À l'écoute de la Parole de Dieu

Publié le par Garrigues et Sentiers

26eme Dimanche du Temps Ordinaire (A) 27/09/2020

Ez 18, 25-28 ; Ps 24 ; Ph 2, 1-11 ; Mt 21, 28-32

 

Yahvé, dans la 1ère lecture d’Ézéchiel, refuse une « religion-contrat , donnant donnant, classique à l’époque (« tu observes les rites en offrant les sacrifices prescrits et je t’accorde le bonheur) au profit d’une religion qui concerne ta vie, quelle que soit ton étiquette sociale (« bon ou méchant »). La conversion est toujours possible ; le texte se termine sur la conversion du « méchant » qui vivra.

 

En Philippiens 2,1-11, Paul reprend très probablement un hymne liturgique chrétien, un des textes les plus anciens du Nouveau Testament (vers les années 40). Le chrétien doit « avoir les mêmes sentiments que le Christ qui, par amour du Père et de ses frères, a pris la condition d’esclave. « C’est pourquoi Dieu l’a exalté ».

 

La parabole des deux fils (Mat 21,28-32) se situe à la fin de la vie de Jésus, après l’entrée messianique de Jésus à Jérusalem, après avoir chassé les vendeurs du Temple, avant la parabole des métayers révoltés.

Un père demande à ses deux fils d’aller travailler à sa vigne ; l’un dit « non », se repent et y va ; l’autre dit « oui » et n’y va pas.
Qui sont ces deux frères ? Jésus nous le dit : « collecteurs et prostituées vous précèdent dans le Royaume de Dieu, car ils ont cru à la parole de Jean Baptiste appelant à la conversion ». Soyons rassurés : « le mauvais frère », c’est le peuple juif qui a d’abord dit « oui » à l’alliance avec Moise puis, enfermé dans une religion légaliste, n’a plus reconnu les prophètes, Jean Baptiste et Jésus. « Le bon fils » figure les nouvelles communautés chrétiennes converties du paganisme, donc nous les chrétiens d’aujourd’hui. De plus, pour l’Église catholique, nous avons les promesses de la vie éternelle !

Position orthodoxe, mais certainement trop rapide et commode. Car le texte d’Ézéchiel le dit clairement : « quelle qu’ait été ta vie, parfaite ou mécréante, ce qui compte, ce n’est pas ton appartenance sociale ou religieuse, mais ta vie aujourd’hui ». La Parole t’invite aujourd’hui à te convertir.

La bonne question n’est pas « qui sont les deux frères », mais pour nous individuellement et ecclésialement : « Quand dis-je « oui »et fais non ? » : Ainsi, quand je suis ému en voyant à la télévision la détresse des migrants et que je reporte toujours mon don en argent ou en engagement ? Quand je vibre à une parole d’évangile qui me dit : «  il faut que tu changes cela dans ma vie professionnelle, familiale ou ecclésiale » et que le vœu pieux ne devient jamais réalité. Etc. etc.

Mais il arrive aussi heureusement que je dise  « non », et que je fasse « oui » ? Tel ami malade que j’ai fini par aller voir, telle entourloupe que j’ai finalement refusée ? etc... cela arrive souvent, mais je ne le remarque pas. Or dans les textes du jour, ce qui compte, c’est la conversion, le changement. L’essentiel n’est sans doute pas le non ou le oui ponctuels mais la succession et l’importance des non et des oui, sans non définitif. Le seul oui définitif sera sans doute lors de notre dernier souffle.

Il ne s’agit pas uniquement du plan personnel, car les prostituées et les collecteurs d’impôts appartiennent à une catégorie sociale. Imaginons qu’à la fin d’une eucharistie, un prophète se lève dans l’assemblée et clame « les bons fils, ce ne sont pas vous, les bons chrétiens , mais les drogués et les putains »! Je doute qu’il soit invité au conseil paroissial ! L’enseignement du jour est clair : individu ou Église, « si vous ne vous convertissez pas, vous mourrez » La parole est d’actualité aussi pour l’Église.

Mais alors le christianisme serait-il d’abord une affaire de morale : une vie est faite de « oui,/non », d’avancée et de recul. N’est-ce pas le propre de toute vie humaine ?


Revenons à l’hymne de Paul : un seul homme n’ a vécu que des « oui » dans toute sa vie, Jésus Christ ; en lui, comme en Dieu, il n’y a aucun écart entre ce qu’il dit et ce qu’il fait ; c’est la « justice », la « sainteté » parfaite qui, comme le cristal pur, sonne juste. La sainteté, pour nous , n’est pas de vouloir atteindre cette justice et d’être bourrés de remords de ne jamais y parvenir, car Jésus Christ nous veut des vivants. C’est de nous laisser configurés, métamorphosés en Lui dont la vie n’a été que don et qu’ainsi nous devenions Fils de Dieu en qui il n’y a que « oui ».

Antoine Duprez

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