A l'écoute de la Parole de Dieu

Publié le par Garrigues et Sentiers

Baptême du Seigneur Année B 10/01/2021

Is55, 1-11 ; Cantique Is12, 2, 4bcd, 5-6 ; 1Jn5, 1-9 ;

Mc1, 7-11

Ce deuxième dimanche prolonge la recherche d’identité de Jésus commencée dimanche dernier : les bergers et les Mages l’ont reconnu. Mais qui est vraiment ce Jésus nouveau-né ? (1)

 

La liturgie fait intervenir aujourd’hui quatre témoins : le Père, le Fils, l'Esprit et nous.

 

Le Père est présenté comme la gratuité absolue, la source de toute vie. Dans la première lecture, Isaïe 55,1 11, Dieu promet des « soldes inouïes », signe du royaume de Dieu : « Vous tous qui avez soif, venez, même si vous n'avez pas d'argent, venez acheter du vin du lait sans argent sans rien payer ». Est-ce une scandaleuse « publicité mensongère » auprès d’un peuple épuisé par les privations de la captivité à Babylone ? C’est certainement ce que nous aurions pensé , lors de l’évacuation de 1940. « Non » , nous affirme le Dieu d’Isaïe, à une époque où le monothéisme apparaît. Dieu ne triche pas, mais il n'est pas dans une logique humaine de marché où il faut que l’argent rapporte. La logique de Dieu est pure gratuité : ses pensées ne sont pas nos pensées et nos chemins ne sont pas ses chemins .

 

Cet amour, le Père le vit d’abord dans sa relation à son Fils. Marc dans son Évangile (Mc 1,7-11) nous relate avec beaucoup de sobriété la rencontre du Père et du Fils : y a-t-il parole plus forte pour un fils que d'entendre son père lui dire « tu es mon fils bien-aimé en qui je trouve ma joie ». C'est déjà vrai pour tout homme: Les psychanalystes nous disent que ce qui nous a en partie constitués ou détruits et continue de le faire, c'est cet amour ou non-amour pour nous d’un père et d'une mère. Or Jésus entend le Père lui dire sa tendresse, combien il est heureux d’avoir Jésus pour Fils. Cette parole inouïe le constitue comme homme adulte. Cette rencontre est si forte qu’Il lui faudra quarante jours dans la solitude du désert pour s'en remettre (2).

 

Nous aussi sommes directement concernés. Car l'essentiel de la foi chrétienne est de croire que cet amour structurant du Père et du Fils par l'Esprit nous est offert et que nous aussi, entraînés dans cet amour du Père, du Fils et de l'Esprit, nous sommes appelés à être des vivants, à être des fils de Dieu. Cela consiste à croire au Père, à laisser en nous l’Esprit nous structurer et nous identifier au Fils par cet amour. Il ne s’agit donc pas de faire des choses, des rites, mais d’être des vivants et de se laisser germer et féconder par la vie que Dieu nous donne, comme la pluie et la neige fécondent la terre et la font germe (3).

 

Alors nous entrerons dans cette logique divine de la gratuité du partage avec ceux qui ont faim et soif. C'est en cela que notre foi est une victoire sur le monde avec sa logique de compétition et de donnant donnant.

 

Tels seront mes vœux de 2021 : que chacun de nous entende « Tu es mon fils bien-aimé en qui je trouve ma joie » et dise à ceux qui ont faim et soif : « même si vous n'avez pas d'argent venez acheter du vin, du lait sans argent, sans rien payer ».(Is,55,1)

Antoine Duprez

 

1) Thème bien développé dans Dominique Collin L’Évangile inouï.

 

2) Un conte de Noël vécu : Dans un long parcours en train, j’étais sur une banquette à 4 places avec un jeune couple et un jeune enfant de 7-8 ans, remarquablement éveillé. J’entendis le père qui jouait avec lui, lui dire très naturellement « je suis heureux de t'avoir pour enfant ». Plus tard, Je le félicitai pour son enfant. Il me raconta alors que sa femme et lui ne pouvaient avoir d’ enfants et avaient décidé d'en adopter. Après des difficultés énormes vint le jour du choix dans un organisme. Plusieurs enfants étaient là dont un boutonneux, recroquevillé dans un coin. Ma femme me dit « c'est celui-là que je veux ». J'ai vécu là une des situations les plus fortes pour évoquer ce que peut être l'amour du Père.

 

3) Pour goûter l'ivresse de l'Esprit, écoutez dans la messe en si de Bach le Cum sancto Spiritu. À consommer sans modération !

 

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article

Vulliet 12/01/2021 09:49

Sur l’exemple donné dans la note 2 du père avec son enfant adoptif dans le train, j’ai déjà donné mon sentiment dans mon commentaire de l’article «Une pastorale pour notre temps» publié sur ce site le 29/03/2019. Si je le rappelle, c’est que le chrétien n’a manifestement pas conscience du caractère absolument monstrueux, que Marcel Conche met à nu de façon dévastatrice, de la notion d’un Dieu créateur de toutes choses présenté comme un Père aimant débordant d’amour pour toutes ses créatures. À croire que les chrétiens sont aveugles: comment dire cela en ayant sous les yeux l’image d’un enfant supplicié? «On n’oserait pas parler du “Dieu d’amour et de miséricorde” devant l’enfant torturé? En ce cas il faut n’en parler jamais car il nous appartient de compenser l’effet de l’éloignement dans le temps et l’espace en laissant les enfants accablés de maux hanter notre imagination comme s’ils étaient là.» (Marcel Conche, «Christianisme et mal absolu», in Raison présente n°7, 3e trim. 1968, p.85.)

Un souvenir personnel touchant la religion catholique et un tout autre «conte de Noël vécu» que celui que vous mettez en avant. En décembre 1988, un effroyable séisme ravagea l’Arménie, qui fit au moins 20.000 morts. Il faisait un froid glacial (-10°, si je me souviens bien, sinon plus) et, lorsque les recherches pour trouver des survivants furent abandonnées (au bout de 10 jours?), on savait qu’il restait des enfants EN VIE sous les décombres. À l’époque, je n’en dormis pas. J’habitais alors dans un foyer PTT (je débutais comme facteur) et je partageais ma chambre avec un collègue abonné à La Vie. Je lus dans cette revue l’interview d’un prêtre de la région de la catastrophe qui se terminait par ces mots où il parle des chrétiens d’Arménie (je cite de mémoire et ne garantis pas l’exactitude littérale, mais je suis sûr de ne pas trahir le contenu et ce sont les derniers mots au sens strict): «Je ne peux pas leur parler du Dieu d’amour. Pas maintenant.» Cette année-là, les chrétiens frappés par le cataclysme ne fêtèrent pas Noël.

Toute la théologie du monde est renversée par deux faits aussi simples que ceux-là.

Armand Vulliet