Nous sommes en guerre ?

Publié le par Garrigues et Sentiers

Le virus serait en guerre contre nous, tous nos gouvernements sont décontenancés, ils n’étaient pas prêts à cette guerre. La situation est trop injuste, le monde est mal fait qui se retourne contre nous, en ennemi ! Ce monde que nous martyrisons depuis des décennies ne serait donc pas maîtrisé ?

 

Mais il y a toujours eu des virus ! Grippe espagnole, puis asiatique, HIV, SRAS, Ebola, etc. Est-ce le monde qui est mal fait ou les hommes qui, pris par leur course au profit immédiat, ont décollé de la réalité depuis des décennies et ne sont alors pas prêts à assumer une telle situation ? Avant de maudire Dieu ou la fatalité, voyons quel monde nous avons construit. Jusqu’à maintenant, cette course au profit, avec comme corollaire un consumérisme sans limites, ne faisait « que » détruire les vies des plus faibles... et la planète. Mais pour cette dernière les « forts », les « gagneurs », « ceux qui comptent » pensaient que cela ne les concernerait pas, ils accapareraient les ressources qui les mettraient à l’abri. Ce monde, construit pour les « forts », est bien démuni devant un virus !


Alors l’appel à la solidarité (nationale !!!, on ferme les frontières) a un goût amer. Les « blouses banches » (cela fait mieux que dire « le corps médical ») sont honorées par ces dirigeants qui, jusqu’à peu, ne les ont jamais écoutées, les ont traitées avec mépris. Les associations humanitaires ne sont plus des profiteurs qui entravent une bonne gestion des affaires. Goût amer de cette reconnaissance tardive, qui occulte l’attitude et la politique précédentes. Au nom de quoi devons-nous être solidaires, et de qui ? Solidaires des fidèles de Davos ? Solidaires des policiers qui matraquaient (pas tous) à tout va depuis des mois ? Solidaires de gouvernants qui refusaient tout dialogue avec la société, confondant volontairement les mots « consulter », « délibérer » et « imposer », « négocier » ? Solidaires de tous les profiteurs du système qui étalent leur richesse devant les démunis ? Solidaires des corrompus et des corrupteurs ? Solidaires de Frontex qui rejette les migrants dans la Méditerranée ou les parque dans des camps indignes ? Solidaires des autorités qui font la chasse aux Roms en France ?
J’ai du mal à me sentir solidaire. C’est un peu tard, messieurs et mesdames, pour nous demander un sentiment de solidarité parce que, tout d’un coup, vous avez peur !

 

Et alors, maintenant ?

 

Maintenant il faut dépasser nos sentiments. Dire notre colère est nécessaire, on ne gagne rien à cacher l’amertume qui nous saisit, mais il ne faut pas s’y arrêter. Même si on peut légitimement craindre que, une fois le virus passé, tout reprenne comme avant (rappelons-nous ce qui a suivi la crise de 2008 !). Nous ne pouvons pas rester sur le bord du chemin. La solidarité (et pas uniquement nationale) est notre devoir. Il en va de notre humanité. À nous d’œuvrer à la construction d’un autre monde. D’un monde où chacun se définit dans sa relation à l’autre, à son « prochain ». De qui suis-je le prochain ? Concrètement cela passe par notre façon immédiate de consommer (les magasins dévalisés ne sont pas un bon exemple), par notre solidarité avec les plus pauvres (les Roms, les SDF ont faim, tout simplement, et seront les premières victimes), et avec nos voisins. Quand nous avons des vacances, nos activités sont programmées, nos journées sont remplies. Nous n’avons pas plus de temps que lorsque nous sommes au travail. Cette fois-ci ce n’est pas le cas. Profitons-en pour faire chez nous tout ce que nous n’avons jamais le temps de faire, et d’abord pour revoir notre façon de vivre, de consommer, de considérer nos proches. Profitons de ce temps pour être attentifs à nos comportements et à ceux que nous côtoyons.

 

En ce temps de carême, nous sommes renvoyés à un certain désert, il ouvre un champ libre. Ce manque d’activités devrait nous permettre de faire une place aux autres et à Dieu (on ne fait pas de place à Dieu s’il n’y en a pas pour les autres). Il n’est pas nécessaire de croire que nos vies étaient déficientes ou égoïstes, bien des témoignages de dévouement, d’ouverture, nous prouvent le contraire dans de nombreux cas. Mais ce confinement nous permet de nous décaler, non pour condamner ce que nous étions ou faisions, mais pour renouveler notre vision. Nous ne sommes pas appelés à répéter indéfiniment ce que nous sommes ou avons été, mais à ouvrir un avenir qui n’est pas encore balisé. C’est cela prendre le risque de vivre, d’une vie pleine qui nous anime jusqu’à notre dernier souffle. Dans ce domaine, il n’y a pas de retraite.

 

« Qui veut en effet sauver sa vie la perdra, mais qui perdra sa vie à cause de moi et de l’Évangile la sauvera » (Mc 8, 35).

 

L’Évangile est la bonne nouvelle de la Vie donnée en abondance. Acceptons de perdre la vie faite de notre ego pour nous ouvrir à la Vie de ce que nous sommes appelés à être, à la Vie qui advient, qui n’est pas enfermée mais sans cesse recréée (ressuscitée ?).

 

Marc Durand

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