A l'écoute de la Parole de Dieu

Publié le par Garrigues et Sentiers

15e dimanche Temps Ordinaire (A) 12/07/2020

Is 55, 10-11 ; Ps64 ; Rm 8, 18-23 ; Mt 13, 1-23

 

Cette évocation, dans l’évangile de Mathieu, des gestes (augustes) du semeur est connue, répétée, sur-commentée… Y voyons-nous autre chose qu’une anecdote agricole bien informée sur un semeur apparemment distrait ?

Il est évident qu’il sème large, sans distinction de terrain, sans calcul parcimonieux d’un meilleur rendement. Il est l’image de l’Esprit Saint, qui essaye de nous toucher tous, sans acception de personne, ce qui est une caractéristique de l’action divine (Deut 10,17 ; Rom 2,11 ; Ac 10,34 etc.). Il veut venir en nous et passer par nous, quelle que soit notre capacité de réception. Et nous, sol pierreux («cœur de pierre», Ez 36,26) et plein de ronces («souci du monde et séduction de la richesse», Mt 13, 22), nous ne l’accueillons guère, ou si mal, surtout dans l’Église d’Occident. Jésus, à travers Mathieu, commente lui-même cette parabole qui, paradoxalement, ne paraissait pas suffisamment claire au large public qui l’avait écoutée «sans l’entendre ni la comprendre» (Mt 13, 13).

 

Il faut — Isaïe nous en assure (55,10-11) — que telle l’eau, dont le cycle abreuve la terre et la fertilise avant de «remonter» au ciel — la Parole de Dieu, «qui sort de sa bouche, ne lui revienne pas sans résultat […] sans avoir accompli sa mission». Il faut non seulement que nous écoutions la Parole, mais que nous l’»entendions», c’est à dire que nous la saisissions au fond, pour qu’elle porte du fruit en nous et par nous. Nous ne devons pas seulement comprendre (dans le meilleur des cas) ce que Dieu dit aux hommes, mais le révéler, l’expliquer. D’ailleurs, les enseignants ne me contrediront pas, c’est en essayant d’expliquer quelque chose à autrui qu’on le comprend souvent mieux soi-même.

 

Comment traduire la Parole de Dieu aujourd’hui ? D’abord en évitant une rhétorique convenue, répétitive, auto-référente, et en se fondant sur l’Écriture. Ensuite, en la confrontant à la vie, à nos vies et celles de nos frères et sœurs, en la mêlant à la réalité de nos jours, comme on enfouit le levain dans la pâte. C’est un bon critère aussi pour reconnaître un bon prédicateur.

 

C’est ainsi que, tels les «apôtres», nous pouvons être «coopérateurs» de Dieu (2 Co 6,1) dans la Création. Celle-ci n’est pas terminée au sens à la fois de pleinement achevée et de close. Elle «attend avec impatience la révélation des fils de Dieu» (est-ce à dire de nous ?), elle reste dans «les douleurs de l’enfantement…» (Rom 8, 19 et 22), elle espère, comme nous qui sommes inaccomplis sur le chemin «attendant notre adoption». Si, comme le rappelle Paul, la terre attend d’être «libérée de l’esclavage de la dégradation», il nous reste beaucoup à faire, déjà pour ne plus la dégrader, ensuite pour travailler effectivement à sa «perfection», sa mutation (jadis on aurait dit à sa conversion) en Royaume de Dieu. Relisons Laudato si

 

Dans notre démarche, nous allons rencontrer des obstacles. Le mal est parmi nous, l’ivraie se prélasse au milieu des épis du bon grain. Première précaution : ne pas croire que le «bon grain» c’est nous, et que l’ivraie ce sont les autres, ceux qui ne croient pas comme nous, ceux qui ne vivent pas comme nous. Dans tous les champs, il y a du bon grain et de l’ivraie, et en nous-mêmes d’abord. Pas d’énervement, pas d’excès de zèle : ne tentons pas d’arracher ce que l’on croit être de la «mauvaise herbe», la bonne risquerait d’y passer. C’est à la moisson, à la vue du fruit, qu’on saura vraiment ce qu’il faut engranger Et à ce moment là, il faudra rejeter la «zizanie», même celle qui demeure en nous, individus ou communautés…

Marcel Bernos

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