Le 11 novembre : une date pour dialoguer avec les morts de notre histoire

Publié le par Garrigues et Sentiers

Le 11 Novembre, moment de la commémoration de l’armistice de 14-18, moment de recueillement à la mémoire de ceux qui ont donné leur vie pour la nation.

On peut l'entendre aussi comme un moment privilégié du dialogue avec les morts de notre histoire. C'est ce que font à Marseille les membres d'un C.I.Q dans un discours prononcé devant les élus. Voici leur texte pour cette année qu'ils nous ont confié.

G & S

Cette année, l’actualité invite à prendre pour thème thème l’autorité, avec cette question : existe-t-il une généalogie entre la faillite manifeste des autorités en 14-18 et la crise de l’autorité, reconnue comme une donnée actuelle de notre société ?

Il est évidemment impossible d’épuiser le sujet ; on se bornera à ouvrir des pistes de réflexion.

La Guerre de 14-18 et la faillite des autorités

Quand la déclaration de Guerre s’est produite, le 3 Août 1914, elle a déclenché en France une vague de sentiments nationalistes, une adhésion sans failles a soulevé des millions d’hommes pour partir à la guerre contre l’ennemi : L’Allemand, caricaturé en « boche ».

Toutes les autorités, et parmi elles : le gouvernement, l’Armée, l’Église catholique s’unissaient dans un consensus d’appel à défendre la nation par la guerre. Toutes ? Une voix clamait haut et fort son opposition : celle de Jean Jaurès, assassiné le 31 Juillet 1914 pour « pacifisme », pour refus de se battre. Jean Jaurès analysait l’entrée en guerre comme une faillite politique, prélude à des massacres de masse. Les événements devaient lui donner raison.

Quatre années plus tard, avec des millions de morts et de blessés, dans des campagnes ruinées, sur des lignes de front immobilisées, la paix s’impose à tous les belligérants, ne serait-ce que pour arrêter les mutineries des soldats, les désertions, les appels à la révolution qui se développent dans les tranchées.

Pour la France la guerre se terminait sur une Victoire mais quelle victoire ? Le triomphe du nationalisme ? Rappelons des décisions emblématiques de cette période :

  • Le gouvernement s’engageait dans un processus de paix, mais la paix elle-même recouvrait des décisions injustes. Selon l’expression de Robert Schuman, un des Pères fondateurs de l’Europe, elle se réalisait contre quelqu’un, en l’occurrence contre l’Allemagne, définie comme la seule coupable de tous les maux de cette période qu’il fallait punir, humilier, ruiner.
  • Les responsables de massacres n’étaient pas jugés, pas plus que les responsables des tribunaux militaires qui avaient condamné à mort comme traîtres des soldats révoltés par des conditions indignes de vie et de combat.
  • L’acquittement de l’assassin de Jaurès, avec sa veuve condamnée à payer les frais du procès.

Besoin d’autorité et crise de l’autorité

Y-a-t-il un héritage de la guerre de 14-18 dans la crise de l’autorité qui nous touche tant en ce moment ?

Mais qu’est-ce que l’autorité ?

Une personne, un groupe, une institution fonde une référence pour la collectivité sur la base d’une compétence reconnue, évidente. Une autorité doit être évidente, crédible, elle nous parle d’emblée au nom des vérités d’un savoir (par exemple le savoir scientifique) au nom d’une pratique (l’institution de la Justice) au nom de responsabilités (la responsabilité de la représentation politique)

L’autorité n’est pas une mais plurielle, les autorités forment entre-elles un système, un réseau où elles se renvoient les unes aux autres les vérités qu’elles élaborent en permanence.

Les politiques s’en inspirent, pour donner les réponses concrètes aux problèmes d’une époque, elles donnent chair à l’autorité. Regardons autour de nous, nous vivons un temps de crise sanitaire sans précédent qui désorganise la vie économique et sociale, et nos élus sont sommés d’y apporter des réponses concrètes, mais ils savent que leurs statuts d’autorités ne les protègent pas des critiques et que parfois celles-ci limiteront leurs actions, ou même que les solutions proposées ne seront pas appliquées.

Notre temps, caractérisé par un très haut niveau de performances scientifiques et techniques, par la complexité de notre environnement matériel et humain, a besoin d’autorité, j’ai envie de souligner plus que jamais, une des principales raisons tient au fait que jamais dans l’histoire de l’humanité il n’y a eu autant d’écart entre le savoir des utilisateurs de la technique et le savoir des scientifiques à l’origine cette technique.

Nous vivons une contradiction permanente que l’on peut résumer sous les termes de crise de l’autorité. Pour le dire simplement, les politiques peinent à créer un consensus autour de leurs décisions, même si ces décisions se justifient.

Autorité et confiance

L’histoire de la guerre de 14-18 et de sa paix dénoncent la faillite des autorités, mais plus encore elle démontre qu’une autorité, c’est faillible. Et ceci nous amène à poser des questions qui renvoient tout autant  au passé qu'au temps présent :

  • L’engouement nationaliste qui a fait le lit de la guerre pose la question du partage des responsabilités entre les élites politiques et la population : la population est-elle exempte de toute responsabilité ?
  • En démocratie le lien à l’autorité est-il sacré ? S’il ne l’est pas, les politiques doivent expliquer, fonder leurs décisions en raison, et la raison ouvre à un débat où tous les citoyens sont admis.
  • L’amour de la nation exprime-t-il l’attachement exclusif à un territoire ou d’abord et avant tout à l’adhésion au patrimoine spirituel des valeurs de la République : Liberté, Égalité, Fraternité, mais aussi laïcité, Justice sociale.
  • Toute décision politique ne représente-t-elle pas une prise de risque dans un environnement déterminé ?
  • Si cela est compris, cela entraîne des conséquences théoriques et pratiques. Retenons la principale : le champ politique n’est pas le champ des vérités absolues.
  • Les valeurs républicaines s’étendent aux règlements des conflits tant en interne qu’en externe. Créer des conditions de paix, c’est prévenir la répétition des hostilités, se donner la possibilité de vivre une nouvelle relation entre ennemis. Cela demande du temps, du discernement mais cela exige que la Justice offre une issue aux sentiments de vengeance et aux ressentiments.

Pouvons-nous vivre la paix sociale, entre élus et populations, sans confiance réciproque, sans partager et débattre des vérités qui fondent les décisions des uns et l’adhésion des autres ?

Pour obéir à des décisions prises avec autorité par les autorités encore faut-il que les décideurs en expliquent le bien-fondé. Et que ceux ou celles qui sont concernés les vivent comme des appels au Bien commun, des résolutions qui s’adressent en tout premier lieu à la capacité de comprendre, de juger de tout un chacun, ce qui en dernier ressort signifie qu’elles s’adressent à sa liberté.

Christiane Giraud-Barra

Publié dans Réflexions en chemin

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