A l'écoute de la Parole

Publié le par Garrigues et Sentiers

Méditation du 2eme dimanche de Pâques

Ac. 2, 42-47 ; Ps 117 ; 1 P. 1, 3-9 ; Jn 20, 19-31

 

Trois apôtres au moment de la crucifixion vont se détacher de l'ensemble des disciples en s'éloignant de Jésus.

Judas, par dépit, le trahit car il n'était pas à l'image qu'il se faisait du Messie.

Simon-Pierre, par peur de recevoir le même châtiment, le renie.

Et Thomas, par désespoir s'en va car pour lui Jésus est mort et bien mort et il n'a pu supporter de voir son maître supplicié et crucifié.

 

Les apôtres ne sont donc plus que dix car Simon-Pierre est avec eux partageant leur crainte de subir une intrusion des juifs. Ils ont verrouillé les portes geste qui les conduit aussi à s'enfermer dans leur tristesse car ils ne s'attendent pas à revoir Jésus vivant.

Aussi celui-ci leur dira par trois fois « la paix soit avec vous » comme il dira à Pierre après son reniement «par trois fois « Paix mes brebis » deux fois une triple parole qui englobe ainsi tous les apôtres dans son pardon ; mais signifiant que nous tous avons aussi besoin de pardon en particulier pour tous les choix dans nos vies conduisant à une mort, C'est aussi peut-être la signification de « remettre les péchés ».

 

Mais où était donc passé Thomas ?

Rappelons-nous ! Jésus a pris des risques pour sa propre vie en allant ressusciter Lazare car c'est tout près de Jérusalem où plane la menace des juifs.

Et Thomas s'écrie alors à l'attention des autres disciples : « Allons y nous aussi pour mourir avec lui ». Comme Pierre il est prêt à mourir pour Jésus. Mais si Pierre par peur se rétracte et renie devant la crucifixion de Jésus, Thomas, lui, est décidé à aller jusqu'à la mort pour le suivre. Voilà pourquoi il n'est pas avec les autres apôtres enfermé avec eux. Il n'a pas la crainte des juifs. Il n'a pas peur de mourir.

Thomas est un homme à l'intelligence pratique qui prend la Parole de Jésus au premier degré. Au : « Vous savez où je vais, vous savez le chemin » mots prononcés par Jésus, Thomas réplique : «  Nous ne savons même pas où tu vas comment pouvons-nous savoir le chemin ? Ce qui amène une Parole de Jésus à un niveau beaucoup plus élevé : « Je suis le chemin, la Vérité, la Vie ».

Mais pour Thomas, devant la mort de Jésus cette parole perd tout son sens. Le chemin qu'ils faisaient ensemble a disparu. Où est la vérité, où est la vie ? Il ne reste plus rien de cet idéal d'amour et de vie répandu pendant trois ans. On peut se représenter Thomas errant dans les rues de Jérusalem, désespéré, ne cherchant pas à éviter les juifs. Cette désespérance n'est pas celle de Judas mais elle est aussi suicidaire. De là peut-être le terme de « jumeau »

Pour Thomas Jésus est mort, sa mort a été confirmée. Il ne le reverra plus. Puis de guerre lasse et peut-être ne sachant vers quoi se diriger, Thomas finit par rejoindre le groupe des disciples pour partager avec eux sa déception, son chagrin et son incrédulité.

 

La deuxième fois où les portes sont encore verrouillées et où Jésus dit une nouvelle fois : « la paix soit avec vous » c'est pour que Thomas refasse symboliquement avec les autres disciples, le même cheminement vers la foi car Thomas était prêt à suivre Jésus jusqu'à la mort mais pas jusqu'à la Résurrection.

Aussi sa réaction à « Nous avons vu Jésus » sera, nous la connaissons : « Si je ne mets pas mon doigt dans la marque des clous et la main dans son côté, je ne croirai pas ». Les autres apôtres se sont contentés de voir, lui veut toucher.

Jésus dit alors à Thomas tout d'une traite : « Avance ton doigt ici et vois mes mains, avance ta main et mets là dans mon côté ». Thomas voit mais il n'a pas le temps de vérifier les preuves de Jésus toujours en vie, en touchant ses plaies.

Il est saisi, avant toute vérification, dans cet amour absolu de Dieu tout comme le fils prodigue qui n'a pas non plus eu le temps de dire à son père tout ce qu'il avait préparé en route car le père ne l'écoute pas, il court se jeter à son cou et le couvre de baisers. L'amour est plus fort que sa contrition.

Thomas ne peut effectivement, sans même pouvoir avancer le doigt jusqu'au niveau de la plaie, que s'exclamer :

 

« Mon Seigneur et Mon Dieu » reconnaissant ainsi profondément la divinité de Jésus.

Dans cette reconnaissance de Jésus comme son maître et Seigneur, non seulement les doutes de Thomas disparaissent mais dans cet amour absolu qui l'inonde, il ne peut que s'incliner spirituellement comme simple apôtre et pécheur pour avoir douté. Il reçoit ainsi sa part en totalité d'Esprit-Saint donnée aux autres apôtres la première fois de la venue de Jésus alors qu'il était absent.

Il reçoit aussi le pardon car seul Dieu peut pardonner les péchés et ne pas les retenir.

 

Mais je laisse parler Maurice Bellet

« Le réel de ce qui touche l'homme en son humanité ne se connaît que du dedans. Tous les sens dérivent du toucher car quand on peut toucher on sait que c'est réel».

Or « toucher » dans le cas de Thomas,  «  c'est accepter que le réel se laisse donner par son absence même ».

Il n'est donc plus dans la matérialité des choses comme des objets dont nous pouvons tâter la forme et la composition. Il s'agit d'accepter que le réel devienne l’insaisissable supprimant toutes les preuves de son existence et ne retenant que ce qui fait dire à Thomas « Mon Seigneur et Mon Dieu » cet immense amour qui baigne l'humanité.

A partir de ce moment là, le réel pour nous va être l'invisible et le : « Heureux ceux qui ont cru sans avoir vu » ultime béatitude, va s'adresser à toutes les générations futures.

 

 

Christiane Guès

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