusqu'à la fin des temps avec et à la tête de toute l'humanité  y compris et peut-être de préférence avec ceux qui sont bancals et qui avancent péniblement car ce monde les a brisés ?
Pas seulement Saint-Merry mais tous les chrétiens sont invités à marcher à la suite du Christ et à montrer le chemin, ce chemin qui va vers la vraie vie.
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