À l'écoute de la Parole de Dieu

Publié le par Garrigues et Sentiers

2eme dimanche de Carême A 8/3/2020

Gn. 12, 1-4a ; Ps 32 ; 2 Tm 1, 8b-10 ; Mt 17, 1-9

 

«Quitte ton pays, ta parenté et la maison de ton père et va…» (Gn 12,1). Cette sommation de Dieu à Abraham trouve un écho dans ce que Jésus lui-même exige de ses disciples : «Si quelqu'un vient à moi, et s'il ne hait pas son père, sa mère, sa femme, ses enfants, ses frères […] il ne peut être mon disciple.» (Lc 14,26). Ces injonctions semblent inhumaines, impraticables, contraire même à la Bonne Nouvelle, qui proscrit le terme «haïr» fût-ce à l’égard des ennemis (Mt 5,44). La rupture est, néanmoins, le premier pas essentiel et nécessaire de celui qui veut accomplir sa vocation. Notons qu’il en est de même dans le mariage : «…L'homme quittera son père et sa mère, et s'attachera à sa femme, et les deux deviendront une seule chair» (Éph 5,31). Y pensons-nous quand nous entamons une démarche impliquant un véritable engagement de vie pour toute la vie ?


«Quitte ton pays», c’est d’abord ne pas vouloir s’installer dans le confort facile et démobilisateur. Quelle chance ont eu Pierre, Jacques et Jean, sur le mont Tabor, d’être là avec Jésus, entre Moïse, promoteur de la Loi, et Élie le prophète immortel. Il était enviable de prolonger cette bonne «situation».

 

De toutes les théophanies de l’Évangile, la Transfiguration est à la fois la plus mystérieuse et la plus riche. Advenant avant la Passion, elle est en quelque sorte une pré-assurance, une protection de longue durée pour la foi des apôtres, leur permettant de dépasser la proche désillusion du martyre de Jésus-Christ. Ils attendaient du maître autre chose, de plus glorieux : rien moins que le rétablissement du royaume d’Israël. A la Croix, ils ont vu sa «gloire» réduite à un supplice d’esclave. On pouvait espérer mieux pour annoncer le Royaume de Dieu. Cela a dû être difficile à admettre et l’expérience du Tabor a dû rester pour eux fondatrice de leur mission au même titre que la Résurrection, qui en est comme l’authentification. Décidément, ce Jésus n’était pas un simple rabbi ou un prophète. En même temps, la Transfiguration n’a pu prendre tout son sens qu’après la Résurrection. Jésus l’avait prévu en descendant de la montagne avec ses amis : «N’en parlez pas», sûrement parce que l’on ne comprendrait pas.


Nous avons, peut-être, comme Pierre, Jacques et Jean, le désir de voir Jésus face à face. Dans la scène de la Transfiguration, ce désir apparaît comme une tentation : celle de s’installer dans un confort spirituel en se réservant le Seigneur pour soi seul, en s’enfermant dans ce qu’on a pu ou cru percevoir de sa vérité. Notre Église n’aurait-elle pas un besoin pressant de quitter «l’acquit» des siècles, elle hésite, elle résiste, comme si les traditions, historiquement établies mais datées, prévalaient sur l’inattendu de l’Évangile.

Apprends-nous, Seigneur, à te partager avec nos frères, à leur transmettre tout ce que nous avons reçu de toi, tout qui peut rendre une foi plus vivante, la nôtre comme la leur.

Marcel Bernos

 

 

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